DÉROUTE DE L'ARMÉE RÉPUBLICAINE
Ce fut à ce moment que la déroute devint générale ; chacun gagna la ville ou se dispersa dans la campagne avec précipitation.
Pendant ce temps-là, le bataillon de Valenciennes, ou ce qui en restait, fit sa retraite sur Beaumont-le- Vicomte, étant dans l'impossibilité de tenir au Gué de Maulny.
La garde de TÉpau, composée de vétérans, se rendit à la première sommation d'un faible parti de Vendéens, qui lui permit de rentrer en ville.
La seule résistance faite aux Vendéens fut à Pont- Lieue; mais elle ne fut pas longue. Il était aisé aux
moins clairvoyants de pénétrer la pensée de Garnier (de Saintes) . sauver les apparences 4 .
Leur résistance était jugée par lui de toute inutilité : aussi, resta-t-il en ville, ainsi que le général Chabot K
Sept à huit Vendéens furent blessés a Pont-Lieue, et deux tués par le canon masqué. Ils nous tuèrent sept à huit hommes, du nombre desquels fut le nommé Cosme, canonnier, qui avait juré, quelques jours auparavant, de mourir à son poste. Le citoyen Jailtard (ivre de vin et d'eau-de-vie) fut tué dans les allées de la Mission , en ramassant les piques des fuyards. Le citoyen Richefeu fut du nombre des blessés 3 .
Les jeunes gens de la réquisition, qui étaient au poste avancé sur la route de Foultoiirte et La Flèche, se voyant, à la première décharge des Vendéens, poursuivisUépéedansles reins, se replièrentsur Pont-Lieue, où ils furent accueillis a coups de sabre par les hussards postés k cet endroit, et qui avaient la prétention de les faire tenir ferme.
1 Encore ! Quand on a lu toutes les proclamations et toutes les lettres de Garnier, quand on a connu son caractère, sa ténacité, son patriotisme, on ne peut entrer aucunement dans les vues du rapporteur.
• Erreur, fausseté; Chabot et Garnier furent aux avant-postes et ne les quittèrent qu'au moment où il ne fut plus permis d'espérer de vaincre.
• On suit le système de tout atténuer. Il n'y a point de morts, point de blessés. C'est un jeu d'enfants.
J'honore les Manceaux en affirmant qu'ils firent leur devoir en celle rencontre; qu'ils résistèrent tant qu'ils purent et qu'ils ne cédèrent tiu'au nombre, quand les munitions vinrent à leur manquer.
Les réquisitionnâmes, ne pouvant alors ni reculer ni avancer, se précipitèrent dans l'Huisne, malgré le froid et le gonflement de la rivière occasionné par les pluies.
La peur du fer et du plomb était en eux plus forte que la crainte de se noyer. Heureusement il n'y en eut qu'un petit nombre qui ne put atteindre l'autre bord.
Quand les hussards virent ces pauvres jeunes gens dans l'eau, et que pour eux-mêmes il n'y avait plus, à cinquante qu'ils étaient, de salut que dans la fuite, ils coururent vers la ville au grand galop.
L'infanterie, abandonnée à elle-même, et désormais sans artillerie ni cavalerie, sans généraux, jeta armes et bagages pour être plus leste. Chacun ne songea qu'à sa sûreté, et tout fut laissé aux Vendéens 1 .
Il n'y avait sur la route et dans la rivière ni planches garnies de clous ni chausse-trappes pour arrêter l'ennemi.
11 faut citer Renvoisié, canonnier du Mans, qui, avant de battre en retraite, mit le feu à un canon chargé à mitraille, jeta le désordre dans la cavalerie vendéenne qui se précipitait sur le pont, l'arrêta et donna ainsi le temps aux gardes nationales de s'échapper 2 .
1 Ce rapport est, dans ce passage, vraiment honteux. Le récit de Potier est plus sûr, plus digne de la ville et de ses généreux nabi-' tants.
* Le bizarre de ceci, c'est que ce Renvoisié qui se battait là comme
Dès que le pont fut forcé, l'armée royale se précipita à la poursuite des fuyards avec une ardeur incroyable, et sans que les dix lieues de marche qu'elle avait faites dans la journée la ralentit, non plus que les marches forcées des jours précédents.
Un autre fait prodigieux, c'est qu'un seul Vendéen poursuivit plus de trente fuyards dans les bois des Aunes, en tua cinq à coups de fusil, et fit sept prisonniers qu'il ramena à Pont-Lieue, où ceux-ci, avec du vin, payèrent leur rançon \