VENDÉENNE
Pendant ce temps-là, les Vendéens, toujours poursuivis et harcelés par Westermann, désiraient repas-
ser la Loire et regagner leurs marais 1 . Les paysans soupiraient après le Poitou où seulement, ils avaient, dans le principe, voulu se battre.
Le gouvernement, pour empêcher leur passage, avait fait conduire tous les bateaux à Angers et à Nantes, de façon qu'il ne leur restait pour ressource que quelques bateaux qu'ils trouvèrent sur les étangs, et qu'ils firent conduire sur des charrettes a Ancenis. Mais cette ressource était bien faible pour tant de monde. Pour y suppléer, ils firent construire des radeaux avec des caisses, des planches et tout ce qu'ils purent rencontrer. Quelques-uns passèrent dessus , mais la précipitation qu'on avait mise à la construction de ces machines était un garant de leur peu de solidité. Elle fut cause que plusieurs se noyèrent.
Westermann, qui, pour prix de ses victoires, n'a reçu de lauriers que la guillotine, tandis que Rossignol, Léchelle, Santerre, fameux par leurs déroutes, ont vu leur ignorance, leur immoralité et leurs crapules couronnées 4 . Westermann, disons-nous, qui voulait avoir l'honneur de détruire la Vendée, la poursuivit avec une ardeur incroyable. Larochejaquelein, qui commandait l'arrière-garde, convaincu du danger auquel il était exposé, engagea la cavalerie à le suivre à la nage. S'élançant à l'eau et se croyant suivi, il gagna l'autre bord, et fut bien surpris de s'y trouver seul. 11 revint sur ses pas rejoindre sa troupe immo-
1 Précisément ce n'étaient pas les Vendéens du Marais qui avaient passé la Loire. Ils étaient restés avec Charetle. * I>cb«lte ftit destitué, et on 1*1 vu mourir de honte h Nantes.
bile. La violence du courant l'avait intimidée, il lui reprocha sa lâcheté. Ses discours, sa double expérience, et, plus que tout cela, les hussards de Westermann qui paraissaient sur les hauteurs, en décidèrent un grand nombre à le suivre. Plusieurs se noyèrent et Larochequelein fut assez heureux pour traverser une troisième fois et faire sa retraite dans la Vendée, malgré les troupes républicaines stationnées à Saiut- Florenl.
Pour terminer sur son compte , il fut tué quelque temps après dans une rencontre où un acte d'humanité l'avait engagé trop avant.
Les Vendéens, restés du côté d'Ancenis, fuirent précipitamment devant les troupes républicaines qui les atteignirent et les battirent à Savenay. Le reste se sauva dans les marais, se rallia peu à peu , et trouva encore moyen de passer la Loire entre Nantes et Paimbœuf, du côté d'Indret, et d'aller grossir l'armée de Charette.
On peut évaluer à dix mille, en tout, le nombre de ceux qui repassèrent la Loire, mais c'était l'élite de l'armée. Leur perte, depuis leur premier passage, peut être évaluée à soixante mille. Mais ils tuèrent aussi beaucoup de républicains. Ce qu'il y a de plus cruel et de plus affligeant, c'est qu'en de pareilles guerres, de quelque côté que penche la victoire, c'est toujours le sang français qui coule.
Tel est le résultat des guerres civiles, dont il est impossible de raconter toutes les horreurs ; un voile impénétrable en couvre encore une partie dans ce
moment. Usera réservé à nos neveux de le soulever 1 .
Ce récit est l'analyse des différentes notes qu'on s'est procurées, toutes portant le caractère de l'authenticité, et étant attestées par des témoins oculaires dignes de foi \
1 Des charretées de pièces ont été livrés au pilon à diverses reprises. M. Bondu, libraire, le sait, me Ta dit, et de précieux documents ont disparu.
On ménage des individus, pour ne pas troubler leurs familles, et l'on empêche ainsi les générations d'être éclairées.
Tel brûle les archives, tel étouffe la presse: faites donc après cela de l'histoire exacte.
* L'ensemble est bon. J'ai rectifié des erreurs de détail et repoussé surtout ce que j'ai regardé comme des calomnies.
Ce qui a précédé l'arrivée des Vendéens au Mans n'est qu'un aperçu; ce qui suit leur départ est à peine indiqué. Je vais fournir les développements. Je ne m'excuse pas des répétitions. Dans la forme que j'ai adoptée, les doubles notes ne sont pas des surabondances. Je montre les faits sous toutes leurs faces; et qui aura la patience de lire mon livre feuille à feuille, page par page, saura certes la Vendée par cœur.