‹ La Vendée en 1793Chapitre 75 sur 88 · SOLILHAC · texte numérisé non relu

SOLILHAC

Lettre de DELAAGE, adjudant-général de l'armée de l'Ouest, au citoyen Rabouin, président du tribunal criminel d'Angers.

•< Laval, 25 frimaire, an II.

« Ça ira, foutre ! ça ira, si Ton veut toujours mettre « à la chose le zèle et l'enthousiasme républicains qui « s'unissent à la prudence depuis quelque temps pour « la destruction de nos ennemis.

« Depuis Angers jusqu'au Mans, la route est par- « semée de cadavres; mais dans le Mans, et jusqu'à a Laval, la terre en est jonchée.

« Je veux te donner une idée de nos succès, pour « te faire participer à l'horrible joie que j'en ressens « moi-même.

« Nous croyions tous que l'ennemi en quittant les o à murs d'Angers, tenterait le passage de la Loire, « SaumurouàTours. Nos meilleures troupes étaient

« sur la levée, destinées à s' y opposer. Quand tout- « à-coup notre cavalerie et la colonne qui avaient « pris la route de Suette , forcèrent l'ennemi a « évacuer Baugé et à se porter précipitamment sur k le Mans par La Flèche.

« Notre armée victorieuse talonnait Tannée « Royale et le soldat républicain brûlait de trouver k enfin un ennemi arrêté. L'occasion ne s'en fit pas « attendre : aux portes du Mans, sur une hauteur « qui domine la ville, les Brigands, retranchés, nous « attaquèrent en force, et environ cinq mille des « nôtres furent obligés de battre en retraite. Heureu- « sèment que pourempêcher la déroute de s'étendre, « une de nos colonnes, celle de Tilly, rétablit le « combat; elle avait juré de ne pas plier et elle tint « son serment.

* Deux fois elle chargea l'ennemi, deux fois elle « fut repoussée. Enfin la baïonnette et la cavalerie « enlevèrent d'assaut quatre retranchements qui « semblaient inexpugnables et qui étaient sur un « point tel que quinze hommes seuls auraient pu les « défendre.

« On s'acharne, on se prend corps à corps, « on s'assassine; à la fin l'ennemi cède et Ton entre « avec lui, par Pont-Lieue, dans la ville; on s'em- « pare d'un vieux couvent où il cherchait à s'embus- « quer ; on pénètre jusqu'à la grande place, mais on « ne peut y tenir, car de toutes les rues qui y abouti tissent l'ennemi tire à boulets et à mitraille sur nos « troupes, harassées et exténuées. On se contente de

ro»r. m.

« se fusiller mutuellement dans tous les coins et par « toutes les issues.

« J'avais reçu Tordre de me porter, avec mon « avant-garde légère, pour seconder les combattants, « avec environ six cents hommes, qui, sans manger, « avaient marché tout le jour et même une partie de « la nuit, jusqu'à trois heures. On me charge de « relever un poste occupé par quinze cents hommes. « A la petite pointe du jour, l'ennemi eut je crois « envie de savoir si nous étions réveillés ; ses bandes « remuent et se mettent à faire feu , mais nous rece- € vons leur visite avec trois coups de nos pièces de 8 h à mitraille.

a Cette réponse fut suivie d'une charge générale « battue à tous les postes. Dans un quart d'heure « les fenêtres, les portes, tout est enfoncé. A mon « attaque, sur la gauche, nous prîmes deux pièces « de canon; alors l'ennemi ne tint plus, et là como mença la boucherie. On tuait sans fin et sans relà- « che ; nous comblâmes de corps entassés les fossés « des retranchements des rebelles. La fureur du « soldat était au comble ; il n'y eut plus ni redoute « ni obstacle; toute l'armée royale prit la fuite, et « bientôt la ville fut purgée entièrement de cette « horde barbare.

« Sur la route de Laval, où ils se portèrent, les « Brigands furent massacrés par milliers. Mes chasse seurs s'écartèrent à droite et à gauche, dans les « champs, dans les taillis, et les tuèrent par cen- « taines. Il y eut de ces Vendéens qui firent mine

« parfois de vouloir se rallier, niais l'artillerie et la « cavalerie les coupaient et les écrasaient de toutes « paris. Le nombre des morts est si considérable que « je puis Rassurer qu'il a été tué plus de monde à « cette affaire qu'à la bataille de Jemmapes.

« Tous mes soldats sont cousus d'or, d'argent, de « papier. Ils étaient tellement animés qu'ils ont pour- « suivi les fuyards pendantprôs de dix lieues, et nous « étions tellement dispersés et écartés les uns des « autres, que près d'une chaumière où, exténués de • « fatigue, nous nous étions retirés quatre à cinq, il a « couché trois Brigands, lassés comme nous et atti- « rés par le même besoin de repos. Nous ne l'avons « appris qu'au matin, et tu peux croire ce qu'il en « est arrivé !

« Lesmunicipalitéssesont arméeset font la chasse. « Je n'ai jamais vu une déconfiture comme celle des « prêtres ; j'en aurais pu compter jusqu'à deux cents « sur les chemins, étendus morts.

« Un chasseur du 1 er bataillon républicain, ser- « gent de ma brigade, s'étant écarté dans les champs, « fait rencontre d'un officier en habit vert, chevalier « de Saint-Louis. Il fonce sur lui à coups de sabre; « l'autre tire son épée, mais notre républicain lui « plonge son arme dans le cœur et lui arrache sa « croix. Je l'ai présenté aux représentants du peuple, « qui vont le faire capitaine. Un autre sergent va « aussi, à ma recommandation, être officier.

« Salut et fraternité. *»

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