‹ La Vendée en 1793Chapitre 9 sur 88 · CCCI. ¥ I Y · texte numérisé non relu

CCCI. ¥ I Y

Cet ouvrage que je donne ici eu est à sa seconde édition.

J'ai publié la première, toute mince et toute modeste, dans une feuille d'annonces, sous ce titre : le Siège d'Angers.

Je ne tirai ce livre, à part, qu'à vingt-cinq exemplaires; c'était le moyen qu'il fût bien vite épuisé.

J'ai quintuplé le volume, et sans oublier mon objet principal, je me suis étendu de manière à compléter l'histoire de la plus sérieuse année de la guerre civile.

Quoi! dira-t-on, vous écriviez dans une feuille d'an nonces?

Oui , certes , et je m'en vante.

la dignité de l'auteur n'est pas dans le cadre, elle est dans le texte, dans les faits, dans le caractère;

son honneur n'est pas dans le format et dans l'enseigue, mais dans les lecteurs qui abondent et qui approuvent, même dans ceux qui censurent et qui crient; le pire serait de passer inaperçu. Toute tribune est bonne, quand l'orateur est écouté.

J'ai lu dans mon almanach d'un sou le maître d'école, de Cormenin, qui est un chef-d'œuvre de raison et de style : c'est mieux que Timon , en vérité , c'est du Socrate.

Que Paul-Louis Courrier faisait-il? des pamphlets. Que faisait Béranger? des chansons. Ils ont plus fait, contre l'absolutisme et la superstition , que des baïonnettes.

Mirabeau, étant à la Bastille, arrachait les gardes des livres qu'on lui prêtait, et sur ces feuilles volantes il écrivait ses lettres à Sophie; les avez-vous lues? c'est le type du genre; il jetait, en traits de feu, l'ébauche des Lettres de cachet, qui tirent crouler la monarchie.

Galilée, sur les murs de sa prison, gravait ses découvertes.

C'était au vent et à la pluie, dans un pavillon tout ouvert, que Jean-Jacques écrivait sa Nouvelle Héloïse.

Les exemples ue manquent pas, heureux qui les suit!

Maison à louer, Maison à vendre. Il fallait que tout s'épuisât pour que mon tour pût arriver. Je me glissais entre deux héritages. Je passais après l'état civil et la mercuriale. Dans ce siècle, tout est

comptes, chiffres, marchés; la pensée même est un commerce, hormis lamienne qui ne se vend point, qui est libre et qui rayonne, pure, sous F aile de mon nouvel et généreux éditeur, mon ami , mon parent , mon cher Leclerc !

Je lui devais cet hommage.

La pensée humaine est une puissance, et c'est pour cela qu'elle a tant d'ennemis. On s'unit, on se cotise, on s'arme contre elle; on a des espions, des juges, des jésuites, des licteurs , des pompiers, pour la garrotter et pour l'éteindre ; mais elle survit à la persécution. Plus on la comprime, plus elle acquiert de force, plus son explosion a d'éclat. Les hommes d'argent et de faste, les positifs et les jongleurs, ont beau l'entourer de pièges, la charger de fers, elle leur échappe ; elle se joue des règles mensongères. Un jour, ayant rompu ses digues et franchi l'espace immense, elle apparaît au sein des villes, elle descend des montagnes, elle souffle dans les arbres, et tout change, tout se transforme, tout s'évanouit, se dissipe. On voit les trônes qui flottent sur la mer des âges, et les palais qui disparaissent dans l'incendie; l'or est semé sur la terre, en prend qui veut ; le grade est au brave, le pouvoir aux habiles : ceux qui étaient les élus, et, hier, les maîtres, appellent cela un accident, une surprise, une calamité, un cataclysme.

La tourmente cesse, l'hiver fuit, les neiges fondent , l'herbe refleurit , Pair s'embaume , et le poëte , éveillé dès l'aube, chante le vice dompté, le monstre

abattu, la vertu triomphante, et les faveurs divines de l'amour éternel !

GCCI.II

Où sont les Vendéens, ces victimes dévouées, tombant sous le glaive de la concentration? Loi impérieuse, féconde, nationale, qui fonde l'unité et l'indivisibilité de la République , et qui mène la France à la domination irrésistible et à la gloire.

Chose étrange : la Convention achève l'œuvre de Louis XI, de Richelieu et de Louis XIV.

Les rois et leurs ministres ont sapé par la base et démoli l'édifice féodal : ils ont ruiné les preux , les bannerets, les grands; ils ont fait cesser les guerres de châteaux; la Convention se charge de la bourgeoisie, elle se charge du peuple : elle détruit les corporations, les franchises locales, les privilèges partiels, les coutumes, les routines, les préjugés de toute espèce , et les croyances.

C'est table rase qu'il faut , pour asseoir dessus un monde refait, une société neuve.

Les marchands de Lyon résistent, et leur ville, enfouie sous un monceau de décombres , perdra son nom; les matelots de Toulon résistent, et leur port est réduit en cendres ; les paysans de la Vendée résistent, et ils vont être exterminés.

Les Administrateurs de l'Orne au district de Frenay (Sarthe).

« Alençon, 1 er frimaire.

« Frères et amis, « Il paraît certain qu'une armée ennemie de vingt à

« vingt-cinq mille hommes est maintenant à Fougè- « res, qu'il y a eu une affaire à Pontorson , entre la « horde diabolique et nos troupes, que celles-ci sont « retranchées, en attendant des renforts, et qu'il n'y a « pas de grands avantages de part et d'autre.

c Notre armée de Fougères a donné aux traînards « et malades de l'armée brigantiue des passeports « pour aller au diable.

a Les contre-révolutionnaires enrégimentés ne a sont pas d'accord avec eux-mêmes. Les chefs « veulent aller à Cherbourg, et le surplus de la horde « veut rentrer dans la Vendée, ce qui fait craindre « une invasion dans notre département.

« Hier soir et une partie de la nuit, s'est fait eu- « tendre, chez nous, une canonnade assez vive et c assez soutenue. Le bruit venait du côté d'Avrau- « ches et de Gran ville. Le 29 brumaire, une canon- « nade aussi venait de ce côté. Nous ignorons le <« résultat de ces batailles.

« Nous vous informerons de ce que nous appren- « drons. Surveillance continuelle, énergie, fermeté, « et ça ira. »

« Salut et fraternité,

« F.-G. LE MASQUERIN. « HAPPEAUX.

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