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Aussi était-elle inaccessible pour tout le monde , excepté pour M. de Bourmont, qui n^usait d^ailleurs de ce privilège qu'avec autant de prudence que de réserve.
Vers cette époque , Deutz arriva à Paris. Je passerai par dessus la répugnance que nous éprouvons, nous autlres militaires, à parler de pareils hommes, près desquels nous ne passerions jamais ^ns les fouetter de nos cravaches, si nous ne craignions pas d'humilier nos chevaux. Cependant la trahison est devenue si fréquente depuis vingt ans , que les traîtres sont les hommes historiques de notre époque. Or , il existe dans les décadences de toute monarchie des temps comme ceux-là, et il faut bien que cei^ temps aient leurs thT(y* niqueurs, comme si c'étaient dés jours de victoire , afin de ne pas laisser de lacune dans rhistoire des nations. Je dirai donc ce que j'ai appris de Deutz par les personnes attachées à la Duchesse et par elle-même ; je n'ai, du reste, jamais vu ce misérable.
Hyaclnthe*Simon Denit naquit à Cologne en 1801&; à rftgede dix -huit ans, il entra
comme ouvrier imprimeur chez M. . Bi^Pt* Yers cette époque, son beau-fîrère, M. Dr^ck, s'étant fait catholique, Deutz, fprieux de cettie conversion, le menaça ^ h^itfiQment que Drack en prévint la police.
Néanmoins , deu^ ou troi^ a^» apr^s , sçn fanatisme judaïque s'adoucit tellement qu'il manifesta lui-même Tinteiitpon d'exQhfas^^ la religion catholique , et fit solliciter ps^ son beau-frère une audience de Tarchev^que de Paris. Ce prélat, pensant que sa conversion serait plus prompte et plus efficace à. Rome , rengagea à s'y rendre. Deutz fit efiCectivement ce voyage au commencement de 1828.' Il était recommandé de la manière la plus pressante par M. de Quéien au cardinal Capeliarj, alors préfet de la Propagande, et actuell:enient Grégoire XIV. Le pape Léon XII, alors régnant, chargea Tarchevéque Ostini ^e l'instruire dans la religion catholique. Pendant quelque temps , et à plusieurs reprises , Peutz parut chanceler dans sa résolution. Il écrivait en 1828: « J'ai éprouvé quelques jours d'o- » rage, j'étais même sur le point de retourner
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» à Paris sans le baptême : c'était le judaïsme » expirant ; mais , grâce à Dieu , mes yeux se f> sont entièrement dessillés, et sous peu j'auil rai lé bonheur d'être chrétien. »
Jugé digne enfin de recevoir le baptême, û eut pour parrain M. lebai'on Mortier, premier secrétaire d'ambassade, et pour marraine One princesse italienne.
Ainsi, c'est en trahissant Dieu qu'il s'exer^ Çait k trahir les hommes.
Peu après il fut présenté au Saint-Père, qui
l'accueillit avec ïa plus grande bienveillance.
Une pension de 25 piastres { i25 francs) par
mois lui avait été allouée dès son arrivée à
Rome , sur les fonds de la Propagande. Son
beau-frère, Dracl, recommandé par le baron
Mortief à la duchesse de Berry, avait été
nommé par elle bibliothécaire du duc de Bor-
dcaux.G'estalorsquelepape fit entrer, comme
însionnaire au couvent des Saintst Apôtres , ,
>eutz,qui continua toujours d'affecter en
iiblîc la même dévotion. Cependant ceux
ni vivaient dans son intimité avaient jugé
len vite dans quel but d'intérêt il avait fait
son abjuration ; la plupart de ses {)remiers protecteurs , se voyant joués par lui , Tabandonnèrent peu à peu ; il ne lui resta bientôt plus que Tappui du cardinal Capellari , qui , ne le voyant que rarement , conserva pour lui le même intérêt.
En i83e, Deutz, sous le prétexte qu'il ne voulait plus vivre d'aumônes , obtint dé son protecteur , le pape actuel , quelques milles francs , avec lesquels il partit pour établir , disait-il, un commerce de librairie à New- Yorck.
Après avoir mangé les fonds de ses livres, il arriva à Londres dans Fautomne de i83i.
Il était recommandé aux jésuites établis en Angleterre et se présenta chez M. Fabbé de Laporte, aumônier de la chapelle des émigrés et légitimistes français , qui lui fit faite connaissance de M. le marquis de Montmorency, alors résidant à Londres, aujourd'hui à Turin.
Deutz se faisait remarquer par une assiduité extraordinaire aux oflices de la chapelle, priant avec ferveur et communiant fréquemment. Il attira ainsi Tattention et la
bieuTeiUance de M. de Moatmorency, homme très-^rdigieiix, qui Tadmit i sa table^ et même à une espèce d'iotimité.
A cette époque^ madame de Bourroont se disposait à aller rejemdre son mari; M.
de Montmorency lui recommanda Dents comme un homme sage> honnête^ ifài pouvait lui être utile dans son Toyage « et d'un dcTOuement à toute ëpreuve pour la lëgîtî'mité et la religion. DeutK fit donc le voyage avec madame de Bourmont et $es demoiselles, et se conduisit de manière à mériter toute sa bienveillance. Cette dame, à son arrivée, le recommanda avec chaleur à la duchesse de Berry.
Lorsque la princesse passa à Rome, le Pape lui parla aussi de Deutz comme d'un homme dévoué y et sur lequel on pouvait compter comme bien capable de remplir avec intelligence le& missions les plus iiqportantes et ]es plus délicates. U le lui recommandait pour qu'elle pût en disposer avec une entière con*^ fiance lorsque la circonstance se préso^terkit. Elle ne tarda pas à s'offrir.
Au moment où la Duchesse préparan sa descente en France , Deutz arriva à Massa et se présenta à Madame pour lui offrir ses services. Il venait de Rome et allait en Portugal remplir diverses missions que loi avait confiées le Saint-Père, entr'autres celle de prendre à son passage à Gènes une dixaine de jésuites pour les conduire à don Miguel, qui les avait demandés pour fonder un collège. Madame le reçut avec bonté, et .sachant qu'il devait traverser TËspagne pour se rendre en Portugal, elle accepta avec plaisir et bienveillance ses offres , lui disant qu'elle profiterait de sa bonne volonté, de son dévouement, et lui ferait passer ses ordres en temps et lieu.
Elle avait alors une telle idée de la délicatesse de DeutE, et il avait su lui inspirer tant d'intérêt qu'elle dit un jour à l^un des Français qui étaient près d'elle : « Je crains que ce pau- » vre Deutz n'ait besoin d'argent. Je n'en ai » pas moi-même en ce moment, et il est si » délicat, que je n'ose lui donner à vendre ce » bijou, qui vaut, je crois, 6,000 francs ; faitesf> moi le plaisir de le vendre vous-même, et de
» lui en donner Targent sans lui dire, surtout , j> ce que je suis obligée de faire pour m'en » procurer. »
Il partit donc pour sa mission , en passant par la Catalogne et Madrid. C'est dans cette ville qu'il obtint, sur la recommandation d'un des ministres plénipotentiaires des états italiens, auquel il avait été adressé par le Pape, d'être présenté à l'un des princes de la famille royale d'Espagne, auquel il sut soutirer de l'argent, quoiqu'il en fût alors abondamment pourvu par les soins du Saint-Père et de la duchesse de Berry. Cette petite supercherie, dont il s'est vanté lui-même à son second passage à Madrid , en revenant de Portugal , prouve que Deutz trahissait déjà à cette époque, et que tous les moyens lui paraissaient bons pour satisfaire sa soif de l'or.
Comme il voyageait sous les auspices de la cour de Rome, il logeait presque toujours dans les couvents, où il était bien accueilli, se faisant remarquer par sa ferveur, et par son zèle pour la foi catholique.
A son arrivée en Portugal , bien que muni
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de lettres de recommandation du Saint-Père, il ne put , cependant, obtenir de don Miguel une audience qu'arec bien des difficultés, et après quelques moiâ de séjour. Ce fut, je crois, à l'occasion d'un emprunt que don Miguel cherchait à contracter dans ce temps à Paris. Un batiquier de cette capitale qui en avait eu connaissance vers la fin de juillet, et désirant en tirer parti au profit de la Duchesse, écrivit, ou fit écrire, dans le courant d'août, à Deutz, alors en Portugal , qu'il se chargerait volontiers de l'emprunt à condition que don Miguel laisserait prélever lo pour % en faveur de la duchesse de Berry ; et que le connaissant pour être très-àttaché à la cause et aux intérêts de la Princesse, il lui confiait la négociation de cette affaire, espérant qu'il emploierait tous les moyens que sa sagacité lui suggérerait pour la faire réussir; mais il paraît qu'elle n'eut aucun résultat, à cette époque. Dans le courant .du mois de septembre 1 832, il revint du Portugal à Madrid, et eut plusieurs entretiens avec des légitimistes français, dont la confiance dans ce misérable était com-