‹ La Vendée et MadameChapitre 14 sur 20 · I^ VENDÉE · texte numérisé non relu

I^ VENDÉE

et n'en roug^ pas; du reste, aiicune bainè, aucun fiel dans l'âme, même contre ceux qui lui ont fait le plus de mal. Qui Ta rue uaie heure connaît son ciuractère, qui Ta Tne un jour connaît son cœur.

l^e déjeuner terminfSf la Ducbe^c r^ouma au salon, et c'est eq ce moment que je lui 4e<mandai la permission de prendre amf^é d'elle, le courte d'ErUm passant une revue de la garde nationale et de la troupe de ligne à laquelle je ne pouvais me di^n^r d assister.

— Quand vou;» reirerrai- je ? toe dit la Princesse.

— Aussitôt que la revue ^wa terminée. Madame, et je présume que cela ne sera pas long*

C'était moi qui avais proposé au comte d'Erlon de passer cette re^uç, dans Tifiten** tion de mettre M. le préfet dans un rapport plus intime avec la gande nationale, et de ptxv titer de Tévenemi^nt favorable auquel il avait pris une si grand part, pour détruire les fâcheuses préventions qu'on avait 5;ur son «ompte.

Mes preyisiops &ç ré^lisèrwtt ii^<^* la ^v4a

Hpnale, après une courte harangue ^ue lui fit M. le préfet, cria vice M. Mamiçe Ih^ç^.

A peine a^ais^je fait trente p{i« hors 4u ch^ teau, qu'un ^ornpette de gen^anufirie me re^ joignit tout ;e3$oufi|é çt rpe dit que la Du-* ç)ies3e me de^iandait de suite prè» d^dle; il ajouia qu*elle paraissait furîeuae contcemoL Je lui demaridai s'il connaifi^aît le motif de cette colère subite ; il me dit que d'après quelqties mot$ que la Duchesse disait à mademoiselle de Kersabiec» il l'attribuait à ce que M* de Me^nard , au lieu d'avoir été placé dans &QQ antichambiie * airatt été conduit dans «n autre corps de logi$. Craignant qu'eff€<;liv<>-* ment oq n*eut pas eu pour lui tous }es égards que j'avais recommandes, je me rendis aussi* tôt chet M. de Mesnard* et le trouvai si malade , qu'il s'était jeté sur son lit sans avoir la fpTfce de se déshabiller. Je lui offiris d^étiie son valet de chambre ; mais comme il nj avait ep- QQfe ni chfiise ni table dans son appartement, et qu'il ne pouvait se tenir debout , ce n était pas uq office facile à remplir. J'appelai à mon

secours un gendarme , et nous parvînmes à nous deux à le mettre au lit. Lorsqu'il fut couché , je lui dis que la Duchesse venait de me faire rappeler, et que nous allions probablement aTHir une scène à cause de sa séparation d'avec elle. Il me dit alors de tranquilliser Madame sur son état, de lui affirmer qu^l n'éprouTait qu'une faiblesse passagère et qu'il était très-i!ontent de son logement.

Je me rendis immédiatement chez la Duchessc. Lorsqu'elle m'aperçut, elle bondit plutôt qu'elle ne s'avança vers moi.

— Ah ! ah ! Monsieur, me dit - elle d'une voix altérée par la colère, ah! c'est comme cela que vous commencez, c'est ainsi que vous tenez vos promesses : cela promet pour l'avenir C'est affreux.

— Qu'y a-t-il donc , Madame ? lui demandai-|e.

— Il y a que vous m'aviez promis de ne me séparer d'aucun de mes compagnons ; et voilà déjà que, pour début, vous mettez Mesnard dans un autre corps de logis que le mien.

— Madame est dans l'erreur , répondis-je ;

M. de Mesnard est dan» ufi <aaUecorp^. de logis, il est vrai , mais la tour qu'haine Ma-; dame tient à son appartement- -

-^. Qui y mais il rfaut descendre et retnontëf pat un autre escalier.

: -*- Madamése trompe encore, repris-fe , on peut àe retidre chez M; de Mesnard , en de^ Cendant au premier et en suivant les sippai^ * temens.

— Si cela est ainsi, allons-j, Monsieur, me dit-elle , je veux voir ce pauvre Mesnard 4 rinstant. .

'' Al ces mots, elle me prit le bras et m'entraîna veré la porte* Je Varpêtai,

— EstHis que Madame ae.se souvient pli|$ qu'elle est prisormière ? : , ' ;

— Ah! c'est vrai, dit-elle en soupirant, je me croyais encore dans. un château, tandis que je suis dans unç prison. Au mqins j'^s^ père, génçral, qu'il ne m!est pas défendu de faire prendre de ses pouvelles.

. J'ai voulu vous .en apporter moi-même, je viens de chez lui.

— Eh bien ! comment va-t-il ?

386 tk VËNDËSË

Je rMônrMl alors à la t>urheàse les moitié qne YêtSiiP peu de \m. Ces ttivques d'atténtioii ^ qu'elle sentit qiiBfw^àis donnée â élltt^méme ïnisn p\m qu'^à M/de Meâtiàrd^ la tMdièrent vivement. — Ge'néral , me dil-eHe ^ d*im tooi (\M\ annotiçnk qne të«fÉ isa Colère était éranôtlië» , je Vdllà f en^rcie de vt>lrè hùnté pov^ M^ëtiôrd: mais il lettiérite bien , dâi? il n'était point partisan de mon équipée.

' Je te^tpà donc près de Madame^ (Jui me tnàflifèsta le désif d*écrtfe à »Wi frire ^ le rm de Naples ^ et à sa sœur, la reine d'E^pd^^i -^ J(«ti'ià4 à leùrlaiVi» patt^ nie ditM^He/què de ma mauvaise aiFeniUrè; } aipeurq^'ilâ^ne Savent itf è(liiet^ de iha «sâMé ,'^ ^ne, v^ Tëldi^ où nous sommes les uri&déy iËttt^s, dé» tti^-* porté fâuîi ne Ifeûr soient faits. -*- A piropos, â)but^-t-^élfe, qd'è^t-cè que tt>us pettste dé fa conduite de tna steut d-Espagne? •*- Mais, RiPadàrrie, f'é]()bndis-îe, J^e èi^ôîs qu'elle suit \û bonne route. — Tarit mieux, reprit-^ elle en

soupirant, pourvu qu'elle arrive à' bien ! louis

XVI a commencé comme elle. ''

La Duchesse remarqua âîôré que f avais une

écfaafr^e'iioîrediind)âqu6lleie pa^sariâ quelquefoiâ mon bra^;-^ A propos^ gëfrénal y comment

ta^ vptre bras ?

— Fort bien; mais commeat Madame sâit^

eUe«M?.

— Ah! j'ai appris eela à Nanles: onrm'k

dit çie ^'6st tin chevralà RU»;.qm >rovBs jeta à toTMi.. M Je dis : ob ! (>our le thermal v c'e«t titie » boime prise : mois je Vbu» avoue que je n'e-^ » tais pas fâchée de Taccident ; car vous nous ^ S(yen ùià bmn àm nud ! J*espère cepetidant >^ .^ue fcela tue sera pas^gigiyei » •

k GiéneraL^ me dit^Ue^ enanifo^ ine se^a^^1H:ii

.-^ Jffe'ar.yvois auoim mtwtnsrénMït Si Ma^ dame veut m'indiquer ceux qu'blte déairo ? /

tidienney etié ConâtiktliagmeL . ! *

— Vous, Madame, le CcnitHutipmnél?

-r-^PfOwquQipaa?

. 't7.S«tie8l+iroîiâ>pr5teàï.abjairer votre politique comme Henri lY. ai fmt.de sa teltgbm^ Qti j4ir¥MrviHi^ : B wis vaiil ^m une . Gharie ?

convertir? * •

488 LA VEINDËE

— Certes , c^est un journal trësHKrré d« raisonnement, et très-entraîuâdft de conviction! ! . . .

— C'est égal, je me risque : je voudrais aussi

le Co^irrier-Francms.

Le Courrier ! Mais Madame n'y pense pas; elle va devenir ulirchUbéraJe.

— Ecoutez , général, moi j'aime tout ce qui est franc et loyal: et le Courrier est franc ^ loyal; je désire aussi L'Ami' de la Charte.

— Oh ! pour le coup...

— Celui-là, c'est pour un autre motif, général, me dit-elle ayei; une extrême méiancplie; celui-là m'appelle toujours Caroline tout court, et c'est mon nom de jemié fille, et je le regrette, car mon nom de femme ne m'a pas porte bonheur.

La Duchesse ine demanda si 7e la cohnaissais avant les événeméns de juillet.

— Non , Madame.

— Maisvousn'étesdoncjamiaisvefittàParis?

— Pardon, Madame, j'y suis allé deiixfois pendant la restauration.

^ '-^ Comment, général, vous êtes aHédeu^ fois à Paris et votas ne m'avez pïs vue P '

-^ Pour une. bonne raison , répondis- je.

— Ëypliquez-moi donc cela.

— C'est que quand je voyais venir. Madame ^ d'un côté, je m'en aUai$ bien vite d'un autre.

— C'est peu galant, MonsieiBr, mais enfin pourquoi ?

— Pourquoi, Madame, pardonnez, je vous prie, à ma franchise, elle est un peu crue, je l'ayoue; mais c'est que je n'aimais pas la Res-* tauration. On pourra bien supposer d'après cela. Madame, que si j'ai pu être assez heu* reux pour £)ire quelque chose qui vous fût agréable , du moins je l'ai &it sans aucune espèce de spéculation, d'autant j^os que Y. A. se trouve dans une position à ne m^ofirir au** cune garantie.

lia Duchesse me regardant avec bonté, dit à mademoiselle de Kersabiec: — N'est-ce pas, Stylite, qu'il est bon enfant? —Oui ^ Madame. C'est malheureux qu'il ne veuille pas être des nôtres»

A cela je m'empressai de répondre: Tout ce

que Madame aura droit d'exiger de respect , de prévenances, d'égards et d'intérêt, dans

39d LA VENDÉE

la position accablante crû elh se trouve , je les aurai; tous les services qu^elle me demandiira<, etqtte je pourrai M rendre, je les lui rendrai; mais quant à^ mets^ dévmrs, rien au nikmde n'est dans le* caa dé* më les £atire oublier. Je m'arrêtai ; et me tournant vers mademoiselle de Keroabiec : — Vetos m'avez entendu-, mademoiselle Stylite, j'espère que pendant tout le temfpS'que'j'afarai Fhonneur d'être près de Madame vous me*feiie2'le plaisir de ne jiiustai& revienîr sur le tùêttie- sujet.

— ^ You8 l'avez! entendt^,. Slylite, dît Madame 'f parioris -• d'autircf ^ chose.

-^ Ai¥6^Ttqusi v«i^ moii^filsv général?

— Je 10k M pas eut mi bdmièttr:

— Eh bien » c'est un bien boii' eiliant. Bien vif, bien>^t04irdit;>niaÎ6faient Francis ctothme moi.

— Vous l'ains^^^.bcohficottp?

— Àutant^qu'une'mâre^p^Maimfek* son fils;

— Eh bien 1 que Madame me permette' dfe lui dire qiie je ne o6mp:«iMi8-pas' eômment, lorsque tefit a ëté fiittidans Ja Yeniiée, \0VAqu'a^rè^ les combats dU Ohénè, de' làP^is-

ET MADAME. Sgt

sière, tcmt espoir a été perdu, elle n'a pas eu Pidée de retourntr aussitôt près de ce fils qu^elle aime tant: uoosiui aYOâs fait beau jeu pourtant f

-«- Général , c'est tous qui avez saisi ma correspondàùce , je crois ?

*-- Oui , Madame.

^^ Et TOUS avéB lu mes lettres ?

-^ J'id eu cette indiscrétion.

•^ Eh bien I rbus âvea dû voir que du moment où j'étais Venue nie mettre à la tête de mes braves Vendéens , j*étais résolue à subir toutes les conséquences de Titlsurrection. . , Gomment! c'est pour moi qu'ils se sont levés, ^'ils orit cém{^oi!his leur têf e, et je les aurais abandonnés ! .. .. Non , général , leur sort sera le mien, et je leur ai tenu proie. D'ailleurs il y a lobg^emps que je serais votre prisonnière, qxïe je me serais rendue moi*méme, {lour faite tout ftâîir, i^ je n'avais eu une crainte....

-*-- Laquelle ?

— C'est que je savais hAen^ qu'à peiiie pri** MMniène, je serais réËlftmé^ për TEëpagne, la

5g2 hk VENDÉE

Prusse et la Russie. Le gouvemeinmit français, de son côte, Toudraîl me faire juger, et c'est tout naturel: mais. comme ]a sainte alliance ne permettrait pas que je comparusse devant une cour d'assises, car la dignité de toutes les têtes couronnées de l'Europe y est intéressée; de ce conflit d'intérêts à un refroidissement , et d'un refroidissement à une guerre il n'y a qu'un pas ; et je vous l'ai déjà dit , je ne voulais pas être le prétexte d'une guerre d'invasion. . Tout pour la France et par la France , c'était la devise que j'avais adoptée, et dont je ne voulais pas me départir. D'ailleurs qui pouvait m'assurer que la France une fois envahie, ne serait point partagée. Je la veux tout entière, moi !

Je souris.

— Pourquoi riez-vous, me dit-elle ?

— Je m'inclinai sans répondre.

— Voyons, pourquoi ries-vous, jis îreux le savoir? .

— Je ris de voir à V. A. toAtesces craintes il 'une .guerre . étrangère. ...

— Et si peu d'une guerre civile, n'est-ce pas?

— Je prie Madame de remarquer qu'elle achève ma pensée et non point ma phrase.

— Oh! cela ne peut pas me blesser, généraly car lorsque je vins en France, j'étais trompée sur la disposition des esprits; je croyais que la France se soulèverait, qœ l'armée passerait de mon côté; ajoutant plus quefai été imitée à rentrer en France plus par mes enriemis que par mes amis. Enfin je rêvais une espèce de retour de tîle d'Elbe. Après les combats de Maisdon^.de laCaraterie, du Chêne, de la Péhissière et de Riaiilé, je donnai l'ordre positif à tous mes Vendéens de rentrer chez eux ; car je suis française avant tout, général , et la preuve, c'est qu'en ce moment, rien que de me retourner en face de ces bonnes figures

Françaises, je ne me crois plus en prison.

« Toute ma peur est qu'on ne m'envoie autre

part; ib ne me laisseront certes pas ici, je suis trop près des émeutes. On a bien parlé de m'envoyer à Saumur, mais Saumur est encore une ville d'émeute. Au reste, ils sont plus embarrassés que moi, aUez, général ! »

En disant ces dernières paroles, elle se le-

igi LA VENDÉE

ta ^ et ^ promena comme ua homme , les mains derrière le dos. Au bout d^uu iostant » elle s'arrêta tOQt court et reprit i

— » Si je suis en prison, j'espère du moins que je ne suis p^s au secret , et que M. Gui-^ bourg pouira dîner avec moi.

— Je n'y Tois pas d'inconvénient, Madame^ d'autant plus que je pense que c'est la der** nière fois qu'il aura cet honneur.

Soit qu'elle n'entendit pas ces parolesy soit qu'elle n'y fît pas attention, elle ne me répon-^ dit point; et compie il était nuit et que l'heure du diner approchait, je demandai à la prin-^ cesse la permission de me retirer , en lui de* mandant ^i^ ordres pour le lendemain.

Le lendemain^ à dix heures, le colonel d'ar^ tillerie commandant le château entra dans ma chambre ; il venait m'annoncer une nou-^ velle colère de la Duchesse, elle avait une cause à peu près pareille à celle de la veille.

M. Guibourg, ainsi que m'en avait prévenu le comte d'Ërlon , avait été réintégré en prison pendant la nuit , de sorte que lorsque la Duchesse avait demandé pourquoi il ne rêve--

ET MADAlffi; SgS

j/isit pas d^eaoer, on Ini avait anhoKé cette nouvelle, à laquelle ona plirase de la veille attrait dû fat préparer, éi efle TaT^it eortendoe. La Duchesse avait crie à latriUson, et 'm'avait appelé ^^^àe. dette înpire avait «quelque chose de si curieux dans la bouehe de Madame, que j'en riais encore lorsque j'anivaii chez elle.

EUe me reçut avec la même pétulance que la veille , et presque avec les mêmes pareAes.

— Ah ! c* est comme cela. Monsieur f Je ne l'aurais jamais cru , vous m'avez trompée et indignement.

Je feignis^ contme la veille, Ntonnement,.

et lui demandai ce qu'elfe avait.

— J'ai ^ que Guibourg a été enlevé tetlé nuit et conduit en prbon, malgré la promesse que vous m'aviez faite que je ne ferais pas séparée de mes compagnons dmforimm.

— J'aurais voulu accomplir toos les -désirs de Madame, mais il ne dépendait pas de moi, ni de M. le C(Hnte d'Erlon, d'empêcher l'autorite judiciaire de revendiquer M. Guibourg,

Il avait été mis en accusation avant son ar-

Sgô LA YEINDËE

restatioD ; la cour d'Assises de Loire et Cher était saisie , du procès , et M. Guibourg devait éti*e transféré à Blois pour y être jugé. Aucun pouvoir légal ne pouvait l'en dispenser. Quant à. mademoiselle de Kersabiec, à M; de Mesnard, qui ne sotit pas en état d'accusation, ils sont restés auprès de Y. A. R. ; ain^i vous voyez bien , Madame , que M. le comte d'Ërlon et moi n'avons nuUement-manqué à la paroleque nous avions donnée.

-^ Mais , au moins , pourquoi ne m'avoir point prévenue P

— Je n'ai encore de ce côté aucun reproche à me faire/ pùisqu'en autorisant M. Guibourg à ^^er hier avec vous, j'ai ajouté ces paroles.' U* autant plus que ce sera probablement le dernier repas quil catraf honneur de /dire a^ec Madame^

— Je n'ai point entendu cela*

— Le général Ta cependant dit, Madame,

interrompit doucement mademoiselle de Kersabiec.

— Mais pourquoi ne pas s'être expliquée d'une ndanièrè plus claire ?

^PaFce que. Madame, répondis-je, avait éprouvé tant de secousses dans la • journée que je voulais lai conserver au moins une bonne nuit, et que je savais qu'elle ne pouvait dormir, si elle était informée que pendant son sommeil on devait transférer M. Guibourg en prison.

— Et vous< Stjlite, pourquoi ne m'avez-vous rien dit, puisque vous aviez compris les paroles du général ?

— Par la même raison que le général^ Madame<

La Duchesse s'apaisa et me sut gré de la circonspection que j'avais apportée dans cette circonstance. Siur l'observation que je lui fis alors, que j'avais remarqué qu'elle conservait la même robe de la veille sur laquelle on apercevait les trous occasionnés par les brûlureSf et les mêmes bas, eUe me répondit.

— Le peu d'effets que j'ai sont chez les demoiselles Duguigny, et puis, mon cher général, pour la vie que j'ai menée pendant six mois, je- ne m^occupais guère de ma garderobe; aussi voilà pourquoi je n'ai rien. Serie2i'

SgS LA YËI^DÉE

VOUS asses bon pour aller chez ce$ demoiselles et me £iire apporter ce qui s'y trouve.

— ^Je sqis aux ordres de Madame. La Duchesse fit une note et me la remit.

Un des substituts du procureur du roi, qui se trouvait par hasard présent et qui avait fait mettre les scellés à Tapparterpent qu'avait occupé la Princesse, ainsi qu'a la chambre de la cachette, fut invité par moi à se rendre sur les lieux pour retirer les objets indiqués dans la note.

Nous nous transportâmes en conséquence dans la maison Duguigny, où nous n e trouvâmes, suivant ce que la Duchesse avait dit , que très-peu de chose. Parmi les objets désignés dans la note, il devait y avoir une boite remplie de bonbons, qu'effectivement nous rencontrâmes, mais vide. De retour de ma mission près de la Duchesse, je lui en rendis compte, en lui observant que j avais bien trouvé

la boite, mais que les bonbons qu'elle contenait avaient disparu.

—Ah! dit Madame, les bonbons ont dis-

Et MADAME. 39g

para? ce n'est pas étoAn^qt. Des bonbons scr mangent.

-->Quels sont ceux* repria-je^ que M;idaine préfère ? J'aurai Favantage de lui en offrir.

— Des bonbons, si cela se oiangci cela s'accepte. J^aime le chocolat en rouleau aTce dea dragées dessus.

'—Alors Madame permet......

—Certainement.

Il était six heures et demie, la Duchesse allait dîner: je pris congé d'elle.— A demain^ général, me dit-elle avec une gaité toute d^en-^ fant, et n'oubliez pas mes bonbons surtout.

Je sortis.

A neuf heures le comte d'Ërloo prit la peine de passer lui-même cheâ^ moi pour me dire que l'on croyait être certain de la présence du général Bourmont à la Chaslière. — Si cela est, général, répondis-^je, je Tais pi^cndre avec moi cinquante cheTaux, et demain matin M, de Bourmont sera ici*

A onze heure;» j'étais en route.

A minuit, on réveillait la Duchesse, madc' moiselle Stylite de Kersabiec et M. de Mes*

4<»o LA VENDÉE

tiard ; ils montèrent dans une voiture qui les conduisit à la Fosse, où les attendait un bateau à vapeur, sur lequel se trouvaient déjà MM.

Polo, adjoint du maire de Nantes ; Robineau de Bougon, colonel de la garde nationale; Rocher, porte-etendard de Tescadron d'artillerie de la même garde ; Chousseriç, colonel de gendarmerie j Ferdinand Petit-^Pierre , adjudant de la place de Nantes, et Joly, commissaire de police de Paris, qui devaient conduire la Duchesse à Blaye. Madame était accompagnée, en se rendant au bateau, de M. le comte d*£rlon, de M. Ferdinand Favre, maire de Nantes, et de M. Maurice Duval, préfet. £n descendant de voiture, elle me chercha des yeux, et ne me voyant pas, elle demanda où j'étais. On lui repondit que j'étais en expédition. — Allons, dit-elle, encore une gentillesse de plus. — M. le général comoiandant la division, M. le préfet et M. le maire de Nantes devaient accompagner la Duchesse jusqu'à Saint-Nazaire, et ne la quitter qu'après son embarquement sur le brick la Capricieuse, En mettant le pied sur le bâtiment, Ma-

ET MADilMË. 4oi

dame s^informa si M. Guibourg la suivait ; le préfet lai répondit que la chose était impossible. Alors elle demanda une plume et de Fencre, et lui écrivit le billet suivant :

« J'ai réclamé mon ancien prisonnier, et » Ton va écrire pour cela. Dieu nous aidera et » nous nous reverrons. Amitié à tous nos amis. » Dieu les garde; courage, confiance en lui.

» Sainte- Anne, est notre patronne à nous autres » Bretons. »

Ce billet fut confié à M. Ferdinand Favre, qui le remit religieusement à son adresse.

A quatre heures, le bateau partit, glissât en silence au milieu de la ville endormie ; à huit heures on était à bord de la Capricieuse.

Madamie resta deux jours en rade, les vents étaient contraires; enfin le 1 1, à sept heures du matin, la Cùpricieuse déploya ses voiles, et remorquée par. le bateau à vapeur qui ne la quitta qu^à trois heures en mer, elle s'éloigna majestueusement : quatre heures après, elle avait disparu derrière la pointe de Pomic. Quant à moi, je revins le ^, à huit heures du matin à Nantes 4 n'ayant, comme on le pense bien.

4o2 LA VENDÉE

trouTé personne aa Château de la Chaslière.

Pendant ce tempe, M. de Bourtnont était tranquillement à sa campagne dans les environs de Candé (Maîne-èt- Loire), où il s'était rendu le )ont même du départ de la Duchesse pour Ëlaye. Il avait quitté Nantes à six heures du soir, ïie paraissant pas beaucoup redouter qde la haute police eut l'incivilité de l'euipéchet de visiter ses propriétés et de méfttre ùr*^ dre à ses affaires.

De là, il se dirigea par Angers sur Lyon , où il fut très-bien accueilli dans une maison légifithisté, dffrai^t une sécurité qui pouvait le défërïtiiiier à y prolonger àoâ séjour.

Leâ dàrùéè dé la tnai^on, très^dévdtês et très-cririeùse^, élaieM prévenues qu'il était un des chefs du parti légititnisté, itiais é}ks igno^ raient qu'il fut M. de Ëourmônt. *

Elles étaient fort i6triguéés dé savoir quel était dé personnage si réservé et ^idiscifët ; elles s'éfiùisâient eil conjectures ; ëtifih , soîl que le éosfluttie de M. dé Bonrïtiorit leWën ait donné ridée , soit q[ué leui^ ima^natii^ eti ait fait tous les frais , elles finirent par se persuader

£T MADAME. 4o3

qaé c^^tait ttU ecclésiastique ; et pour lai faire, à s(hï instt , une galanterie , elles s*'empres'sent d'éleîvët* dans une des pièces de la maison un autel qu'elle;^ parent de leur mieux , et d« sd pfroéurer les Tases et les ornemens ndcessaîres. Le lendemain matin , elles viennent h ando^nrcer, avec une satisfaction qu^éHeaî croyaient lui faire? partager; que tout éfeit dii^pôéë p(mt qu'il put dire sa messe dans la maison.

M. d^ Bourmont entendit cette proposition avec un graWd sérieux , dont il s'est dédomittàgé depuis, etnertbulatttpas détiliîre cheîs ces àatOiei tolé etréucf qtà favorisait l'incognito qïi'îl voFtitlérit garder, iHeurrfôrina pour excfusé, ^ftf'aytoif PhàfMtiidé en toyagè , de prendre lé^ m;itlii Me fàMiétfe de cbocôlat , il en avait déjà fait usage, et ne pouvait dans cet état se présenter à l'autel.

Les bonnes dames en furent persuadées, et leur vénération redoubla pour un homme qui se montrait si scrupuleux.

Cependant, M. de Bourmont, réfléchissant que l'autel était préparé , qu 'on trouverait fort

4o4 LA VENDÉE

étrange qu'il ne s'y présentât pas, quil se trouverait exposé à de nouvelles ojisessibns , fit appeler le maître de la maison et lui annonça qu'il allait partir de suite.

Soi] hôte fut étourdi de cette brusque résolution ; M. de Bourmont le rassura en lui disant : a Vos dames ont voulu me faire dire » la messe ce matin ; si je reste , elles vou- » drontpeut-étre me faire chanter vêpres après » midi. Yoilà pourquoi je pars. i»

En effet, il prit aussitôt la poste , non pour passer à l'étranger, mais pour venir à Paris, où il resta quelques jours. Il repartit ensuite pour Genève , et pendant qu'il voyageait avec sécurité de Lyon à Paris , et de Paris à Genève, la haute police le faisait , maladroitement ou adroitement , chercher dans la . Vendée , et partout où il n'était pas.

€ La Vendée n'est point un pays , où l'on paisse en- » Toyer des sauveurs ; des hommes habiles i transfor- » mer en émeutes des rassemblements inoffentifr, » pour se procarer nne occasion de faire ce qu'ils • appellent de la farce, et qui , si l'on Toulait les en » croire, sauTeraient la patrie tons les jours, et tontes » les fois qu'il n'y aurait danger ni pour eux ni pour » elle. •

Je résumerai dans ce chapitre ce que j'ai dit,

dans le cours de cet ouvrage , sur la Vendée et Madame ; le lecteur jugera :

I® Si Tentreprise de la Duchesse avait quelque chance de succès , ou si ce n'était qu'une folie ;

2® Si les causes d'irritation qui existent daiis

les départemens de l'Ouest , sont telles qu'on ne puisse les calmer que par l'emploi de mesures militaires;

3*" Si une amnistie ne serait pas le moyen le plus sûr d'arriver à une pacification générale. a6

4o6 LfL VENDÉE

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