‹ La Vendée et MadameChapitre 15 sur 20 · SI · texte numérisé non relu

SI

Lorsque Marie-Caroline débarqua dans les environs de Marseille , elle savait , comme la France et toute TËurope, que les hommes qui avaient renversé le trône dé Charles X, étaient éloignés par le nouveau gouvernement et sans influence ;

Que le ministère était tellement composé, que pour gouverner elle-même, elle aurait eu peu, ou point de changement à y faire ;

Que le clergé, puissance inamovible etstationnaire , appuierait de toute son influence le rétablissement de la royauté du droit divin ;

Que les cours royales, et en général tous les tribunaux ( à Téxceptioii des parquets) étaient composés de magistrats de Charles X.

Que Tadministratiôn était, comme en 18149 181 5 et i83o, composée d'hommes disposés à retourner leur habit pour conserver leur emploi;

Que rarméc , toujours brave et fidèle à son drapeau, mais essentiellement obéissante, ne connaissait que les ordres d'un chef qui a dit quen politique il fallait a^oirplus dun dra-* peau ' , pouvait du jour an lendemain lui en faire changer.

Que les gardes nationales, si généreuses et si dévouées à Loui^-Philippe en i83o, partageaient le mécontentement général; toujours prêtes à se réunir pour le maintien de rordre« mais n'ayant aucune sympathie pour un ^uvernemenct qui les voyait avec défiance après les avoir trompées,

Q«e le peuple, proclamé souverain en i83o, était retombé sous le joug de la moins gêné* reuse et de la l^us stupide de^ aristocraties.

Que des émeutes qui attestaient son mécontentement étaient refoulées par les l>ayon<n^tes, moyefl assuré de rendre le gouveme»ment de Louis-Philippe Tobjet d'une haine CQDcenlrée, mais implacable.

Que le gouvernement était insulté et me^

4o8 LA VENDÉE

nacé au dehors, même par un petit duc de Modène, dont elle pouvait apprécier l'importance, puisqu'elle habitait un de ses palais à Massa.

Des émissaires du parti légitimiste 'parcouraient la France, répandaient de l'argent et organisaient des insurrections à Paris, à Lyon, à Marseille, dans la Vendée, etc.

Enfin, on écrivait h la Duchesse que son entrée en France serait, comme le retour de Napoléon de l'Ile d'Elbe, un véritable triomphe ; on la pressait de partir ; on lui reprochait d'être mauvaise mère et d'abandonner les intérêts de son fils. Le reproche d'être mauvaise mère lui fut bien cruel ; sa résolution fut aussitôt et invariablement arrêtée.

Tel était l'aspect sous lequel Marie^Caroline voyait la France, lorsque pressée, tourlmentée par ses amis, et ses ennemis^ elle se décida à V enir y . débarquer.

Le lecteur appréciera comme il l'entendra, lar portée du moi ennemis ; la'Duchessie,'enme parlant des vices instances de ses ennemis^ a pensé que je la comprenais et ne me l'a point

expliqué. Toujours estril, que des personoes quiy d'après leurs hautes fonctionSv s'ils n'étaient pas ses ennemis personnels, devaient

être au moins très-opposées à sqn entreprises correspondaient avec elle (à la yérité indirectement), lui faisaient parvenir des avis, et. lui donnaient des conseils.

Des sommes considérables avaient été enyoyées à Marseille pour préparer un naouvement, mais conime ce n'est pas à ceux qui se battent et se font tuer qu'on peut adresser des fonds, on fut obligé de recourir à des^intermédiaires ( mot qu'on peut traduire par gens du milieu ) hommes prudents, qui ne se compromettent paS; ne se font pas tuer, mais qui, dans ces sortes d'affaires, pensent avant tout à. faire les leurs, et sont assez indifférents sur le reste.

. En effet, les mesures furent si mal prisps à Marseille, que ce mouvement, qui devait a vpir une si grande influence sur les suites de l'entreprise de Marie-Caroline, devait échouer, et échoua.

. Cetéchec, dont les conséquences devenaient

4io LA TBNDEE

incalculables, n'abattit point le courage de la Duchesse; elle avait près d'elle M. de Bourmont et quelques autres amis qui composaient son conseil; ils boitaient, ne sachant trop à quoi s'arrétet* ; elle pr^d soudain son parti , se sépare d'eux , leur donne rendez-Tous dans la Vendée, et s'y rend ellemême, accompagnée de M. de Mesnard.

Elle était informée du peu de précautions prises par le gouvernement et j'en fus frappé moi-même à mon arrivée à Nantes. Il y avait beaucoup de troupes dans la Vendée, mais elles étaient disséminées en petits cantonnementsi logées chez l'habitant, et dans un mouvement gétiétal et bien combiné, pouvaient être désarmées dans une seule nuit.

Les dispositions s'accordaient parfeitement avec les intentions de la Duchesse qui en avait formé le projet ; ce résultat obtenu, elle comptait sur les hautes défections qui auraient rangé Farmée dans son parti.

Elle se rappelait la vive sympathie qu'un certain personnage avait montrée pour les défenseurs de la légitimité dans l'Ouest. Marie-

ET MADAME. 4ii

Caroline n'avait pas oublie ces mots si remarquables qui prouTaiëtat sbn dévoueitieht sincère à la cause qu'elle venait défendre .* « RaJ^ y»lions-n€us autoïir de la hofmiète des

y>lys'\y>

fiUe avait souvent entendu diif^ à Louis

XYIII (qui , en £unille > racontait ass^ gstie-

ment citte anecdote) , que ce même pfef sori-

nage, qui^ le 25 mors i6i5, s'était {>ro^ërné

aux pieds de son héros y de son empérèuir , en

le suppliant d'agréer son dtév^oiaetlieill fioar la

vie I étak cepetidant au fond du cœUr si inva-

riablement attaché à la légitimité , qu'aussitôt

après il avait envoyé un émissaire secret à

Gand , chargé d'assurer k roi « ^'il muU

» le désir et la possibilité de lui rerêâre sa c&u--

» ronne ^ en lui rappelant quil existait jadis

» une grande charge militaire , dont le réta-

» blissement préçiendrait toaiie espèce flP wt-

y^surrectioH à tintàieur, et combleraié ses

Marie-Caroline avait compte sur beaucoup

A S mars 1 8 15. Historique.

^ -*- iS Ideni. Idem.

4i3 LA VENDÉE

d'autres défections ; des listes d'officiers de tous grades^ auxquels elle devinait des cornmandemens , sont venues à ma connaissance ; nul doute qu'ils ignoraientlà confiance qu'elle leur accordait.

Des environs: d'Aix (Boucfaes-du-Rhône), la Duchesse traversa les départemens du Gard , de l'Aude , de la Garonne , du Tarn^t-Ga^^ ronne^ du Lot-et-Garonne , de la Dordogne « de la Gironde y et arriva dans la Charente-^ Inférieure , limitrophe de celui de la Vendée ; voyageant en, calèche découverte , sans déguisement et sans qu'une seule fois les passeports soient demandés ; ses amis se rend^ent dans l'Ouest par d'autres routes : le maréchal par Lyon et Moulins, voyageant tous avec la même sécurité.

Si les amis, ou ennemis de la Duchesse avaient donné l'ordre de laisser passer tranquillement l'auguste voyageuse et tous ses partisans , on doit avouer qu'ils furent admirablement obéis.

De la Charente-Inférieure , elle lança ses proclamations dans la Vendée , et donna Tor-

rr

di*e ( i5 mai i832) à ses provinces de l'Ouest de preadre les armes le 24*

Je ne pense pas qu'on doive attribiier à Marie-Carolinela proclamation furibonde qui parut la première ^ dans laquelle les couleurs nationales sont appelées drapeau sanglant ^ signe de désolation \ Elle savait que ces cou-

' Les couleurs bleues, rouges et blanches, élanl séparées, furent celles sous lesquelles successivetheht marcbèrent et combattirent les armées françaises depuis Clovis ; ce n'est pas précisément à la révolution qu'il faut imputer leur réunion, mais à celui que les légitimistes appellent le grand roi, et qui ▼raiscmblablemenl n'était pas moins «|u'un partisan du droit divin et de la monarchie absolue. Il porta c«s couleurs à son sacre, à son mariage, et elles sont devenues et restées celles de la livrée et de la maison dés

rois.

Clovis en se faisant cbrétien, abandonna les enseignes des Romains et des Francs, pour adopter la bannière bleue qui avait remplacé la fameuse chape de saint Martin ; ce fut alors sous celte bannière que marchèrent les vassaux des domaines du roi.

Louis-le-Gros s^étant déclaré le principal avoué de saint Denis, rassembla, sous la bannière de ce saint, nommée oriflamme, une armée en 11^4/ et en conserva les couleurs- L'oriflamme était rouge, cette couleur étant adoptée pour les églises dédiées aux martyrs.

Charles VU fut le premier roi de France, qui adopta la couleur blanche en l'honneur de la Sain te- Vierge, à laquelle il éUit fort dévot, et la cornette de cette couleur remplaga l'oriflamme. Le roi d'Angleterre ayant pris le titre de roi

4'4 LÂVËINDËË

leurs avaient conduit les Français à la victoire pendant plus de vingt ans , qu'elles avaient paru triomi^ntes dans toutes les capitales de TEurope , conquis à la Séance le nom de grande nation ^ qu'elles avaient puissamment contribué au retour de Napoléoù de Tile d'Elbe « auquel elle voulait conïparer le sîeo : et qu'enfin elles étaient chères au peuple , et surtout à Tarmée, qu'elle espérait rattacher à son parti.

II serait encore moins raisonnable de croire qu'en employant ces vieilles dénominations àtprovinces de F Ouest, Scdntonge^ Proçence^ \% Duchesse eût l'intention de bouleverser la France, pour y rétablir tout, comme avant 89; remettre son fils sur le trône en place de Louis- Philippe , eût été vraisemblablement le principal et peut-être l'unique changement qu'elle eût désiré. Je pense quelle se fût montrée ac-

de France et la livrée rooge. Cette êpoqae de désastres, de misère et de honte, ne donne pas une origine bien illustre au drapeau blanc.

Charles IX et Henri m reprirent les couleurs rouges et Técharpe rouge ; et cVst pour cela que Henri lY et les protestans adoptèrent Tëcharpe blanche.

Et MADAME. 4i&

commodante pour tout le reste, et se fût troavëe heureuse , en ramenant Henri Y, de dire comme son aïeul : Ce n'estqu'unFran-* çcUs de plus.

Les dispositions que )'a?ais piises, à mon arrivée dans le département de la Loire-Inférieure ( qui devait nécessairement devenir le centré de ses opérations ) , en retirant le soldat de chex Iliabîtant , en concentrant mes cantonncmens, en les liant entre eux par des communicatiods actives ^ en leur indiquant des prâDits de retraite^ de défense^ de réunion et d'attaque , rendirent le désarmement géné-^ rai, sur lequel elle avait compté, absolument impossible.

Le retard que M. de Bourmont apporta à la prise d'armes ordonnée pour le :24 ^^^ 9 ^^^ mise par ses conseils à la nuit du 3 au 4 fuin ; mon expédition au château de la Chaslière ( 28 mai ) , et surtout la saisie importante que j*y fis de la correspondance de la Dncfaesseï de ses plans , de ses projets , ne lui laissèrent aucune chance de succès » et durent détniir^f toutes ses espérances.

4i6 LAVEWDÉE

Des tentatives d'embauchage furent essayées sur les. troupes, mais sans résultat; ce ne sont jamais les soldats qui abandonnent les premiers leur drapeau : lorsque . les hommes à broderie quittaient furtivement Napoléon à Fontainebleau, et. passaient à travers les Cosaques, pour venir protester aux Tuileries de leur dévouement improvisé, les vieux grognards \\à restaient fidèles et le suivaient à nie d'Elbe.

Nul espoir ne restait à la. Duchesse d'occa-* sioner un mouvement assez considérable pour décider les hautes défections dont ses amis et ses ennemis l'avaient bercée ; rien même ne devait me faire croire que la prise d'armes remise au 4 jnin , put avoir lieu ; cependant j'étais en mesure et j'attendis.

Le 4 juin, jour fixé pour la prise d'armes, le tocsin sonna dans plusieurs communes de Tarrondissement militaire de Clisson. Un rassemblement, qu'on a pu évaluer à4oo hommes, s'était déjà formé dès le 3 au château de la Caraterie, dans l'arrondissement militaire de Machecoul. Un autre se forma le 4 ^ Maisdon

d'environ 800 à 1000 hommes;. le 6, d'autres réunions eurent lieu au Chêne, au château de la Peni$sière» à Riaillé : ce dernier endroit est situé sur la rive droite de la Loire ; mais mes dispositions étaient si bien prises/ et l'exécution en fut si rapide, que malgré la résistance de quelques officiers légitimistes qui se firent tuer en braves, il furent dispersés avant d*ayoir eu le temps de se réunir et de devenir in* quiétans.

La cause de la Duchesse fut entièrement perdue.

Alors elle mena la vie errante que j'ai décrite, poursuivie par mes patrouilles, se déguisant sous le& habits d'hommes les plus grossiers, changeant de gîte chaque nuit, et choisissant pour asile les plus miséràUes chaumières, où elle se croyait plus en sûreté.

Entrée à Nantes le 19 juin, elle! y fut enfin trahie, vendue, et livrée. par un misérable dont elle avait été la bienfaitrice.

Son arrestation fîit à la fois ( comme beaucoup démesures de police) un chef-d'œuvre de perfidie et de sottise ; on fit du scandale ;

4i3 LA VENDÉE

on se créa des embarras ; on commit force illëgalités : quand un gouTemement yiole aussi ouvertement les lois du pays, il perd le droit de crier à l'anarchie .

Il eût été bien plus simple et surtou plus moral que F ami ou t ennemi qui correspondait avec Marie-Caroline, et lui annonçait qu'elle était trahie, l'eût décidée à quitter la France. Elle y était disposée, elle devait partir le i4 novembre et fut arrêtée le 7.

Je n'ajouterai qu'un mot à ce que j'ai dît du courage et du caractère de Marie-Caroline : >L( Si Marie-Louise lui eût ressemUé, y^nous n'aurions pas vu tant de fortunes et » d'illustrations honteuses, et les Cosaques à • Paris. »

Si Marie-Caroline avait pu rassembler seu*^ lement 5 ou G^ooo hommes, et quarante jours plus tût, cela était lrès«-possible ; ses amis et ennemis^ qui hésitaient, se fussent décidés, et on ne dirait peut*étre pas aujourdliui que son entreprise était une folie.

En résultat, le triomphe de la Duchesse de Benry eût été de peu durée ; bonne, affala,

généreuse, vive et passablemenl étourdie, son caractère sympathisait assez avec celui des Français ; mais comme les princes et les rois, tant anciens que modernes, elle aurait pu finir par compter ponr rien la volonté nationale. La Yoix du peuple n est pas tcnijours entendue dans les changeraens de dynastie ^ mais elle les juge, et quand elle est trop longtemps méconnue, on sait ce qui advient.

itQ LA VEMOÉE

L'attention que j'ai mise, pendant onze mois que j'ai commandé le département de la Loire- Inférieure, à rechercher les causes d'agitation qui existent dans les départemens de rOuest, m* en a fait remarquer six principales.

I** Les haines invétérées qui divisent les légitimistes et les patriotes.

2® Les ressentimens causés par les mesures extraordinaires qui ont été prises dans le dernier inouvement.

3"" Les poursuites dirigées contre les retardataires.

4° L'intérêt que les Vendéens portent à des chefs, et à d'autres personnes compromises dans les derniers évènemens.

5® L'influence de la noblesse et des propriétaires des biens ruraux.

&* L'influence du clergé sur leshabitans des campagnes.

Ces deux dernières causes d'irritation, quoi-

ET MADAME. 4ai

que bien réelles, m'ont paru toutefois pou-r Yoir être habilement employées comme moyen de pacification.

J'examinerai successivement ces causes; j'y joindrai les observations que j'ai pu faire sur les lieux mêmes, d'après Fesprit, les mœurs, et le caractère des habitans, et enfin mes opirr nions sur le^ mesures qu'il serait convenable d'adopter.

I® Les haines des légitimistes contrit Les pa-r triotes, transmises comme des hâritages de far mille, datent de 98; les patriotes, de leur côté, n'ont point oublié les réactions de 181 5 «

Le parti légitimiste, moins nombreux dans les villes, mais en majorité dans les campagnes, est généralement composé des nobles, des propriétaires des biens ruraux, des métayers et de leurs familles.

Tout autre drapeau que le drapeau blanc est pour eux un signe de rébellion ; ils ne re-r connaissent de légitimité que le droit divin; Le gouvernement actuel de la France est , à leurs yeux, celui de l'usurpation, desrévolu-r

tiocmakvs, des régicides ; tous ceux qui ne partagent point leurs opinions sur la religion et sur la légitimité , sont des hommes sans foi, des impies , des sacrilèges ; les autorités ; les agens du gouvernement , sont compris dans cet anathème, depuis le préfet jusqu'au gardecfaampéire.

Il se trouve d'ailleurs parmi eux, comme dans tous les partis, des nuances d'opinion plus ou moins prononcées; on rencontre particulièrement dans les sommités, des hommes éclairés, que leur position et la présence de la Duchesse ont forcés de prendre les armes, mais qui aujourd'hui reculeraient devant ridée d'attirer de nouveau sur leur pays le fléau de la guerre civile.

La gloire de l'empire avait rattaché beaucoup de &*etons à son gouvernement; l'un d'eux , dont le talent brillait alors du plus vif éclat, avait vu et annoncé dans Bonaparte un de ces hommes que la Proçidence ençoie en signe de réconciliation lorsquelle est lasse de punir (ï). Napoléon, nommé empereur et

(i) Ghâleaubriand , préface d* Atala.

sacré par le chef de TEglise^ fut recommandé aux prières des fidèles par les évéques et le clergé qui crurent alors devoir rendre à César ce qui était à César. D'anciens Vendéens tinrent à honneur de servir sous lui, et rapportèrent de ses armées des grades, des honneurs, de glorieux souvenirs. Les routes qu^il avait fait percer, en facilitant les communications, en ouvrant des débouchés au commerce, firtnt arriver rindustrie et Taisance dans des parties du pays , où elles durent être étonnées de se rencontrer. Tout ce qui s'était attaché à Na*poléon est passé aujourd'hui dans les rangs des patriotes.

Le parti patriote dominant dans les villes, est composé^ comme à peu près partout, des commerçans, de toutes les classes des propriétaires urbains, des acquéreurs de biens na^tionaux, des anciens militaires , des hommes de lettres, des avocats, des fabricans, des ouvriers, des marins, et d'une partie des habitans des campagnes qui avoisinent les rouler, et les bords de la Loire. Ce parti se fractionne encore en constitutionnels, en républicains çt

en partisans du juste-milieu ; ces derniers seraient inaperçus s'ils n'étaient presque tous fonctionnaires.

Les patriotes isolés dans les campagnes, peu rassurés sur leur position, en exagèrent souvent le danger ; l'administration leur doit protection et sûreté ; mais elle doit agir avec une extrême circonspection , et se garder surtout de recourir en leur faveur à des mesures qui pourraient envenimer encore la haine que leur portent les ennemis nombreux qui les entourent, et devenir le signal de quelque acte de vengeance.

Les patriotes des villes sont en général fAsexaltés contre les artisans de trouble, et par rétat d'inquiétude et de malaise qui en résulte. Leurs haines cependant sont moins vivaces que celles des légitimistes, parce qu'ils ont plus de sujets de distraction , plus de raison , plus de lumières ; ce sont eux en partie qui forment cette brave et belle garde nationale , prête à marcher encore , si de nouveaux soulèvemens se déclaraient. Cet élan généreux pourrait offrir cependant de grands dangers.

d'après l'animosité qui règne entre les deux partis, le choc serait terrible, et la guerre longue et acharnée ; les succès qu'on pourrait considérer d'abord comme les plus heureux , loin de ramener la paix , seraient te sujet de cruelles représailles , dont on ne pourrait assigner le terme, puisque, dans les derniers troubles , des actes 4e vengeance ont été exercés pour des faits qui remontaient à i&i5 et g3.

Quant aux gardes nationales rurales , elles peuvent être partout ailleurs un gage de tranquillité , mais il faut y renoncer dans la Vendée. On a vu dans ces mémoires que la garde nationale de la petite ville de Yarades avait été désarmée ; que celles de Vieille- Vigne et d'Âigrefeuil le auraient éprouvé le même sort, si elles n'avaient été promptement secourues par la troupe de ligne ; qu'à Riaillé , le maire avait regardé comme urgent d'en envoyer les fusils à Nort , dans la crainte qu'ils ne tombassent entre les mains des Vendéens. Avoir des gardes nationales dans de petites communes , serait un moyen de fournir des armes

à l'insuiTection, et d'exposer à de cruelles ven-

4a^ LA V£]NDÉE

geances les braves gens qui en auraient fait usage.

Il ne doit exister de gardes nationales que dans les villes, et même dans les villes où elles auraient assez d'importance pour en impeser par leur nombre et se défendre elles-mêmes.

Pacifier la Vendée ne peut être Taffaire d'un jour. Les derniers troubles ont réveiÛé des haines qui n'étaient qu'assoupies. Contenir le pays est tout ce qu'on peut espérer d'obtenir pour le moment.

2^ Les légitimistes, et ps^iculièrement ceux qui habitent les campagnes , ont gardé de funestes ressentimens de quelques mesures extraordinaires dont, lors des derniers troubles, ils ont été rd[>)et.

Quand l'état d'un pays oblige de recourir à des mesures extraordinaires, cela ne peut guère ée passer autrement ; malheureusement il attive presque toujours que ceux qm sont chargés de leur exécution y mettent un thle peu éclairé , et rie remai'quent point âsse^que

ET HAdXaie. 4^7

ce sont moins les actes qui imteht , que la manière dont ils sont ex^cé^.

J'avais étudié le caractère du Breton dàfns les première* guerres de laf Vendée. Je donnaissais les proverbes : frcmc comme un Breton :

têtu comme un Breton. Je satais que sous son écorce assez rudie il pùttâit un cûèUr fler , une âme élevée » sentait sa dignité d'hoiimie , savait la coiiserver^ tnémeavecdes^^ersoijines qu'il vénérait , et au^quelJes il accordait une supériorité sur lui. Ajouter à des mesurés extraordinaires ia brutalité d^s formes , étatit un moyen sur d€ ne pas le soumettre et de le révolter.

Aussi , dans les rapports que j'ai éiûrs avec lui i me suis^je toujours fait un devoir cle le bien accueillir.

Quand des» réchmations ont été justes^, ^je me suis empressa d'y faire droit.

Quand «lies nont été c^c plansibtefS) f'afi ^encore tâché de le satisfais.

Mais lorsque, je neporovais accéder à des demandes , je lui en faisais connaître les moliis et apprécier les raisons.

Je ne Tai pOiùt renvoyé brusquement sans vouloir récouter , comme cela s'est fait , et se fait peut-être encore.

£n agissant autrement , je me serais fait des ennemis per3onnels, j'en aurais fait au gou- .vemement. J'ai préféré le désarmer par la douceur et la persuasion , et j^y ai . souvent

réussi. *

Dan/s les premières tournées que je fis dans le département, les paysans abandonnaient leurs travaux et fuyaient à rapproche de ma petite escorte ; bientôt après ils accouraient à ma rencontre^ et s'ouvraient à moi avec confiance , parce que je les accueillais avec bienveillance. .

L'un des chefs de bande disait un jour à quelqu'un de sa connaissance , que dans plusieurs occasions il m'avait suivi d'arbre en arbre, en, me mettant en joue , et qu'interrogé pourquoi il n'avait pas tiré y il répondit : « Je » n'ai pas osé , et puis c'est un brave homme , » je me serais reproché toujours de l'avoir À tué; »

C'est à la confiance que j'inspirai d'abord

E*r Madame. 4^$

aux habitans des campagnes» et ensuite à quelcpie^oties des sommités liégitimistes, que }e dus la tranquillité que j*avais rétablie daiis le pays , et aifin les propositions de pacifica-^tion dont il sera parlé plus loin.

H faudrait enfin se défendre de voir toujours des ennemis qu- on doit se hâter dé frapper , dans des concitoyens j trompés au moins svtt leurs intérêts , puisqu'il est faicile de leur per^ suader qu'ils ont besoin , conmie tout le monde , de Tordre et de la paix4

La Vendée est moins qtie totat autre un pays où Ton. puisse envoyer des saupeUrs , des homtmes habiles à transformer en émeuteis des rassemblemens iiioffensifs , pour avoir une occasiod de faire ce qu'ils appellent de \sL force ; et qui y si l'on voulait les en croire , sauveraient la patrie tous les jours , et toutes les fois qu'il n'y aurait danger , ni pour eux^ ni pour elle.

En résultat, les ressentimeiis excités par les mesures extraordinaires adoptées eu der^ nier lieu , dans la Vendée , ne sont pas aussi graves que les haines anciennes qui sont. de -^

43o LA V££«iDÉË

venues une espèce de culte; ces ressentûnens pourront cesser quand les actes de 1 autorite seront accompagnes de formes plus paternelles.

3® I^s poursuites exercées contre les conscrits , que les Vendéens appellent la chasse ûMix hommes , excitent cbo% eux «ne ^madversion, augmentée encore par Tantipatlné qu'ils ont pour le gouvernement.

Des gens aises qui peuvent doriner i ,600 oa i»5oo francs , pour faire remplace^ leurs enfans , obéissent , en mmmurant y aux lois ée la conscription , mais la position de ceiEX qui n*ont pas les moyens de faire de pareils saeriiices est bien différente ; c'est le dése^oir dans le cœur , qu'ils se voient enlever les leurs ^u moment ou ils pourraient leur être plus uttks, pour serrir un gouvernement que leurs opinions repoussent , qui les soumet à un code barbare qui n'est plus dans nos mKBurs , à un arbitraire plus intolérable encove, qui ne con-^ naît que ces mcvts , on doit ob&r ; qui ^ entin , ne les arrache à kors familles y que pour les

armer contre kufô eancitoyens ^ leurs amis , leurs ^rens ; et , au bout de cette dé8€)ante perspective , oe leur mcmtre pasi wântû un peu de cette gloire (joi, en France « cfaiszi le Breton comme chez TAlsacie», chesThonime du Nord comme chez celui du Midi, fait vibrer tous les cœurs , fait braver les dangers t la mort , rend la carrière du soldat honorable f et lui en fait siipppiier gaientieinl les fatigues et les privations.

C'est à la modération dont je ne me suis jamais écarté, et à la confiance que j'avais ob* tenue dans le pays, que je ne crainsr pas d'ai« tribuer le peu d'pbtacles que j'ai rencontrds dans l'exécution des lois sur la conscription. Dans Tannée, plus de cinquante retardataires se sont présentés d'eux-mêmes; sur ii4â conscrits de la classe de i83i que devait fournir le département de la Loire-Inférieure^ il n'en a pas manqué trente à lappel; chiffre bien inférieur à celui des retardataires de la même année, daiis beaucoup d'autres dépar-^ temens, où la poptilation est moins nom*

Page 1