‹ La Vendée et MadameChapitre 18 sur 20 · i8 LA VENDEE · texte numérisé non relu

i8 LA VENDEE

Le lecteur a pu apprécier mes obsenratioiis sur les causes d'irritatioD qui existent dans la Vendée. Je lui e^^poserai maintenant mes opinions sur les moyens à employer pour la pacifier.

Dans les premiers jours de décembre i832i }e fus informé que les sommités du parti légir miste étaient disposées à traiter de la pacification de la Vendée et désiraient que je leur servisse d'intermédiaire près du gouyemement.

Le désir que j'ayais de voir jouir le pays d'une tranquillité entière et durable me fit répondre que je m'en chargerais volontiers > mais qu*avant tout je devais connaître sur quelles bases ils voulaient traiter.

Je partis sur ces entrefaites pour les assises de Blois, où j'étais appelé pour déposer dans le procès de MM. Guibourg et de Laubépin.

Je reçus dans cette yiile la lettre suivante ;

m Mon général, les difficultés sans nombre que »j*aî éprouvées poi^r faire parvenir l'exprès- » sion .des paroles que vous m'avez dit de if^ tr:a9smjettre à l'auteur du bîUet que vous avez » lu , seront peut-être cause que ma lettre ne ^ vous trouvera plus à Blois.

3» Je reçois à Tinstant la réponse suivante :

» i" Que pour examiner une question aussi » grave et la résoudre, il ne faut pas être >> pressé par Fobligation d'ui^e réponse » prompjte.

» 2® Que les intérêts de tout TOuest étant » les mêmes , il faudbrait , mon général , que » vous reçussiez les pouvoirs nécessaires pour ri en traiter sans contrariété.

3» 3^ Que, pour des choses d'une aussi haute fi importance , il faudrait des entrevues avec » vous 9 pour éclairçir une infinité de questions p sub^idi^res. '

» Enfin on termine par vous remercier de ^ vos bonnes dispositions , et vous pouvez » compter dans toutes les circonstances , sur la » loyauté et la déUcatesse des gens auxquels » vpus 4Tez afiEaire, comme ils comptent eux.-

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» mêmes sur votre bonne foi , qualité parti^^ » culière qui vous distingue et capte là con- » fiaoce.

V Après ma mission remplie, veuilles , mon » général, recevoir etc,

» Nous espérons que vous nous reviendrez ».au plùtât.

« Vous ce bon ange pays ci ;

> T'en pri, n'a pas bandonaë H. »

Cette lettre m'annonçait que les intérêts de tous les départements de FOuest étant les mêmes, il faudrait que je fusse pourvu des pouvoirs nécessaires pour en traiter sans contrariété. On me demandait des entrevues. Je crus alors devoir en râférer au gouvernement, et sollicitai de M. le Président du conseil Tautorisation de me rendre à Paris, eii lui faisant

connaitrts Tobjet de cette demande. Il me répondit en me l'accordant par le i^tour dû

courrier.

A mon 'arrivée je me présentai che% M. le

Maréchal qui m'invita à dîner et eut ^eni^te

un entretien avec moi: je hii ^ir posai te posi-

tioiK do pays et les moyens que je croyais prt>-^

ET MApAlWjE. 44^

près à le pacifier. J'avais préparé une note.quo je lui laissai , ainsi que la Jettre qu'on a lueci-^ dessus. Trai^^ jours aprè$, il. me rendit h tefr-< tre > en me disant qu on nft pouvait ae<;éderià cette demande.

Je le priai de remarquer qu>e les çh^ïs UpÉr» mistes ne demandafei^trienpoweu^K-méineâ^ qu'ils étaient pour leur pi:apre compte àis^ posés à s*expatrier, qu'ils désiraient aexiJl^ ment que les hommes qui n'avaient étéqu'cgai'^ rés, pussent rentrer dans leurs foyers.

Je vis avec peine, d'après la réponse de M. le Maréchal, que tout espoir de pacification était perdu.

M. Thiers, alors^ ministre de rUitésieurt se** çut tout différemment les ouvertures que je lui fis à ce sujet; il pens^ qu'il fallait saivm cette négociation , et il fut convenu que je hÀ rendrais compte dkeçtenijsnt de ses progrès^ et des difficulté^ qi9ie je paun:aU rencontrer, il me demanda si je pensais qu'il fiit nécessaire d'informer le prefefc de la mission dont je serais chargé. Je le pria de remarquer que les légitimistes avaient exprimé le désir que je fusse

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pourvu des pouYoirs nécessaires pour traiter sans contrariétés^ qu'ils avaient cru à ma banne foi qui avait capté leur confiance^ et que l'adjoDCtion d*un nouveau personnage pourrait donner lieu à quelques contrariées , altérer cette confiance et Caire tout échouer. Il sentit la justesse de cette observation, car, lui ayant ditque les entrevuds qmm*étaient demandées par les légitimistes , et que le cours de la négdciation rendrait indispensables, seraient sûrement remarquées par M. le préfet , et qu'il pourrait mettre ses nùmches après moi y il me ré][>6ndit : « Me vous eii inquiéter » pas ; si Maunce-Duval met des mouchés » après vous , je saurai les chasser. »

Le lendemain 27 décembre, je fus reçu pai' le Roi ; il m*accueillit avec une extrême bienvdllance , et voulut bien me féliciter de la conduite que j'avais tenue envers la duchesse de <c Berri. En effet, ajouta-t-il, n^esi-eUepasmà » nièce^ la nièce chérie de majemme qui en »' DESSECHE ? x> L'expression que le Roi ajoutait à ces paroles dut m^ convaincre qu'il était dans les meilleures dispositions pour la Duchesse. Il

meparlaenlsuite, avec un air de satisfaction très remarquable, de l'idée qu'il avait eue de faire présenter aux chambres un projet de loi relatif à la duchesse deJBerri, car, << disait4lj » c'est un bâton qiuefcd mis (dans le rouage^ » sijé ne ni y étais pas pris- ainsi ^ elle aurait ^ été jugée y ety soit. cfuC eUe eût été accpdttée ou » condarrméey ma position eût été fort embar-^ » rassarde^ et on m'eût toujours blâmé. »

J'avais d'autant plus de sujet d'être firappé de la touchante sollicitude que le roi montrait pour la Duchesse, qu'à cette époque beaucoup de gens pensaient tout le contraire.

Dans un moment d'effusion S. M. me dit :

« Général, ries1r<e pas que madame de Berri » estbienà Bla/e? — <* Oui, sire, répondis-je; }> je crois malgré ce qu'on dit, que Tairestbon* — i< Mais ce n'est pas cela^ je veux dire ^qu^elle est bien làj parce qu'' on peut mettre la » PLANCHE quand on çouA'aj et la j aire voguer. Un peu confus de mon erreur, je répondis :

a Certainement sire , plutôt fait mieux vaudra; » ce sera de plus un excellent moyen de faire » partir de la Vendée bien des gens qui me

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» gloeBt, et n'attendeul q«e son départ poor n quitter la France, n

Pendant cette audience, qui dura plus d'une heure, le Roi ne cessa de montrer leméiïié intérêt pour madame la duchesse, et )e pensai aux premiers jours apprendre là nouvelle de son départ, qui n'eut lieu cependant que long-temps après.

Je fis part au Roi des notes relatives & Ta pacification de la Vendée que j'avaisremises au Président du conseil , et au Ministre de l'intérieur, ainsi que des réponses que j'en avais obtenues. Il applaudit aux intentions de M.

Thiers et me donna même à ce sujet quelques instructions particulières.

Mani de ces instructions, je partis le i janvier i833 pour Nantes où j'arrivai le 3.

Les chefs du parti légitimiste m'attendaient, et, aussitôt après mon arrivée , ils me firent demander quelles instructions j'avais reçues. Je répondis que, sans en avoir de bien positives, j'étais cependant autorisé à entamer et à suivre les négociations ; que je pensais que

ET MADAME. 44Sr

pour prouver la smcërité de leur dosir d'' ver à une pacification générale il était il pensable.

i*" De dissoudre les bandes ^ et de poiirvoif à leurs besoins , moyen sûr de les empêcher de continuer leurs exaction*.

a"" D'éloigner dupaysv à tout prix» quelque!» chefs de bande qui n'y pouvaient absolutneut rester sans être des sujets d'inquiétude et de troubles.

Tout cela fut reli^eus^ntnt exécuté; les bandes furent dissoutes : dixr-sept de leurs chefs reconnus trop dangereux poisr rester dans le pays , furent envoyés à Jersey, et la Vendée , pendant six niois , fut aussi tranquille que le reste de la France.

Ce succès obtenu^ j'en fis un rapport à M. le Président du conseil ; j'y joignis mes observa*tions sur l'esprit, les mœûvs et le caractère des habitants de l'Ouest, sur la direction que je croyais nécessaire de donner à Tadminis'tration de ce pays, et enfin sur la nécessité et l'urgence d'accorder une amnistie générale,. en représentant que c'était à l'espoir de cette

amnistie que }*ëtais redevable des résultats avantageux que f avais obtenus, et dont la Vendée jouirait encore (je le dis avec convie* tion) si mes obsenrations avaient été accueillies.

M. Tfaiers étant passé quelques jours après mon départ de Paris du ministère de l'intérieur à celui du Commerce y mes relations durent cesser avec lui. J'en (us vivement contrarié , parce que , connaissant les dispositions de ce ministre , j'ai l'assurance que je serais arrivé à cette pacification, objet de mes vœux les plus cbers et de ceux de tout le pays. Il fut remplacé par M. d'Argout que je ne connaissais pas , et qui peut-être avait des vues tout opposées à celles de son prédécesseur. Je ne crus pas devoir entamer une nouvelle correspondance avec lui.

Huit jours après le rapport que j'avais adressé au Président du conseil, j'en fis parvenir un semblable au Roi , et lui rendis compte du résultat des instructions particulières qu'il m'avait données.

Si la chouannerie a reparu dans la Vendée, on

Et MADAME. 447

ne peut l'àitriboer qu^aux fautes du gouvernement ; si une amnistie eût été accordée , les chefs de baiide qu'on avait expatriés ne seraient pas revenus, et n'auraient piais rallié des retardataires et des mécontents qui, sans eux n'auraient rien osé entreprendre; le calme régnerait dans la Vendée, et les partis y ont reparu avec toute leur exaspéiation. Les chefs légitimistes trompés dans leurs espérances ^ sont aujourd'hui , moins peut^ être que jamais, disposés à traiter de la pacification.

Mes Opinions sur la Vendée se trouvant en désaccord avec celles de M. le Président du conseil , où Conçoit qtie, malgré mon attachement bien connu à mes devoirs , elles devaient lui être peu agréables , et peut-être même un sujet d'embarras \ aussi s'est-il einpresâé de me mettre à la retraite , en me traitant avec une sorte de défaveur , qui prouverait qu'il n'a reconnu ni les services que j'ai rendus au pays, ni les intentions dont j'étais animé pout*

sa tranquillité et son bonheur.

J*avais reçu tant de preuves d'affection et

d'attachement des habitans de la Loire^

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Inférieure , que je ne pus m'en éloigner 3anft leur exprimer tous les regrets que j'en éprouvais dans les adieux que je leur kdssai en les quittant'.

Je ne puis terminer cet ouvrage san^ rendre une justice méritée au p9triotÎ3me« a» sèle éclairé^ et au dévouement, au-dessus de tout éloge, du conseil municipal de Nantes et de son digne et respectable Maire , M, Favre. La paternelle admiiûstration de ce magistrat citoyen, sa droiture,, sa fermeté dans des circon^ stances difliciles, lui ont mérité le$ sufirages de ses admini$trés pour être élevé de nouveau à la place de Maire; c'est une couronne civique attachée par la reconnaissance sur le front d'un homme de bien.

Je dois aussi mon tribut d'éloges au 32* régiment, si bien commandé par son digne chef

' Citoyens >

Ayant atteint ma soixante-deuxième année, je me trouve frap|>é par rordonnanct rojale, qui admet à la reU-ait^ j^ marechainK-de-carop de cet âge : cette décision m'est d'autant plus sensible <|u'eUe me prive du bonheur de fcs|çr parmi vous.

Sans nrëteudre in'altribuer trop de mérUe, j'ai ]^ conscience ae croire que j'ai été utile , et que je me suis rendu pour ainsi dire nécessaire au pays dont jf m'éUisi aU«plié

ET MâDâMB. 449

le oolooel Duvivîer; pendant itoi& ans quHI H réside dans la Loîre-^Infêrieure, la parcourant daas tons les sens^ sa bonne tenue» sa se* vère discipline, TexceUent esprit dont il était animé, lui ont gagné la confiance étramitié de tous les halntans.

J'ai vu l'ancien 32*régiment, en Italie et en Egypte» rendre son nom immortel, cité comme un des plus braves dans des armées où onnVn pouvail: compter que de braves,» et se distinguer aux champs de Lodi, d' Arcole, de Rivoli» des Pyramides, d'Aboukir. Autre temps, autre gloiPè : le nouveau 32"" pourra dire : j'ai servi dans mon pays travaillé par des intrigues, ulcéré par de vieilles haines, déchiré par les partis, et dont le sol était continuellement

à oonnaitre le» habîtades dans les circonstaitces difficiles et pénibles où il s'est .troavë parle soulérement da mois de juin dernier. Daos oesinonieDs critiques, j'ai pnisë, j'ose le aire, dans mon courage , l'activité et l'énergie nécessaires pour épargner de arands raalheiirs, et pour assurer à ces contrées ttoetramaailiité dont elles eussent été ion g- temps privées. Je oroia avoir réussi , et j'ai la ferme conviction au'avee de la persévérance et dé l'union , non-seulement elles continuei^nl à ^outr du oalme actuel , mais encore que le germe des disseutions pourra létre facilement détruit.

Recevez tdone mes adieux, braves babitans de la Loire- Inférieure 9 braves Nantais, garde nationale de Nantes, et du département. Je n'oublierai jamais votre dévouement et votns ndMe patriotisme. E«i livaltsaot de cèWavec nos vail.

45o LÀ VENDÉE

ébranle par des insurrections; je n*y ai laisae que des regrets, d'honorable souTenirs, e^Vo* pinioii que, si la patrie reclamait nos bras pour sa défense , nous nous montrerions les dignes successeurs des braves du vieux 32*.

Le 32* a été vivement regretté dans la Loiretinférieure, et ces regrets eussent été plus amers encore, s41 n*eût laissé après lui le 56*, régiment déjà connu avantageusement dans le pays, depuis à peu près deux ans, et qui, sous les ordres d'un officier aussi distingué que le colonel La-Feuille, ne pourra que mériter de plus enplus , comme le 32% Testime et Taffection des habitais.

lans soldats, vous avez puissamment coopère à dëtruire d'un seul coup les efforts impuissans des irréconciliables ennemis de notre repos et de notre liberté. L'élan dont vous donnez l'exemple m*est un sûr garant que , si les mêmes tentatives se renouvelaient, vous seriez prêts à affronter encore tous les périls pour faire repentir de leur audace les incorrigibles fauteurs et artisans de la guerre civile.

Quant à vous, bons habitans de la campagne qui , dans mes nombreuses courses, m'avez montré tant d'attachement, je vous en témoi^e toute ma recoonaissance; j'ai cherché pendant ma gestion, et en tout ce qui dépendait de moi, à adoucir votre sort et celui de vos eniaus* Ge que )*attends de vous, c'est votre soumission aux lois qui nous régissent, et surtout de vous abstenir d'écouter les conseils pemdes de la malveillance , car ils ne sauraient attirer sur vous que des dangers , et la cruelle perspective de voir vos campagnes ravagées.

En m'éloîgiian^ , je porte toujours mes • regards sur le

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