LA V£1MD
Rappœt au tieutenant^Méral SoUgnac.
J'ai llioiuieiir de vous rendre compte que le chef de bataillon da 29*, commandant Farrondissement militaire de Clisson, dont je n'avais pas reçu de nouyelles depuis quelques jours , m'annonce que son silence est dû aux courses qu'il vient de faire » et qu il avait ordonnées , d'après mes instructions , à quelques officiers commandant divers cantonnemens, non loin des réunions carlistes ; elles ne lui ont rien appris de nouveau» dit-il , tout paraît calme en apparence. Les paysans gardent le silence depuis quelques jours , les nobles se tiennent enfermés dans leurs châteaux , le parti légitimiste est muet , et semble paralysé physiquement et moralement, ce dont , ajoute-t-il , on ne doit pas être dupe , car quelques indiscrets du parti n'ont pu s*empécher de dire qu'ils attendaient des ordres 9 et qu'il ne fallait pas bouger.
Tout et que rapporte ce commandant coïncide avec ce que nous voyons ici et dans nos environs ; il paraîtrait que le parti veut suivre une marche plus régulière que celle qu'il a suivie jusqu'à présent ^ car il est notoire qu'il
embauche et qu'il se recrute ; qu'il s'approvisionne en armes et en munitions ; que les cadres sont complets en officiers et sous-officiers ; que chaque commune a ses hommes désignés , avec oitlre de se tenir prêts à marcher au premier signal.
Le chef de bataillon commandant à Machecottl , a la certitude que cent cinquante à deux cents hommes de la ville sont soldés à tant par jour ; que quelques-uns des notaUes sont désignés comme chefs de paroisse et de division ; que les fonds servant à l'entretien de ces hommes et au recrutement , sont déposés chez un notaire , et chez quelques affidés de Nantes. Pour mon compte, je suis prévenu qu'un noyau assez considérable se forme dans les environs de Ligné et de Couffé ; que les paysans des villages , à l'instar de Machecoul , étaient payés , et qu'on les exerçait
66 LA l^ENDÉË
dans les granges au maniement des armes.
C'est dans cette contrée que s'étaient rendus plusieurs ouvriers de Nantes, la plupart proyenant de là classe vulgairement dite des pontonniers. Presque tous ces individus sont rentrés , et prétendent, lorsqu'on leur demande le motif de leur retour , que c'est parce qu'on les assujettissait à faire l'exercice ; mais en réalité, c'est parce qu'on attend des ordres. Je prends des mesures pour être à même de savoir s'ils recommencent leurs courses.
Un certain K***, Yaïaé de ses trois frères , et qui paraît avoir un rang , réside à Couffé ou dans les environs ; il écrivait sous la date d^ayant-hier , qu'ils avaient bien dans les environs douze à quinze cents hommes enrôlés, et que pour le moment il n'en pouvait réunir au plus que quatre cents , mais ayant tout ce qu'il faut. Cet individu devait venir à Nantes vendredi ; mais il annonce que des occupations importantes, et des ordres qu'il vient de recevoir, l'empêcheraient d'y venir avant trois ou quatre jours : je serai instruit de toutes les menées.
D*après toutes ces données , il paraîtrait , mon général , qu'ils s'apprêtent à une levée de boucliers , et moi aussi je m'apprête à les bien recevoir et à les faire repentir de leur audace , etc.
J'adressai le 22 mai à MM. les autres cornmandans militaires la circulaire suivante :
Circulaire à MM. les commandons des arron-
dissemens militaires
Le lieutenant-général commandant la division m'ayant appris , ce que je savais déjà , qu'un très-grand nombre d'émissaires carlistes parcouraient les campagnes des départemens de l'ancienne Vendée pour y exciter les populations à la révolte, en répandant de fausses nouvelles et des bruits alarmans, distribuaient des écrits incendiaires , des signes séditieux , soudoyaient dc$ malfaiteurs , et entretenaient une correspondance crimi-
nelle avec les Êictieux de» divers parties de la France ; que ces agens de trouble circulent impunément sous les difïérens costumes de mendians , colporteurs , chasseurs , Toya-* geurs , etc., etc. ; qu'ils passent partout sans le moindre obstacle , et qu'ils pénètrent jusque dans la chaumière du malheureux , pour l'engager à s'enrôler dans les bandes ; qu il est nécessaire de prendre des mesures pour paralyser les coupables projets des ennemis du gouvernement, et que nous devons redoubler de zèle et d'activité pour Seconder et appuyer fortement Faction des autorités civiles et judiciaires , en exerçant la plus grande surveillance pour découvrir les machinations des fauteurs de troubles et de désordres. Je vous invite en conséquence , M. le commandant, à donner vos ordres à tous les chefs des cantonnemens de faire visiter et examiner avec le plus grand soin tous les individus étrangers aux localités qu'on trouvera parcourant les campagnes. Ceux qui ne pourraient pas justifier d'une manière satisfaisante des véritables moti£s qui nécessiteraient leur présence sur
le point où ils auraient été rencontrési , devront être conduits immédiatement devant Tautorité civile ou judiciaire la plus rapprochée , qui ^prendra à leur égard telles mesures qu'elle jugera convenables.
Vous apprécierez , M. le commandant , Umtt l'importance de ces dispositions dans les circonstances actuelles, et afin de ne laisser aucun prétexte à la malveillance , pour calomnier nos intentions, en prétendant qu'on serait sorti de la légalité, vous prescrirez à tous vos commandans de cantonnemens d'user des plus grands ménagemens pour rtiêêcution de cette mesure , et de n'en faire l'application qu'envers les personnes qui seront soupçonnées de vagabondage , et celles qui auraient donné assez; de motifs pour croire qu'étant étraokgères au pays , elles le parcourent avec de mauvaises intentions.
Je vous prie de donner communication de cette lettré aux autorités civiles et judiciaires de votre avroodissement militaire, pour obtenir leur avis sur les moyens qu'il conviendra
d'employer dans Tinterét de la causé nationale et du bien du service*
En effet , le 24 mai , pendant une seconde absence , depuis mon arrivée à Nantes , de M. le général Solignac , je reçus par ordon^ nance de gendarmerie le rapport suivant, que lui envoyait le général Mocquery , commandant du département des Deux-Sèvres : c'était la lumière de l'amorce qu'on voit avant d*entendre le bruit du coup. Je le décachetai et le lus ; il était conçu en ces termes :
Au quartier général de Bressuire , 2ftinai.I833-
«Mon général,
» Une bande carliste , qui est forte d'une )» centaine de rebelles, commandée parDîotet » Robert , a été rencontrée hier par un détachey^ ment mobilisé sur le point d'Âmailloux , »elle a été dispersée ; on vient de tn'amener à » Bressuire un M. Bestoénard , dont le passe- » port a été délivré à Saintes , et M. de Chiè-
)» vre ^ chef d escadron d'^tat-mayor , ancien » aidc*dc-camp du général Lauriston^ por- » teur d'un port d'armes délivré à Niort, Fun » et Fautre faisant partie de. la bande. Je les ai » remis à la disposition ;du .procureur du roi, » qui les a fait écrouer à la prison. M* de 3»Chièvre annonce, pour au jourd'hui 24 , un » mouvement Intimiste; , sur tous les points y» de la Vendée et du Midi.
• J^expédie à la hâte des ordres de mouye-r y> ment , et. d'ime surveillance redoubla sur «tous les points de moa commandement»
» Je vous tiendrai informé de tout ce qui air- » rivera.
Agréez , etc.
Signé baron MoCQXJERT ,
marëchal-dé-camp .
P, S, — M. de Chièvre venait d'Exéuil (Deux-Sèvres), et avait sur lui 900 fr. environ, que M. le chef de bataillon Chardon a cherché à conserver, pour être rendus à qui de droit, et M. Desménard seulement 53 fr.
Je m'enq^ssfti d'adresser au ministre de la guerre une copie de ^e rapport, ainsi que le tiableau des mesures que je prenais pour paralyser le mouirement qu'avait dénonce M. de' Gtiièvre , et que des circonstances qui nous étaient inconnues » aidaient (ait remettre k One autre époque.
Le lendemain 25, nouvel estafette et nouveau rapport: ce rapport ^ait celui d'un officier du 32% commandant ie cantonnement de GueiMPOuët, à son chef de bataillon, commandant sopétîeur de l'arroadissement militake 4e dhâfteaubriant.
Il n'y avait plus aucun doute , madame la duchesse de Berry avait traversétoute la France et était dai^ la Yend^»
Voici, du reste , la première pièce officielle qui ait signalé sa présence. Nous la donnerons telle qu'elle nous est parvenue ; changer quetqUQ d(iose k ^ féd^flxçp , serait lui ôter tput
£T MAI>ilM£>. 79
Ouenrouët, le 25 mai 1832.
« Moiï C(!ymmandânl y
)>Hier, dans la joamée, M^ die 'CoâsUr » ( Adolphe ) fils aiaé , m'a fiiit deÉaander -4 »' pour onze heure;^ du soir , une ^otrevue » dans un bois à uù quart de Meue deGnien^ » rouët y pou!r m'y entretenir de mes ilMâpétsr » et de ceux du pays. A onze heures^ j'étaî»
» au renidez-vous , où M* de €oisKn afrriTat » peu de temps après moi. Voilât, ai pe» pres^^ »le résumlé de notre conicrence qui a- dib'é » jusqu^à minuit. < ^
y» Je eolnnteiiçai par atertir M, de Goistin i' i> que si les choses i^'irl avait à nié^coniièp y* étaient de nature à mé forcei^ d'esi gardét^te » secret ta à comproMeitre en h. moinâte » des choée^ la ràrelë du pay», je le péim^Ae » lesgsarder pour lui. -^ Monsieur, wJA^t^ï > répondu |i ce que )'ai à tous dire est eoniltt » de tout le monde, ou ne tardera pas à l'être. » Là duchesse de Berry est dans ce pays-cî ; » je vous en donne ma parole d'honneur ; je