LA V£NDÉ
j» ne l'ai pas vue , mais mon père Ta vue et » lui a parlé. Les troubles qui ont eu lieu à » Marseille n'ont existé que pour attirer sur ^ ce point l'attention du gouyemement, tandis » que la Duchesse débarquait sur un autre » point de ia côte et traversait toute la France » pour se retirer en Vendée, où eUe est main- » tenant '. — £h bien ! Monsieur , nous la * prendrons si elle est en Vendée j lui ai-je 3» répondu. — 'Monsieur, nous lui ferons un » rempart de nos corps. — Nous l'abattrons.
» — Monsieur , la Duchesse a appelé autour » d'elle toutes les personnes qui -lui sont dé- » vouées; elle ne se montre pas encore, mais » sous peu elle paraîtra pour rendre à son pays » le bonheur qu'il a perdu depuis la révolu- ]»tion. Aux affaires de juillet, mon père et » moi avions rassemblé quelques forces, pour » marcher au secours du général Despinois, » le roi n'a pas voulu de nos services, et nous »vSomfnes rentrés dans nos foyers. Pendant
^n paraît qive M. deCoislia n'éuit pas hlexklnioimé sur ce qu'il alBrmc , comme le lecteur verra plus tard.
(Noie de Caateur,)
» trois mois nous sommes restés tranquilles » » espérant que Philippe rendrait peut-être la » France heureuse; mais lorsque nous avons » vu la tournure dés affaires, nous avons tra- » vaille sans relâchera en venir au point où » nous en sommes maintenant. Réfléchissons^ yyj bien, Monsieur, la guerre civile est une » chose bien cruelle, il est malheureux d'être » obligé d^'en venir là ; mais elle éclatera sous »peu; nous ne la commencerons pas, jamais » nous ne commenceroas à tirer sur la troupe ; )> elle nous criera : qui vwe ?tious répondrons : » amis. Nous lui tendrons la main, et nous n> l'inviterons à venir dans nos rangs. Votre » position militaire est très-délicate , Mon- » sieur : d'un côté la subordination et les .» consignes, d'un autre , vos devoirs comme » Français. Tirerez - vous sur vos compa- » triotes ?...
» La duchesse de Berry seule , et son fils
» Henri V, peuvent tirer la France de la posi-
» tion malheureuse où elle se trouve ; nous
» devons donc tous tendre au même but;
* » enles appelant au milieu de nous et con-
»tribucr ainsi au boDheur de notre pays. ^ 1» Après avoir écouté, non «ans impatience, » un pareil discours , j 'y répondis à peu près i> de la manière suivante :
— «Vous envisagez ,^ Monsieur, le bon-
» heur de la France 8ou3 un tout autre point
yi de vue que je ne le fais. Il est inutile de dis-
» cuter sur ce point : je suis officier français ^
3» et mon opinion, comme celle de tous les
y» officiers de Farmée , est que quiconque se
» voue au service de sa patrie , doit verser
» jusqu'à la dernière goutte de son sang pour
» elle. Soulevez-vous , venez nous attaquer;
» sur notre €[ui viçe^ si vous répondez , amis,
» nous dirons que nous ne connaissons pas
» d'amis avec le drapeau blanc : et si vous ne
» vous retirez pas , nous tirerons sur vous ,
» parce que quiconque prend les armes contre
» son pays , doit être regardé comme un en-
» nemi : alors il n'y a plus de compatriote.
y> Plus ma position militaire est délicate, » plus je me fais honneur d'en remplir toutes »les obligations. D'ailleurs, Monsieur, la » subordination et mes devoirs, comme Fran-
*>) çais , marcfaent de front ; les chefs qui me » commandent ne me donneront jamais d*or- » dres qui puissent m'empécher en rien de » remplir tous mes devoirs de citoyen français.
» Je ne crois pas à la présence de la du- » chesse de Berry dans la Yendéô « et quand loelle y serait^ cela Aè contribuerait qu'à » avancer le signal d'une guerre qui , vous » pouvez en être persuadé » Monsieur , sera » toute au désavantage de votre cause ; je ne » sais si j en me donnant rendez- vous ici , » votre intention était de m'entraîner dans » votre parti : je me plais à croire , Monsieur , » vous qui avez été militaire , qu'un pareil » rôle vous répugnerait trop ; si toutefois il » en était autrement, je plaindrais le parti qui » serait obligé d'employer de pareils armes » pour se soutenir.
» Je vous souhaite une bonne nuit ; an re- » voir j Monsieur , j'espère que ce ne sera pas^ » les armes à la main. — • Moi aussi , mais je T» ne le crains pas. »
Le jour même f copie de ce rapport partit pour Paris y et le 26 , j'adressai la lettre sui^
▼ante au lieutenant-colonel de Panis , com-^ mandant supérieur des arrondissemens de Châteaubriant , Ancenis et Sayenay. -
A M. le lieutenant-coUmel de Panis jduZn^ ^ commandant supérieur des arrondissemens rmlitaîres d Ancenis ^ Châteaubriant et Saçenay.
J*ai reçu votre lettre du 22 , datée de Saint- Mars-la-Jaille , par laquelle vous m'annoncez que vous avez infiructueu^ment couru pendant plusieurs joui*s après les bandes que Ton croit s'être enfoncées dans les forêts ; elles sont peut-être très-tranquillement dans les villages environnans de la contrée , où on les a aperçues , car il ne faut plus se dissimuler qu'une grande partie des populations se sont organisées , et qu'étant restées jusqu'à présent inoffensives , quoique armées , elles commencent à lever la tête et prennent une attitude hostile. Les coureurs , ou autrement dit les bandes , sont toujours les mêmes , et elles ont un refuge chez les habitans , parce que une
ET MADAME. ;g
grande partie de ceux-ci sont dans la confidence, et que ce qu'on appelle patriote est trop pusillanime pour oser faire la moindre révélation. Ainsi, moucher colonel, c'est aux populations armées que nous aurons à faire , et il paraît qu'elles n'attendent que le moment favorable pour faire leur levée de boucliers. Nos ennemis sont partout , nous les voyons journellement sans les connaître , et ils veulent , disent-ils , essayer leur force.
Dans nos parages , depuis quelques jours , nous sommes en éveil, parce qu'ils ont eu l'adresse de faire courir le bruit d'une attaque sur divers points ; mais encore il paraît que leurs projets manquent d' unité. . Le disséminement dans lequel nous nous trouvons fait Tobjet de leur convoitise. Ils voudraient bien nous enlever quelques^-uns de nos petits cantounemens; mais incertains de la réussite et craignant que cela n ait pour leur cause des conséquences' majeures, ils n'osent encore tenter ce coup de main. Sans doute , si un premier succès couronnait leurs efforts, vous verriez une levée générale.
So LA VENDÉB
Il est en conséquence nëcessaire d'avoir le regard tourné sw les cantomiemens , et qot led commandais soient tfoujoors en fMesure et prêts au premier signal, qu'il» eiiercent la plus stricte surveiDance, que les plus rapprochés entre eux s'entendent pour se prêter mi secours mutuel , qu'ils aient tiiï point de cen* tralisation pour former masse , et pour offrir une résistance plus compacte ; el , en cas de force majeure , se retirer sur le point de rétiniôn générale qu'aura fixé le cômmaiidant supérieur ; tous déterminerez!^ doM ce pùint afin que tous ayez sous la main toutes ks forces à vos ordres.
Je présume, méme^ que ces dispositioasont déjà été prises, et qu'il ne s'agit plus que de les rappeler aux commandans des cantonnemens.
Vous sentirez , mon cher coloi^l, qu'il ne faut pas tenir strictement k Toccupati^ii d'un cantonnement, quand il petit être compromis, quoique le commandant ait été obligé de se replojer, il est toujours^ à portée de venir le reprendre , aussitôt que les circons^ tances sont changées.
ET IfâDAME. 8r
{)'li][Nnb ttwt ce qae je Tiens de vous dire , vous seres coniraiiteu que les forces doiit vous pq^v^ei^ dûpçsiBF doiveot /sarvir^nméme temps <|Uk'ei)f« epmpriinenl les bandes, à renforcer et appuyer au beso^ les eantonnemens, qui recevront ainsi, et à la fois , un secours moral et physique.
Agréez, etc.
Je sollicitai du général SoUgn^^c, qui veqait d*2^rriver de sa tpurn4is, l'atitorisiajtiQii de faire une descentes sur Iç château de Carheil, demeure de M. le marquis de Goisliii , où j'étais fondé à croire, d*après ce qu'on vient de lire j qu'il devait y ^voir quelque réuniop , mais M. le général SoUgoaQ fut forcé de ne pas adhérer 1^ ma 4ernai:ide, sur teç oh3ervatipns de Wt, le préfet ( de Saint- Aignan ) , que M. de Goisjiin étapt p^ir de France , et ayant prêté ?on $j5rme^t , il pouvait y avoir de l'înçoriye^^ncfs à violer sot) doTnicile, sans une 4é|çisiQn supérieure ; mais en revanche , le gçp^ral 3olignac nji'engagea à faire une nouyeUfî tournée dans Tarrondissement mili-
8s LA VENDÉE
taire de Qis&oa^ que Ton regardait comme le foyer principal de Tinsurrection. Ce fut à mon retour que le général Solignacme remit la réponse du ministre de la guerre au rapport du général Mocquerj.
La voici :
Paris , 37 mai i85a.
« Général , je reçois à l'instant votre lettre » du 25 mai , avec le rapport du général Moc- » query, du 24^ a cinq heures du matin, ainsi » que ceux de Machecoul et de Clîsson , rela- » tivement à la rencontre qui a eu lieu à >> Amaillonx , et à la résolution prise par les » rebelles de réunir leurs forces et de tenter »un coup demain sur Machecoul.
» J'avais déjà eu connaissance de ces projets » par les communications du ministre de Tinï>térieur. Je pense que vous aurez rendu » compte au général Solignac de la rencontre » d'Amailloux, ainsi que des projets des re- » belles', et que vous auriesÈ pris , de concert » avec lui, les mesures nécessaires pour com- » primer sur-le-champ le mouvement annoncé, »et faire sévèrement repentir lès auteurs et
» les fauteurs de ces criminelles tentatives. Je » compte que le général Solignac aura ordonné » la réunion des détachemens. assez faibles » pour que leur morcellement les expose "aux » attaques des bandes qui se sont renforcées , » et qu'il aura même prescrit la centralisation r^ des troupes sur les points principaux.
» Je suppose enfin qu*il aura pris des dîs- » positions pour faire concourir les gardes na- » tionales à vos opérations, et qu'il se sera
» concerté à cet effet avec les autorités admi- » nistratiyes. Je me persuade que jusqu'au re- » tour du général Solignat:, vous ne négligerez » rien pour être en mesure de faire face* h tout.»
Le ministre secrétaire dEtat de la guerre.
Signé duc de Dalmatie.
Les mesures que le ministre indiquait, je les avais déjà en partie prises ; comme on aura dû s'en convaincre parce qu^on a lu, et comme on pourra le faire encore par la circulaire suivante, en date du 28 mai , que j'expédiai àMM. les commandans des arrondissemens militaires.
$4 lAYBNDlK
Cvrvukure à tmis tes ctmmumdeau des arron-
dissemms mititaires.
D'après les observations qui étaient faites joumellenient à M. le lîeutenant*génëral sw la grande facilité que trouvent les chouans pour échapper aux troupes chargées de les poursuivre en se réfugiant dans les châteaux ou maisons de canipagne qu'ils regardent comme de^ asiles inviolables , sachant ecmibtea QH éprouve de difficultés dans un moment de crise , ' pour obtenir d'un olficier judiçiairç , pu d'un m^re , qu'il veuille légaliser paf* sa préisence l'entrée des militaires dans certaines habitations ; il a cru devoir faire une représentation à M. le Maréchal ministre de la guerre , qui, à cet égard, lui a donné les instructions suivantes, que je m'eihpresse de vous transmettre :
« Il lut dit, qu'aux termes de l'article 48 du » Code d'instruction criminelle , les officiers » de gendamerie sont officiers de police auxi-
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» liaires du procureur du roi , et qu*ils peu- 3» vent, dans lé cas de flagrant délit (art. 49 » du même Gode), £iîre tous les actes qui sont » de la compétence de ces magistrats. Au nom- >» bre de ces actes , sont les visites domicir> liaires dans lesi maisons où Ton présume que » s'est réfugié quelque individu poursuivi dans » les cas assimilés au flagrant délit (art. 14 du » même Code) ; ainsi les détachemens envoyés » à la poursuite des malfaiteurs ou rebelles » pourront , sans violer la légalité , pénétrer » dans le domicile où ceux-ci seraient réfu- » ffiéa y toutes Les ïois que cette visite sera y» régularisée par la présence d*un officier de » gendarmerie , et à la ckarge par cet officier » de rendre compte sans délai , de ses opéra- » tions à M. le procureur du roi. »
Vous voyez , M. le commandant , comUen cette disposition peut être avantageusement employée à la r^nression du brigandage qui infeste le pays^ puisqu'il suffira, pour que les détachemens puissent pénétrer dans les asiles des rebelles , de les faire accompagn.er par un officier de gendarmerie , ou de prescrire au
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commandant du détachement de reclamer la présence de celui dés officiers de cette armo , qui se trouvera le plus' à proximité. >> Agréez, etc.
L'arrestation de M. Dudoré et de plusieurs autres chefs avait produit un si bon effet , en prouvant que les châteaux n'étaient pas inviolables, comme on l'avait cru jusque là, que je pressai le général Solignac pour qu'il m^accordât la faculté de tenter une autre expédition.
Plusieurs rapports m'avaient présenté le château de la Cbaslière comme un des centres des opérations vendéennes. Le lieutenant- <:oloneI de Laubépin , et le sou^-intendant militaire son firère, m'étaient désignés comme les chefs les phis ardens et les plus dévoués du parti. Il me paraissait bon de mettre à profit le retard de la prise d'armes dont j'ignore encore la cause , pour désorganiser, s*il était possible , le mouvement , avant qu'il n'eût lieu ; d'ailleurs la duchesse de Berry ellemême pouvait s*y trouver , et si cela était ,
da premier coup , je terminais la» guerre.
Ces raisons ne paraissaient pas suffisantes, à ce qu'il paraît y au général Solignac ; car sans s'opposer formellemet à ma proposition, sa répugnance , néanmoins, était si grande pour cette mesure , qu'il préféra partir pour Angers , laissant au préfet et à moi le soin de diriger cette opération dont le résultat fut si important.
£n conséquence après m' être mis en règle par l'obtention d'un mandat d'amener, je pris toutes mes mesures pour qu'aucun des habitans du château dé la Chaslière ne put nous échapper. Le 28 à 9 heures du soir , trois détachemens reçurent l'ordre de se mettre sous les armes. A dix heures ils partaient : le premier et le second se dirigèrent par Carquefou , et passèrent TErdre, le premier à Sucé et le second en face de Nais. Pendant ce temps je marchai moi-même, avec le troisième, composé d'une compagnie de grenadiers et de vingt-cinq gendarmes- mobiles , ceux-ci commandé par le lieutenant Rugon , vers la Ghapelle-sur-Erdre , par la route de Rennes ;