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maia coaime la nuit était sombre , mon guide eut à peine quitté le grand chemin qu'il nous égara. Nous n'aiti^âmes que relrs quatre hten* res dû matin à la Chapelle-sur-Erdre ; c'était le jour des Rogations 9 et il y avait sur la place assez d'hommes pour faire un beau bataillon, fût-il porté au grand complet. Je passai au milieu d'eux , et comme j'avais renvoyé mon premier guide , j'en réclamai un second ; mais aucun d'eux ne voulut m'en servir : je me rendis chez l'adjoint que je sommai de m'accompagner. Le pauvre diable remplit cet of^ fice bien à conire-cœur ; il craignait en rêve-* nant au village d'être assommé parsesadmi^ nistrés. Enfin , comme iln' était pas abandonné à son libre arbitre, il obéit, plutôt qu'il ne se décida. Je le mis en iéte de la colonne , et nous parûmes. Trois quarts d*hewe après," nous arrivâmes à la Chaslière ; mais j'étais d'une bonne heure et demie en retard , aussi trouvai-je mes deux autres détachemens déjà sur les lieux , et formant Tinvestissement du château.
J'appris alors qu'^n arrivant , mes soldat»
avaient failli arrêter deu;^ individus dont Tun s'apprêtait à monter à cheval , et n'était pai^veau à se sauver qu'en ;9i1pandonDant sa mon^ tare et sa valise: l'autre était rentré au château t prassé, la baïonnette aux reins , par un de mes voltigeurs; mais la porte s'était refermée sur Ivà , Qt mçs hommes , esclaves de la discipline, m'ayaient attendu pour se la faire ouvrir. En effet, j'étais porteur du mandat qui donnait seul le caractère de légalité à If^ visite domiciliaire que je venais faire.
l^ous entrâmes sans perdre de temps, et les recherches commencèrent. Pendant une heure à peu près « elles furent infructueuses ; enfin , au bout de ce temps , on m'amena un homme en petite veste , en pantoufles , et assez mal mis, qu'on avait trouvé dans un placard adapté à une cheminée , qui formait une espèce de cachette , ayant à côté de lui une paire de pistolets d'arçon , et qui déclara être le maître de la maison , et s'appeler M. de Laubépin. Sofx uniforme d'intendant militaire qui avait été trouvé, d'abord, dans un des appartemens du haut de la maison ', annonçait
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asse;^ ce qa'il ëtait, et le rôle qu'il pouvait jouer dans Tarmëe lëgitimiàte ; au moment on j'étais en discussion arec lui pour Fen feire convenir / un grenadier entra avec une bou^ teille à la main. — Mon géùâral , me dit*il , d'un air assez embarrassé, que lui donnâât probablement la conscience du motif qui Ta- ^ vait conduit au cellier , qui , dans ce pays, sert à Tusage de cave ; voilà une bouteille qui m'a l'air furieusement séditieuse.
— Comment cela ?
-^ Mon général , posons un fait : une bouteille , c'est destiné à mettre du vin dedans , et quelquefois aussi des liqueurs , voilà tout » n'est-ce pas?
— Oui.
— Hé bien ! ajouta-t-il en me la présentant an jour et à la hauteur de mes jeux , pas de vin y pas de liqueur , et du papier!
Pendant le temps qu'il était à me faire cette harangue égrillarde qui se sentait du lieu d'où il venait , deux autres ^enadiers me présentèrent encore deux bouteilles , aussi remplies de papiers.
Je visa l*instant , à la figure du maître de la mai&on, qnela trouvaille ue lui étaitrien moins qu'agréa1>le ; ce fiitun motif de plus pour moi de curiosité. Je (19 casser les bouteilles par les grenadier^ , et j*y trouvai les lettres, les notes et les billets en chiffres, qui donnaient, avec tant d'exactitude , les détails des opérations militaires déjà faites et de celles qui restaient à faire. C*était le plan de campagne tout entier des légitimistes de VOuesty de Paris et duMidi, et la correspondance de la duchesse de Berry avec les principaux chefs de Tinsurrection.
Parmi ces papiers y se trouvait , au nom de M. de Laubépin, un brevet qui le qualifiait du titre dlntendant-général des armées de TOuest. Il arrivait bien à propos pour terminer la discussion commencée sur son grade, aussi M. de Laubépin, se regardant comme battu , garda le silence.
Cependant madame de Laubépin venait
d'apprendre l'arrestation de son mari et la
découverte de la correspondance; cela lui
donna des craintes si sérieuses, qu'elle me fit
.prier de passer chez elle.
Je la trouvai au lit , où elle était retenue par une fièvre de lait , suite de ses couches qui venaient d^avoir lieu» La pauvre femme fpn*^ dait en larmes ; elle croyait qu'on allait fusiller son mari , sans autre forme de procès.
Je la rassurai de mon miei», en lui disant qu'elle n'avait rien à craindre de pareil ; que son mari serait conduit à Nantes , et qu'il ne tomberait pas un cheveu de sa tête ; que quant à elle y elle pouvait compter sur tous les égards auxquels unefemme a droit. Je la quittai donc, la laissant assez tranquille.
Je donnai Tordre du départ, et nous allions nous mettre en route atvec notre prisonnier , lorsqu'un sous-liéutenant du Sa* vint à moi.
— Mon général , me dit-il , me permettezvous de vous faire une observation ?
— Pariez y monsieur.
— Le bruit se répand qu'il y a une femme au château, et que cette femme est la duchesse de Berry.
— Non , monsieur 4 fe l'ai vue, c'est madame de Laubépin.
-tr Mon général, vous désirez mettre votre
£T MADAME. gS
responsaliilite à couvert Si madame de Laubépin yeaait à dîspaffaitre^ soDg€& à tout €6 que Ton pourrait dire
Je remerciai ce brave garçon » et je réSé^ cliis qu'effectivement mes emiemb, et la suite a prouvé que j*en avais , pourraient tirer parti de cette circonstance. Je ne croyais devoir ^ sous aucun prétexte, enlever madame deLau^ bépin , dans la situation où elle se trouvait J'ordonnai donc à mes trois détaebemens de rester autour de la Cbaslière , et ne prenant avec moi que vingt-cinq grenadiers et mes gendarmes , je partis pour Nantes avec mon prisonnier, que j'avais placé à cheval près de moi , et mes autograf^es que j'avais mis dans mes fontes.
Cependant , je changeai de route , et me dirigeai vers Suce , peu curieux de retrouver les huit cents hommes que j'avais vus sur la ]^ace de la Chapelle-^uivËrdre , et de repasser par le petit bois qui se trouve près du bourg ; car j'avais remarqué , en le traversant le matin , que vingt-cinq hommes embusqués pouvaient en attaquer trois cents. Je savais de
plus que les habitans.de la Chapelle-sur-Ërdi^ étaient peut-être de tous les Vendéens ceux qui avaient le plus de dévouement pour la cause légitimiste ; et , cependant , chose difficile à concilier ayec leurs opinions , les con-tributions y sont exactement payées , et il ne s'y trouve pas un réfiractaire. Ce sont du reste les plus beaux et les plus vigoiu:eux paysans que j'aie jamais vus; aussi était-ce dans ce canton que Ton devait former le régiment de la garde royale dont le lieutenant-colonel de Laubépin devait avoir le commandement.
£n arrivant à Sucé , je fis rafraîchir mon détachement qui n^avait rien pris depuis la veille à huit heures du soir ; il était alors une heure après midi ; puis nous nous remîmes aussitôt en marche. A Garquefou , je pris les devans, accompagné de deux gendarmes seulement; à six heures j'étais à Nantes.
Mon premier soin fut d'envoyer une voiture au-devant du prisonnier , pour qu'il pût faire sans crainte son entrée dans la ville.
Cette mesure , que. je regardais comme mon premier devoir , une fois prise , je me pré-
£T MADAME. gS
parai à me rendre chez le général SoUgnac , qui yenail à Tinstant d'arriver d^ Angers ,
lorsqull entra chez moi ; le bruit de mon
arrivée^ et la prise que j'avais faite, était déjà parvenu jusqu'à lui.
Je lui remis la correspondance , et nous allâmes ensemble la déposer chez' M. de Saint- Aignan , préfet. Cette formalité remplie, je me retirai , car j'étais accablé de fatigue.
Pendant ce temps , le général Solignac , diaprés les renseignemens que je lui avais donnés , dressait le procès-verbal que je n'avais pas jugé à propos de faire à la Chaslière, parce que vu rimpojptance de la correspondance et des pièces que j'y avais trouvées , j'avais pensé qu'il fallait avant tout les transporter à Nantes, d'abord pour les mettre en sûreté, et ensuite pour prendre avec l'autorité administrative les moyens d'urgence que leur dépouillement devait naturellement nécessiter. M. le général Solignac fit dans la rédaction une erreur de droit et une erreur de fait. Il data ce procès- verbal de la Chaslière , quoiqu'il eût été rédigé à Nantes , et il le signa , quoiqu'à
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l'heure où il était censé être rédigé , il fiiiÉt i Angera. Cette petite erreur, dont le motif e^t facile à comprendre , lorsqu'on réfléchit à l'important résultat que je venaU d'obtenir , eut plus de succès auprès du gouvernement qu'auprès des assises de Blob ; car le gouyernement , grâce à ce procès-verbal , adressa au général Solignac les félicitations qui m'étaient dues, et les assises qualifièrent ce procès-verbal de faux. 3e fus même obligéi à cette époque « de donner aux jurés la même explication que je donne ici, afin de faire changer ce terme en celui d* irrégulier ; ceci rectifié , j'avouai, moimême, que c'était une dqg plus grandes irrégularités que pût commettre un général en chef En remettant les lettres au général Solignac, je lui avais fait part des doutes qui s'élevaient sur l'identité de madame de Laubépin , et sur la nécessité de mettre ma responsabilité à cou-** vert , en constatant cette identité. Cette fois il abonda dans mon sens. En conséquence , il donna ses ordres pour que le bateau à vapeur qui fait par TErdre le service de Nantes à Nprt, et qui venait d'arriver, fût sur-le-
ET MADAME. gy
champ chauffe. Dès le soir mémo, à dix heures, le Iteutenatit^gétiéral, le marëchal-decamp commandant le département, le préfet, ses conBeillers de préfecture , le président du trîbaiial civil , le procureur du i oi et son parquet^ le maire de Nantes et ses adjoints, le colonel de gendarmerie , le chef d'escadron , le colonel commandant la garde nationale, ses c1k& de bataillon et ses adjudans-major^s , le colonel Simon Lorrière, commandant la place, le maire de Sucé, et une garnison de cinquante grenadiers et voltigeurs , montèrent sur le bateau à vapeur. Il ne restait à Nantes, en autorités militaires , que le colonel du 32\ sur lequel on n'avait pas probablement su mettre la main ; et en autorités civiles, que les juges de paix , leurs greffiers et les commissaires de police. A dix heures un quart le bateau à Tapeur se mit majestueusement en route, offrant ï toute la chouannerie une belle revanche à prendre.
 ong&e heures , nous abordâmes , non sans crainte de toucher fond , à Nais , belle propriété du maire de Sucé , qu'il faut traverser
pour s'engager dans le bras de l'Erdre qui conduit à la Gbaslière , située elle-même au milieu d'une presqu'île et dans une situation tout-à-&it pittoresque ; enfin , toqte la joyeuse cargaison débarqua, à un quart d*beure du.
chemin du château » qui était le but de son.
voyage.
Le bruit que nous faisions fut entendu de la petite garnison de la Chaslière , qui, nous prenant pour un parti de chouans , se mit aussitôt sous les armes. Les ordres.de surveillance que j'avais donnés étaient rigoureusement suivis ; car le commandant du petit détachement , isolé comme il était , savait qu*il y allait pour lui de la vie s'il ne les exécutait. De plus , le colonel de Laubépin , que nous n'avions pu saisir , était dans les environs , et chacun le connaissait pour un homme capable de tenter un coup désespéré sm* la Chaslière. De son côté, le général Solignac fit prendre toutes les mesures militaires , si nécessaires, la nuit surtout, et lorsqu'on ne connsdt pas les localités. Quant à moi , à qui elles étaient familières , je pris les devans avec
k colonel Simon Lorrière ; mais noas ne tardâmes pas à être arrêtes par le qui "vive d'une sentinelle avancée. Nous nous regardâmes fort embarrassés , le colonel ni moine connaissions le mot d'ordre ; un second qui vive nous' parvint ; en même temps nous entendîmes le bruit du fusil que la sentinelle armait. Je me hâtai de lui crier : — Le général Dermoncourt ! — La sentinelle appela son caporal , la reconnaissance fut faite , et nous arrivâmes au château, près d'un quart-d'heure avant le reste de la société.
Lorsque nous entrâmes dans l'appartement du bas y nous trouvâmes toute la garnison en rumeur et sous les armes; elle s'attendait à être attaquée, et la surprise fut grande lorsqu'elle me vit tomber au milieu d'elle. Je lui annonçai la visite du général Solignac et elle sortit aussitôt pour lui rendre les honneurs militaires.
Pendant ce temps , je montai chez madame de Laubépin, qui était couchée. On ne pouvait faire un pas dans les corridors et les antichambres sans heurter des matelas ; le châ-
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teau tout eatM* n'était qu'un vaste bWouac .
Je trouvai madame de Laubépin asaes tranquille au milieu de tout ce brouhaha , et s'il lui restait quelques ioquiâudes , ce que je lui dis de Tarrivée de son mari à Nantes , et des précautions que j'avais prises pour le sauver de tout accident, dut les lui faire perdre.
Lorsque je la vis tout-à-fait calme , je la prévins de la visite qu'elle allait recevoir, et je l'invitai à s'habiller ; elle s'y décida aussitôt, malgré son extrême faiblesse , et elle achevait à peine sa toilette lorsque le général et son état-major arrivèrent.
Ce fût M. le général Solignac qui instruisit madame de Laubépin de la méprise qui avait été faite à son égard , et dont elle ne put s'empêcher de sourire quand elle vit lé dérangement que cette méprise avait causé dans la ville de Nantes. Elle appela près d'elle M. le maire de Sucé, au nombre des administrés duquel elle se trouve , et l'invita à d^larer si elle était la duchesse de Berrj.
L'identité bien constatée ainsi, et enf présence de tout le mondé , M. le général Soli-
ET MADAME. rot
gnae aonoûÇa à madame ûe Laubrépin une nouvelle qpnî parqtlui faire grand plaisir , c'est qu'au point du Coursa gamiaon lui serait ôtée; Il l'inyka de plua à ae rendre k Nantes , si elk! croyait que son état de faiblesse le lui pettnlC:^ afin de donner des soins et des consolations à son mari.
A ces mots, nous prîmes congé d'elle , et le cortège , satisfait , se remit en marche pour regagner le bateau à vapeur ; à deux heures du matin nous arrivâmes à Nantes. Malgré une pluie battante , nous trouvâmes la garnison sous les armes « et la ville sur le port ; le bruit s* était répandu que la duchesse 4^ Berry étaii; au dijlleau de la Chaslière, et chacun s'attendait à la voir arriver.
Le résultat si importât ide mon expédition
de la Chaslière d4t€^miQa le général Solignac
et M. le préfet à en décider une nouvelle ;
ceU^-ci devait avoir lieu au château de Coîé^
heil j deïneure» comme nous avons d^ dit^
de M. et madame de Coislin , et toutes les
considérations qui avaient empêché la pre-
miè;re descente, s'évanouirent devant les pjxjo-