‹ La Vendée et MadameChapitre 5 sur 20 · I02 LA VENDÉE · texte numérisé non relu

I02 LA VENDÉE

Tes matérielleft saisies à la Cbaslière , qui ne laissaient aucun doute que M. de Coislin ne fût un des principaux chefs de rinçurrection. Nous donnons ici quelques unes de ces preuves.

Lettre au ma? quis de Coislin.

( Encre sympathique. )

Mon général ,

Je reçois à l'instant des lettres de la Vendée , . de bonne source : il n*est que trop vrai que des chefs ont été assez lâches pour refuser leur concours à Madame , et en face.

Elle est héroïque , elle a dit que puisqu'elle avait compromis beaucoup de monde , elle partagerait leur sort , et qu'elle ne partirait pas. Mon jeune ami désire se rendre près d'elle 9 et lui faire connaître nos bonnes dis^ positions ; il se chargerait de remplir cette mission , si vous l'agréez , mon général ; dans l'état des choses , je crois que vous ne pouvez vous dispenser d'envoyer près de Madame

ET MADAME. io5

un officier de votre corps d'armée ; désormais je rappellerai la belle mère. Attachement inviolable et respectueux.

Noie, Bromllon qui parait avoir éié adressé au mar<piis

de Coislin, signé R.

( Encre sympathique* )

Ne pouvant juger de Tétat réel des esprits , comme on a dû le penser , je n'ai point donné d'ordres qui n'auraient pas été exécutés , maisseulement désavis, afin qu'cfaot prévenus à temps, nos amis puissent se garantir des me* sures que peuvent prendre nos adversaires > et se mettre en état d'agir le plus puissamment possible dans l'intérêt général. Les ordres ont été mal compris , trop détaillés et trop précis ; pour le moment , on doit se borner à prévenir que Madame est sur le sol.

Signet.

id4 la yendée

Lettte €ta marquis de Coislin.

M. Louis Renaud.

( Ce nom était aa crayon. )

Mon général,

Je reçois à Finstant le contre-ordre , j'envoie partout en diligencie , je fam partir des courriers pour les menues destinatioAs , et j'^ cris en duplicata : c'est nn malbeur (pii refroidira beaucoup (mais je dois obék) ; Tcuitlez me tenir fort au courant sur les lettres qod vous m'écrivez , et écrivez-Aioi à l'euere cha^ à cause du procédé. Attachement respectueux.

Lettre dé Leroux au rharquis de Coislin.

( Encre sympathique. )

Mon général,

Je reçois le rapport de la division que j'ai l'honneur de commander, et je me hâte de vous le transmettre. Le contre-ordre est arrivé partout , à tous ; seulement munîssons^nous:

ans proclamations ont été. onvtoyé^ à Nantes. Je persiste^ i^oo ^mf9l , h regarder ce contreordre comme un malheur ; partout nous prenions les libéraux à l'improviste , et nos hommes étaient remplis de la ]pl^$ grande ardeur; aujourd'hui leur ardeur etlejur confiance ont diminué ; je ne pouriais riea faire , si je n'étais prévenu trois ouquatre jours à Tavance; j'avais tout mou .moo4^ ^^w la nain; ces hraves gei^ m'o;^ji962ÛQnt CQt»mi^ à %m trégîi^i^nt; fu^inten^nt ils çraigfitQiit^'^eftiMiufiipés. Je yo^$ de^iMiUcraii Ml ràoias, mon g^ral^ de £^iice connaître .à M^9mo êlk M. le marédial .qoelljas étaieiipf mes dispo^i^ons. Les of*ficiefô^ui veulwt;biQ:Q^$<^vir sous m^SiCNrdres me recommande^nt eyipressément de rùàr^ jqoapaître q^ils ^îent prêts à Qbâir,àOt qve l'on ait manqué un moment , en appartpice, aussi favorable. A,ttAçheiqç>9t respectueux.

21 mai 1S32.

Signé Leroux.

P. S. Cette encre est trop grasse , elle paraît à l'œil ; je crois que le citron vaut infini-

io6 LA VENDÉE ET MADAME.

ment mSeax ; si yousTOulies une encre meifkure y je pourrais vous en envoyer.

Lettre du marquis de CoisUn . à son fils Adolphe ^ à Terrien y à Leroux , etc. , etc. 9 par laquelle il leur annonce que la prise d'ormes est fixée du 3 au I^juin.

Je vous adresse , mon cher N , copie de

Fordre que je reçois de Madame ; vous y verrez que la prise d'armes est fixée à la nuit du S au 4 jnin , c'est-à-dire lundi prochain ; vous allez donc vous occuper de vos préparatifs , etdonner vos ordres pour que le soulèvement ait lieu partout en même temps. Vous ferez, pour le premier moment, tout ce que vous croirez, pour le mieux, el d'après ce que vous projetiez.

Tout à vous.

Renaud.

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io8 LA VENDÉE

En conséquence de la décision qui ayaâ été prise y je donnai Tordre au commandant de l'arrondissement militaire de Sarenay , de se porter le 3o mai , sur Carheii , en combinant d'avance Theure de son arrivée avec celle de la mienne.

Je partis de mon côté de Nantes au jour fixé avec une compagnie de voltigeurs ; et vingtcinq gendarmes mobiles; j'avais si exactement pris mes mesures y qu'au moment même où j'arrivais d un côté j'aperçus le commandant qui arrivait de l'autre.

Le château est dans une position de défense excellente. Entoure de tous les côtés de bois magnifiques et très-épais , on pourrait facilement y embusquer , avec avantage , des tirailleurs qui en défendraient les approches , profitant d'une espèce de retranchement naturel en forme de parapet , fait par les terres amoncelées sur le bord des fossés (foi entourent la propriété et qui leur offrirait un abri sûr-

Le château loi-même était en état de soutenir une attaque vigoureuse.

Cependant nous en approchâmes sans que rien indiquât 1 intention de faire ré3istance ; en effet , nous y entrâmes sans coup férir , et nous le trouTâmes vide. I) avait dû être évacue peu de temps avant notre arrivée, et peut-être même au moment où on aperçut la tête de nos colonnes , car on y avait abandonné plus de mille rations de pain ; un veau nouvellemeot toé constatait aussi la présence •récente des habitans <lisparus ; beaucoup de linge à pansement ^ des bandes et de la charpie étaient préparés,; en&a nous y trouvâmes plus de cinquante imprimés , fixant à la nuit du 3 au 4 juin le moment d'une attaque générale.

Après des recherches mfiructueuses pour trouver les habitans, et une battue dans la contrée, je revins à Nantes , le 3i mai , et c*e$t à mon arrivée que j'adressai la lettre suivante , d'après des rapports qui m'étaient parvenus^ pendant mon absence.

rto LA VËl^DÉE

M. le chef de bataillon commandant F arrondissement de MachecoiU.

31 mai lt32.

Monsieur le commandant ,

Si vous n'avez pas encore concentré vos troupes, d'après les instructions que je vous ai déjà données , vous le ferez sur-le-champ ; ainsi , pour votre arrondissement, les points à occuper sont Machecoul, Légé et Saint- Philbert. C'est sur ces trois points que les brigades de gendarmerie , qui en sont le plus rapprochées , devront se replier. Je ne saurais trop vous engager à recommander que dans ces trois cantonnemens on doit se garder militairement. Cet état de chose durera jusqu'à nouvel ordre. Ainsi les communes délaissées devront prendre patience. C*est aux patriotes à se montrer et à se procurer des ressources dans chaque localité. Que la garde nationale se réunisse , qu'elle fasse des patrouilles , il s'agit de sa propre sûreté et de celle de ses

propriétés. Le momeot est un peu difficile , mais c'est dans des cas pareils qu'on connaît les vrais patriotes , et qu'on doit faire les plus grands efforts.

Comme nous sommes à la veille d'événemens , tenez-vous prêts et sur vos gardes.

Faites eicplorer votre vilaine foret de Maçhecoul à des heures et des }ours différens.

Agréez , etc.

Je me rendis ensuite chez le général Solignac , que je trouvai fort tranquille sur le mouvement indiqué par les lettres que nous avions saisies. Il se figurait que la découverte de leur correspondance et de leurs plans de campagne, saisis au château de la Chasiière, empêcheraient les chouans de se réunir au jour fixé. J'essayai de lui faire perdre cette confiance /en lui opposant toutes les preuves que je venais d^acquérir de la prochaine insurrection; à cet effet, je lui écrivis la lettre suivante :.

113 ' LA YEJNDÉE

I«' jQm 19^9.

« Mon général ,

' » II paraîtrait que nos ennemis, malgré Té- » chec qu'ils viennent d'éproiiy.er , tant par le » peu de succès de leur teotative dans le Midi » et dans les divers dqpartexnens de TOpest , }» que par la découverte importante de tous » leurs projets énoncés dans leur immense » correspondance ^ n*en scraienl pas ipoins » décidés à tenter la fortune^ et à fajire usage dfe » tous \^î> moyens qu'ils se sont ménagés en s> s'attachant de nombreux partisans. Vaus » auriez dû vous en convaincre en parcourant y» des lettres de cett^ correspondan^çe, et surtout » celle de la Duchesse , datée d/e la Vendée , y» du i8 mai; elle s'attend à ce que ses amis fe- » ront tous leurs efforts pour faire trioptipher ïksa cause. Je vous en su{]2>lie9 mon général, » usez aussi de tous vos moyens ; ne perdez » pas un monient pour engager le préfet à faire » un appel à la garde nationale, et à en mobi- » User le plus qu'il sera possible. Que dès au-

£ï MADAME. rt3

» jonrdlnif ) ia mesure S6(t employée ^ Nantes; » vou» y avez dé la bonne volonté, ef déjà L'ojl »s*attend à tnàe mobilisation. Formes^ deâ » chasseurs vendéeiïs en cavaleHe et en infan- »terie; occtipons-nous des points d'Ancenîs, >» où noitô ârons de l'artîUerie ; dé 'Paimbeiïf , » où il existe «n dépôt de potidre , et de Ma-' yi chfecottl.Ces points paraissent être ceux qu'ils » veulent attaquer d'abord , autant que f al

* pu Voir par cette correspondance. Dans ce

* moment , je suis assuré qu^il y a un grand

* rassemblement dans les environs de Saînt- » Mar s-la-JaîlIe , Ligné, etc. Le pays esttrès- » véreux. Il en existe tm autre assez fort dans » tes envH-ons de laChapelIe-sur-Erdre, et sur

* la rive opposée de cette rtvière : c'est le pays » dé M. de Laubépin. Cedi peut faire suppô^ « ser que c'est pour Àncenis que ice rassem- » Wetnent a lieu.

» M on généÉ-al , nos enneiàris sotft nôm- ^bt^ux; e*est dohc au^si par lé nôiïibi'e que » nous devons cherchel: à lès écraser ; nous » avbris 'aussi des î^ssoui^ces, et il faut lès ùtî-

1 14 LA VëNDÉB

» User. D'ailleurs , quand toutes ces disposiyt tioDs ne seraient pas nécessaires , elles pro- » duiront néanmoins les plus heureux résul- » tats y ne tàl-çe que pour atterrer nos enne- » mis et les faire rentrer dans leur coquille. A Permettez-moi de £adre les réflexions que me » suggèrent nuin zèle et une vieille expérience. » Je crois que le plus pressé aurait été de mar- » cher hier, en trois colonnes, sur la Veûdée : » la première du Maine-et-Loire , la seconde » de la Loire-Inférieure , et la troisième qui » serait venue du pays même , c'est-^dire de » Bourbon- Vendée ; au moyen d'une battue » générale , on visitait les différens châteaux » qui sillonnent le pays ; on jetait Falarmip , » on désorganisait tout projet de réunion des » légitimistes , et on aurait peut-être fait une » bonne capture. La Duchesse doit nécessai- » rement se trouver dans ce pays , formant » le centre des opérations du parti ; qui sait si » elle ne serait pas tombée dans nos mains , » et cette prise importante aurait , d'un seul 9 coup , paralysé la guerre civile. N'en douter

ET MADAME. m5

)> pas , la princesse montera à cheval , il faut » donc se mettre en mesure pour parer à tout w événement.

» J'aî donné l'ordre pour que toutes les i> troupes soient centralisées , que les bpgades » de gendarmerie isolées se retirent sur les » points occupés et qui les avoîsînenit ; et que » si les événemens devenaient de force ma- «jeure» les troupes des arrondissemens se » concentrassent sur Nantes.

» Une mesure encore à prendre , serait de » s'assurer à Nantes de tous les individus qui » étaient partis pour rejoindre les bandes , et » qui sont rentrés ; on les connaît; en outre, de » faire des perquisitions dans toutes les mai- » sons connues pour leur carlisme, et qui osten- » siblement se sont déclarés hostiles au gou- » vemement. Qu'avons-nous à attendre, pour » ménager des individus qui se sont montré^ » à découvert ?

i> Je termine ma longue lettre , en vous » priant de prendre en considération mesobn servations, et de vouloir biei^, connaissant ^> rintention qui m'anime, me savoir gré de

6 tA TENDES

)»TOU9 avoir éctil et Mudiis itton ôpknon.

» Âgrëezi )é too^ |nrie , «te. »

YoTaxit l'ioutîtité de xoe» efforts pour le con- Taincre, je donnai néanmoms, ainsi que je le disais dans ma lettre, les ordres que je croyais nécessaires afin de paralyser on monveioent quelconque.

Aussi dès le lendemain , 2 , j'imyis aux commandans des arrondissemens militaîres les deux circulaires suivantes :

A M. le chef de bataillon du 29* , commandant r arrondissement militaire de Clisson.

2 Juin 1832.

Comme il pourrait se faire que la journée d'aujourd'hui et celle de demain fussent orageuses , je ne saurais donc trop vous engager à vous tenir sur vos gardes , en cas d'attaques sérieuses; et si le cas était urgent, f^attet se retirerait sur vous , et Le Laurrouœ sur Nantes ; comme je préviens son commandant de

cette disposition , il sera inutile que vous envoyiez des ordres à ce sujet.

Vous, pour votre compte, si vous y étiez forcé , vous opéreriez votre retraite sur Nantes.. Il est bien entendu que cette détermination ne sera prise qu'à la dernière extrémité ; je doute même qu'on en vienne là ; mais comme il faut tout prévoir, rien ne coûte de prendre des dispositions. Vous recommanderez à vos chefs de cantonnemens de brûler des cartouches,mais aussi de se servir avec vigueur de la baïonnette , si ces coquins se présentent : point de prisonniers surtout Vous m'enverrez demain l'état sommaire des hommes présens, dans chaque cantonnement, ainsi que l'état de vos cartouches et la quantité que chaque homme aurait à sa disposition.

Je m'en rapporte entièrement à vous pour compter que vous prendrez toutes les mesures que les circonstances exigeront, et auxquelles vous seriez forcé de recourir.

Agréez, etc., etc.

ii8 LA VENDÉE

A M, le lieutenant" colonel commandant supérieur des. arrondissemens militaires dAncenis et Chateaubriant.

2Jaînl832.

D'après ceque me mande le chef de bataillon Conty , vous aurez dû , aussitôt votre retour , terminer la centralisation que j'avais ordonnée , c'est-à-dire, que vous auriez dû occiiper les points désignés de Derçalj Chateaubriant et Saint-Julien de P^ouçantes. Je trouve le premier de ces points bien éloigné de celui de Chateaubriant, pivot de vos opérations; mais je crois qu'il est important qu'il soit occupé.

D'après l'instruction que je ^ous ai donnée Telativement à la retraite que chaque chef de cantonnement pourrait opérer dans le cas où il y serait forcé, Derçal SLUTait à se replier sur vous , ainsi que Saint-Julien de T^ouçanies , et vous , si vous étiez forcé , sur Nantes.

Je me plais à croire qu'on n'en viendra pas à cette extrémité; mais dumoins, comme c'est dans l'ordre de choses possiUes , tout dîspo-

silif est de saison^ Vous auriez Pattentibn de m'enroyer sur-le-champ Fëtat sommaire des hommes composant chaque cantonnement , celui de vos cartouches , et le nombre de celles qui sont à la disposition de chaque homme.

Vous me rendrez compte des instructions que vous avez données , et que les circonstances et les localités pourraient exiger ; il est bien entendu qu'on ne quittera point les cantônnemens sans avoir brûlé des cartouches , et qu'aussitôt que les révoltés se seront présentés, on devra tomber dessus à la bâtonnette^ sans s'inquiéter dti nombre.

J'espère que vous aurez tii*é parti de votre garde nationale , et que vous aurez mobilisé les volontaires. Je ne saurais trop vous recommander d'ordonner à tous les che& des cantonnemens de réunir dans un seul endroit tous leurs hommes , depuis la tombée de la nuit jusqu'au jour, soit dans des granges ou autres bâtimens. Le jour , ou devra toujours être prêt à prendre les armes , et défendre que les soldats s'éloignent des cantonnemens , comme j'ai été en position de le remarquer.

lao LA VENDÉE ET, MADAME.

Ainsi, mpn cher colonel, nous sommes dans uû moment où on ne saurait prendre trop de précautions ; car nos ennemis , bien qu'ils ne croient pas réussir , yeolent pourt^t ^iitér un dernier effort

J'attends votre réponse par le retour de l'ordonnance avec l'annonce de ce qui pourrait avoir eu lieu d^ns l'étendue de votre commandement,

Affé^ , etc.

Cela fait, j'attendis les événemens.

« Monsieur , vous êtes répubUonio , fe le sai# , > Diftis pour une proscrite il n'y a point d^opi- • nioo. Je suis la duchesie de Berry.»

Maintenant qu'on a vu parla saisie des pièces de la Chasiière , de quelle manière nous avions acquis la certitude de la présence de la duchesse de Berry en Vendée, je croi^que c'est ici le moment de placer quelques détails que je me suis procurés depuis, sur les moti& qui avaient déterminé cette princesse à rentrer en France ; sur son débarquement dans la rade de Marseille , et sur son passage tranquille au travers du Midi et de l'Ouest. Nous seul, peutêtre, pouvons les donner aussi circonstanciés, et quelque romanesques qu'ils deviennent quelquefois , nous les garantissons véritables ; et avec d*autant plus de certitude, que depuis notre première édition nous avons acquis des renseignemens tellement authentiques , qu'ils

ne peuvent en aucune manière être révoqués en doute.

Apr^ sa sortie de France , et malgré son abdication et celle de son fils /Charles Xn*avait jamais voulu consentir à accorder à Ma* dame la duchesse de Berry le titre de régente, de peur de s'enlever ainsi la direction de l'éducation du duc de Bordeaux. Il protesta , le 24 août i83o, contre toute usurpation des droits de sa famille , et se réserva celui de pourvoir à la régence , jusqu'à la majorité de son petit-fils»

Yoici cette protestation :

«c Nous, Charles, dixième d^i nom , par la » grâce de Dieu, roi de France et de Navarre :

»Les malheurs qui viennent d'éclater sur la » France, et le désir d'en prévenir de plus » grands, nous ont déterminé, le 2 du présent » mois y en notre château de Rambouillet , à » abdiquer la couronne,, et ont en même temps » déterminé notre fils bien-aimé à renoncer à » ses droits en faveur de notre petit-fils le duc » de Bordeaux.

ET MADAME. laS

» Par une pareille disposition , datée de la yr veille , et du même Heu, et rappelée dans le yy second acte , nous avons nommé provisoî- » rement lieutenant-général du royaume , un y» prince de notre sang, qui depuis a accepté » des mains de la révolte le titre usurpé de roi » des Français.

» Après un tel événement, nous ne saurions » trop nous hâter de remplir les devoirs que » nous imposent à la fois les intérêts de la » France , le dépôt sacré qui nous a été trans- » mis par nos ancêtres , et notre ferme con- » fiance dans la justice divine.

» A ces causes ,

» Nous protestons en notrenom , et au nom » de nos successeurs , contre toute usurpation » des droits légitimes de notre famille à la » couronne de France.

» Nous révoquons et déclarons nulle , non » avenue, la disposition ci-dessus rappelée, par » laquelle nous avions confié au duc d'Orléans » la. lieutenance-générale dii royaume.

» Nous nous réservons de pourvoir à la ré- » gence, lorsque besoin sera, jusqu'à la majoi-

» rite de notre peût-fàs. Henri P^ , appelé au » trône par suite de l'acte donné à Ram- )• bouillet, le 2 du présent mois; ladite maï> jorité fixée par les statuts d^ la couronne et » des usages du royaume , au commencement » de sa quatorzième année , qui aura lieu le » trentième jour du mois de septembre i833.

» Dans le cas où avant la majorité du roi » Henri V , il plairait à la Proyidence de dis-

» poser de nous , sâ^ mère , notre fille bien-

» aimée, la duchés^ de Berry, serait de droit

» régente du royaume.

» La présente déclaration sera rendue pu-

» bliquc, et communiquée à qui de droit, lors-

» que le^ circonstances le requerront.

» Fait à Lulworth , le ^4^ jour du mois

» d'août , de Tan de grâce i83o , et de notre

» règne le sixième.

» Signé Charles. »

Cependant la duchesse de Berry, ayant pris la résolution de quitter sa famille , pour rentrer- en France , sans avoir encore arrêté l'époque de cette rentrée, obtint d« l'exT^roî une

ET MADAME. isS

lettre en date d*Ëdiinbourg , et adressée aux royalistes de France, afin qu'ils reconnussent Marie-Caroline de Berry comme régente. La lettre était ainsi conçue :

« M*** , chef de Tautorité civile dans la n province ♦♦♦**, se concertera avec les prin- » cipaux chefs pour rédiger et publier une pro- »clamation en faveur de Henri V ^ dans la- » quelle on annoncera que Madame, duchesse » de Berry , sera régente du royaume pendant n la minorité du roi son fils , et qu'elle en » prendra le titre à son entrée en France , car » telle est notre volonté.

» Edimbourg, 27 jan\âer i83i.

» Signé Ch\rles. »

La Duchesse, fortifiée par cette lettre, quitta l'Angleterre avec une petite cour qui lui était restée fidèle, le 17 juin i83i , passa en Hollande, remonta le Rhin depuis Rotterdam jusqu'à Mayence, traversa une partie de l'Allemagne^ le Tyrol, la Lombardie,etvintàGénes, d'où elle se rendit à Sestri , petite ville située

à douze lieoes de Gènes et dans les états du roi de Sardaigne.

La Duchesse voyageait sous le nom de comtesse de Sagana, et sa suite.; on ne donnait pas d^autre nom dans les auberges: néanmoins on aurait pu facilement sibupçonner ce qu'elle était aux marques de respect que lui témoignait constamment la petite cour dont elle était entourée. D'ailleurs , elle - même s'in* quiétait peu de se déguiser.

Malgré cela, lincognito. de la princesse fut si bien gardé jusqu'à Sestri ; qu'elle resta deux jours à Gênes pendant que le roi Charles- Albert s*y trouvait, et qu'il Fa complètement ignoré. Il en a fait depuis des reproches à sa cousine , mais dans les termes les plus aimables , et en a adressé de très-sévères à la police de G^nes.

Pendant le séjour que la Duchesse fit dans ce pays, et même dans presque toute l'Italie , elle prenait plaisir à se couvrir la tête et les épaules avec cette pièce de mousseline que les femmes de Gênes appellent mesgro , et à l'aide de laquelle elles se drapent avec autant de

coquetterie et de grâce. Madame alkk d^ois ce costume à ]a messe , suiTie de toutes les personnes qui l'accompagnaient.

Le gouyemement français , ne. tarda donc point à être informé de la présence de la Duchesse en Piémont , et en prit à juste titare.de Tombrage. Le consul à Gênes , M. de Cases , savait qu'une multitude de Français encombrait les hôtels de la yille , et.aucun d'eux ne Tenait faire viser son passepcnrt au consulat ^ parce que presque tous les légitimistes s'étaient procuré des passeports atix ambassades étrangères, et, devenus momentanément Anglais , Allemands ou Italiens , . allaient se faire reconnaître sous leurs faux noms aux ambassades de leurs nations adoptives. C'est ainsi qu'il y avait à l'hôtel de Malte à Gènes une douzaine de voyageurs de toutes les nations de l'Europe, excepté de la France, qui, lorsqu'ils étaient réunis , ne parlaient que français , et un français aussi pur et aussi dénué . d'accent que pouvait l'être celui de M. de Cases. Cela donnait de grandes tracasseries à notre consul, qui en référa à son gouvernement. Aussi-

toi uiie lettre du cabinet des Tuileries fut adressée au cabinet sarde, pour se plaindre de ce que Charles-Albert accordait dans ses états un abri à une conspiration qui ne pouvait se tramer que contre le gouvernement de juillet

Charles - Albert écrivit alors à Madame une lettre contenant un développement du système politique adopté par les étrangers à regard de la France : il lui disait que les Rois ^ trop tourmentés eux-mêmes par les rumeurs populaires qui s'élevaient dans leurs états y ne voulaient pas nous £aiire une guerre de principes , dans laquelle ils seraient mal secondés parles peuples ; mais que leur intention était de se réunir contre nous à la moindre agression de la France, qui leur en donnerait un prétexte plausible. Cette longue missive diplomatique se terminait par une invitation raisonnée et polie, mais qui n'en était pas moins positive 9 de quitter les états de Sardaigne , où la présence de la Duchesse était patente , sauf à y rentrer , lorsqu'elle le voudrait , sous un incognito plus sévère , qui permît à Charles-

ET MADAME. iig

Albert de nier à LouisrPhilippe le séjour de Madame dans ses états.

Cette lettre exaspâra la Duchesse , son caractère indépendant et absolu , se pliera plutôt à toutes les fatigues et à tous les dangers qu'à une simple contradiction : elle ne pouvait $*empécher de reconnaître et d'apprécier les motifs qui forçaient Charles-Albert d'en agir ainsi; il s'était d'ailleurs montré pour elle bon parent, ami dévoué, et elle en conservait une juste reconnaissance ; mais Finvitation, quelque polie qu'elle fût, de sortir de ses états , était toujours une espèce d'humiliation sur laquelle elle revenait sans cesse en causant avec les Français qui allaient prendre ses ordres à Sestri. « La royauté s'en va , » disait-elle à l'im d'eux , c'est comme Far- >v châtecture : mon aïeul a fait bâtir des palais, )»mon grand-père des maisons, mon père » des bicoques, «tmoti frère des nids à 'rats. » Dieu aidant , il faudra cependant bien que » mon (ils rebâtisse des palais à son tour. »

Enfin la Duchesse se décida à quitter le Piémont , s' engageant auprès des royalistes qui

i3o Lk VESDÉË

étaient venus ]a trouver, à descendre en France à leur premier appel ^ et dès qu'ils jugeraient la circonstance favorable.

Elle partit donc en longeaÈît lé littoral , et arriva à Massa , où elle resta plusieurs jours. Se rendant de là aux bains de Lucques, elle y fit un séjour assez prolongé, etlouaméme dans les environs une maison de canipaghë. Mais bientôt y s'étant décidée à faire un voyagea Naples, et voulant profiter des |ours. encore favorables de Tautomne, elle- se mît presque aussitôt en route vers cetter capitale.

En passant à Rome, la Duchèasè fut reçue avec tous les honneurs et les marques de dis-' tinction usitées pour les. personnes de son rang. Le Saint Père la fit complimenter. Les cardinaux , ainsi que les ambassadeurs étran« gers, furent lui rendre visite ; et comme déjà, sans doute , on lui soupçonnait des projets i l'ambassadeur d'une certaine gcandé puissance du Nord , ayant cherché à la pressentik^f elle lui. répondit laconiquement en lui demandant des nouvelles de la santé de mordame V ambassadrice.

ET MADAME. i3i

Après quelques jours de repos, elle continua son voyage pour Naples, joyeuse et contente de revoir le beau ciel qui l'avait vue naître , et les rivages enchanteurs du Sebeto ,

qu'elle avait quittes depuis son mariage.

Accueillie par sa famille avec les témoigna*ges de la plus vive affection j[.ce ne fut pas sans peine, qu'appelée ailleurs par des intérêts majeurs , elle dut bientôt quitter ce délicieux pays pour se rapprocher de celui qu'elle avait choisi comme le plus à portée etle ^us propre à seconder ses desseins.

En repassant à Rome , elle s'y arrêta environ deux semaines , d'où reprenant la route de la Toscane , et par Florence, elle vint définitivement s'établir à Massa, d'abord dans une médiocre auberge , et ensuite , sur les instances réitérées du duc de Modène , dansles états duquel se trouve Massa , elle accepta un logement dans le palais ducal, jusqu'au moment de son départ pour, la France.

Si nous sommes bien informés , ce fu^peu'^ dant le voyage que nous venons de détailler, que le pape recommanda d'une manière toute

i5a LA VENDÉE

spéciale , à Madame , l'infâme Deutz , comme un homme intelligent et sûr. Déjà il lui avait été recommandé par d'autres personnes sur l'assurance desquelles elle pouvait compter, comme nous le dirons en son lieu. Deutz , en abjurant la foi de ses pères , avait su par une fausse piété , 41 par la plus profonde hypocrisie n captiver la bienveillance de S. S. , qui , {dus tard , a dû bien se repentir d'avoir été , en partie , la cause involontaire de la plus noire trahison.

Cependant les personnes qui entouraient la duchesse de Berry , et qui toutes devaient remplir des charges importantes près de Marie-Caroline régente , hâtaient non-seulement de tous leurs vœux , mais encore de tout leur pouvoir, sa descente sur les côtes de France. A cet effet , une espèce de li^ue s'était formée entre elles pour ne laisser par>'enir jusqu'à Madame que les nouvelles en harmonie avec leurs désirs ; cdles qui présentaient la réussite d'une insurrection comme impossible , même momentanément, étaient soigneusement tuées ou atténuées, tandis qu'on exagérait leâ autres.

ET MADAME. i35

Néanmoins tous les hommes sages si partisans qu'ils iîissent d^une restauration , lui écrivaient de ne pas venir. L'ouest ne pouvait prendre l'influence sur les destinées de la France qu'à l'aide d'un soulèvement du Midi, ou d'une invasion de l'étranger. Dans le premier cas, il donnait par Bordeaux la main à Toulouse ^ et à Marseille , et alors la moitié de la France combattait pour Henri V; dans le second cas , la Duchesse , qui avait constamment manifesté sa répugnance pour une restauration à l'instar de celle de i8i4 et i8i5, se jetait dans la Vendée avec son fils , protestait contre l'entrée des étrangers en France , appelait à die les populations , et marchait à leur tête contre les ennemis communs : de ces deux plans , l'un était presque sûr , et Tautrc presque national.

Malheureusement pour la princesse, les intérêts privés de ceux qui l'entouraient obscurcissaient l'atmosphère politique à travers laquelle elle regardait la France. La chance d'une invasion étrangère était perdue du jour où le gouvernement français cédant à la poli-

i34 ^ LA VENDÉE

tique imposée par les cabinets étrangers, avait laissé pendre les patriotes d'Italie et égorger ceux de Pologne ; c'était bien le moins qu'a-* près de telles concessions , si peu en harmonie avec le système de non intervention , et le discours de la séance royale, les souverains étrangers reconnoissa^s laissassent Louis-Philippe prendre tranquillement son rang parmi les membres couronnés de la sainte alliance : la chance d'un soulèvement dans le Midi était donc la seule qui restât.

En conséquence, tous les soins de la petite^ cour de Madame tendirent à lui montrer la France comme prête à se soulever en sa faveur; on lui pcignitlemécontentement duMidi comme une insurrection flagrante, la fidélité de la Vendée comme un soulèvement organisé , et chaque mouvement républicain comme nne émeute royaliste ; elle fut donc comjJèlement trompée sur la disposition des esprits ; d'ailleurs son caractère aventureux et mouvementé conspirait, avec les intérêts de ses couprtisans^ à hâter le moment de cette entreprise, qu^elle appela elle-même depuis une équipée.

ET MADAME. i35

D'un autre côté, des lettres arriTaient de France , qui contenaient de telles promesses de déyouement , qu'il y avait à s'y tromper.

Nous avons eu $ous les yeux ces lettres, et Taveuglement ou l'imprudence de ceux qui les ont frites nous parait incroyable. Il est vrai que ces mêmes hommes abandonnèrent la Duchesse aussitôt qu'il y eut quelque danger à rester près d'elle. L'un d'eux, pair de France, homme du pays , et dont Tavis en pareil cas était par conséquent péremptoire , lui écrivait pour l'engager à hâter le moment de notre déliçrance. « Que votre Altesse Royale vienne » dans la Vendée , et elle verra que mon ven- » tre , quoiqu'européen par sa grosseur , ne 3» m'empêchera pas de sauter ni les haies ni » les fossés. »

Une autre lettre, signée du marquis de Coislin, arriva au commencement de décembre i83i ; nous ignorons son contenu ; mais la réponse de la princesse se laisse facilement deviner. ^ La voici :

* Saisie au château de la Ghasliére.

i36 Lk VENDÉE

« Je connais depuis long-temps , mon cher c Coislin , le zèle et le dévouement que vous » et les vâtres montrez pour la cause de mon » fils ; faime à vous répéter que dans mainte n occasion, je compte entièrement][sur vous, 9» connue tous devez compter sur ma reconi>» naissance.

Signé Marie-Gaboline.

Le i4 décembre i83i. »

De pareils avis étaient, on en conviendra, bien capables d*aveugler une femme que son caractère entraîne déjà naturellement aux choses hasardeuses. Il fiit donc décidé que Tesprit public était arrivé en France au point 4e maturité nécessaire, et tout se prépara pour la grande entreprise projetée , et dont

l'exécution était si impatiemment attendue.

Les royalistes de France, et surtout ceux du Midi et de l'Ouest, furent donc prévenus de se tenir prêts.

La lettre qu'ils reçurent était en chiffres et à l'encre sympathique: nous la donnons avec

ET MADAME. iS;

la traduction. La phrase , à l'aide de laquelle elle fut déchiffrée , est celle-ci :

Lorsqu^U est du droit commun.

Cette phrase, contenant vingt-quatre lettres, qu ifurent substituées aux lettres de l'alphabet qui sont en même nombre \

lis kl

(( Je ferai savoir à dldoqc , 1 Idiqtc qo \

•t \ \ » Il 1 111

» tqddqc qo 1 dnrd que sq cmec qd utldrq ;

1111 11 lit 1 1111 11

» otqoltqc mrmc ormt uletq otqdotq dqcltuqc

» aussitôt que vous aurez reçu cet avis ,, et

» comptez quQ vous le recevrez probablement,

1 iiit^i 1111

» sm. 2. Im. 3. ule otrrlled : ce dqc rrmtteqtc

» dq ormmreqdo passer , le bruit omoder

II isi II a «iLiii s

»mrme edcotmetreo. Sq urd Ittemqq qo

il I iiii II >

» mrme uleteqc otqdstq dqc Ituqc cldc

» tqolts. » Marie-Caboline.

i5 avril i832.

Il I iiiii s ta

' Lorsqu'il est da droil commun, abcdef gh ijk Im nopqr stuvxy

i3S LA YËNDËE

Traduction.

« Je ferai savoir à Nantes , à Angers , à y^ Rennes et à Lyon , qne je suis en France ; 3» préparez-Tous pour Cadre prendre les armes » aussitôt que vous aurez reçu cet avis , et » comptez que vous le recevrez probablement »£^ 2 ou 3 mai prochain ; si les courriers ne » pouvaient passer , le bruit public vous ins- » trairait de mon arrivée, et vous feriez preny^ dre les armes sans retard. »

Le 21 avril i832 , Madame signa le brevet suivant , qu'elle écrivit tout entier de sa main.

« J'accueillerai et je récompenserai tous les » services rendus à mon fils , et notamment » ceux du lieutenant-colonel François Tour- » nier , en le nommant colonel.

î» Marie-Caroline. »

Massa ^ 21 avril i85a.

Le même jour, Madame partij sur le bateau à vapeur le Carlo- Alberto , qu'elle avait frété

ET BiAOAMË. rSg

pour son compte, et y signa un second brevet conçu en ces termes :

« Je promets de récompenser tous les services » rendus à mon fils , et notamment ceuit de » M. le chef de bataillon Chartier , en le nom-î » mant lieutenant-colonel.

23 avril i832.

* Approuvé '.

» Marie-Caroline. »

La Duchesse fit relâche à Nice y se remit en mer , et le 28 au soir elle se trouvait dans les eaux de Marseille : c'était pendant la nuit du 29 au 3o que le mouvement devait éclater

dans cette ville.

Relativement à son débarquement, voici les faits dans leur plus grande exactitude, et tels que je les tiens d'un homme d'honneur et digne de foi.

Le débarquement de Madame sur la côte fut très-pénible, et ne s'exécuta pas sans danger. Il n'eut point lieu dans un canot du Carlo^

^ La teneur de ce brevet n'est pas de la main de Madame.

j4o hk YËKBÉE

'Alberto^ mais dam un fort bateau de pécheur^ gui depuis plusieurs nuits se rendait à un point indiqué. II vint se présenter bord à bord» la mer était grosse , les deux bâtimens alternativement soulevés par les vagues , roulaient , s'entrechoquaient, s^éloignaicnt, se rapprochaienty il fallait saisir le moment assez rare où les deux bords se trouvaient à peu près de niveau pour s'élancer de Tun dans Tautre , au risque de faire des chûtes dangereuses sur les bancs humides et glissans du bateau. Enfin y la princesse pût y passer avec six personnes dévouées , et un pilote qui depuis long-temps était à la disposition de Madame ^ et connaissait tous les points de la côte et les signes de ralliement qu'on devait faire à terre pour aborder en sûreté.

Le bateau qui fat employé pour le débarquement avait été construit pour la pêche ; il en avait tous les avantages et tous les inconvéniens: assez grand, assez solide pour tenir la mer dans un gros temps , il n'avait d'ailleurs aucune des commodités désirables.

Les voiles imprégnées d'eau de mer, qui ne

ET MADAME. i^t

sèchent jamais , Feau croupie dans les fond»

de la carène , le goudron , etc. , exhalaient une odeur repoussante ; sans pont , et sans abri contre le vent froid , humide et pénétrant de la mer, les cimes des lames qui venaient se briser sur ses bords , se répandaient tantôt en poussière humide 5 tantèt en large pluie sur la princesse et ses compagnons , qui,

pour un pareil passage, étaient loin d*étre aussi bien vêtus que les marins de l'équipage ; à cela se joignait ce malaise insupportaUe , connu sous le nom de mal de mer, mal qui ne peut éprouver de soulagement qu'après avoir été porté à son excès. La nuit était noire, froide , sinistre ; Madame souffi*ait , souffrait beaucoup sans doute, mais pas un mot , pas une plainte ne vinrent révéler ce qu'elle éprouvait.

On aperçut vers l'endroit où l'on se dirigeait et 011 Madame devait débarquer, un point rouge et lumineux ; en approchant, ce point se grossit , se dessine ; ce n'était point le signal dont on était convenu , et bientôt il

i42 LA VENDÉE

ne resta plus de doute que ce ne fût un feu allumé par un po^e de douaniers.

La prudence conseillait de s'éloignar à la hâte ; il n'était pas moins urgent de débarquer avant le jour ; point d^autre plage ; une côte partout inaccessible , bordée de rochers , où la mer Tenait se briser avec foreur. Ce fut en gravissant ces rochers , que les plas hardis contrebandiers n'auraient osé escalauler , que la Duchesse et sa suite arrivèrent sur la terre de France , non sans peine , non sans dangers , augmentés par l'obscurité de la nuit.

Madame fut pendant ce trajet , qui dura trois mortelles heures , ce qu'elle est toujours dans un danger réel , calme , presque gaie ; c'est une de ces organisations^faibles , qu'un souffle semble devoir courber, et qui cependant ne jouissent de la plénitude de leur existence , qu'avec une tempête dans les airs ou dans le cœur.

Ayant pour guide le pilote que nous avons cité 9 qui connaissait aussi bien Tintérieur que la côte , la Duchesse et sa suite se mirent en

ET MADAME. lifi

route sur le champ pour gagaer da pays avant le jour, qui commençaît à paraître.

Il y avait plusieurs lieues à parcourir par des sentiers à peine indiqués, à travers les bois et les rochers. Madame y trouva un an-* cien officier , dévoué à sa cause , qui y était en attente depuis plusieurs nuits , et la cc»ih duisit à une petite maison hsdbkée par une famille prévenue de son arrivée.

Cette maison était isolée, entourée de bois et de rochers, située à quelques lieutô de Marseille , et n'ayant point de vise sur cette ville.

Il faisait grand jour lorsque la princesse y arriva , horriblement fatiguée , ainsi que ceux qui raccompagnaient.

Après ua moment de repos, elle envoya deux personnes de sa suite à Marseille pow dire à M.... qu'elle était arrivée et attendait le résultat des promesses qui l'avaient déterminée à cette entreprise. Le soir même , un des messagers apporta un billet , dans lequel on la félicitait de son heureuse arrivée , et on lui annonçait que Marseille ferait son moupement le lendemain.

,44 LA VKNDÉE

A cette nouvelle. Madame éprouva un mouvement de joie difficile à décrire. Elle pensa et devait penser assez raisonnablement que les personnes qui Pavaient déterminée à cette entreprise , et lui annonçaient que Marseille ferait son mouçement le lende-main, mouvement préparé dépuis long-temps, avaient pris leurs mesures , s'étaient assurées des dispositions des militaires sur lesquels Madame avait beaucoup compté, tant à Marseille que dans l'Ouest, qu'elles s'étaient assu* rées du concours d'une partie notable des habitans , qu'elles avaient attaché à son parti quelques membres des autorités» et avisées aux moyens de paralyser l'influence de ceux qui lui auraient été opposés ; enivrée de cet espoir son imagination ardente , exaltée , de femme , de régente, de mère, lui faisait voir, au travers d'un prisme enchanteur, l'ancien ordre de choses rétabli dans Marseille au nom de son fils , de son Hemij de son idole.

A F exemple de Marseille , leur reine , elle voyait toutes les villes du Midi s'empresser d'ouvrir leurs portes ; une seule de ces villes ,

ET MADAME. i/jS

Nismes , lui donnait des inquiétudes , non qu'elle pensât n*y pas être reçue , mais elle craignait que des partis divisés par leur croyance, n'en vinssent aux mains , et qu'il n*y eût des massacres. « Ëh bien! disait-elle, j'or- » donnerai à l'évêque de me suivre avec tout » son clergé , et nous irons tous, oui tous , » messieurs , nous jeter entre les catholiques » et les protestans. »

Malgré la fatigue de la nuit « la duchesse dormit peu. Pendant qu'elle s'enivrait de ces brillantes illusions , voici ce qui se passait à Marseille.

Durant toute la nuit du 29 au 3o la ville avait été sillonnée par des rassemblemens légitimistes portant un drapeau blanc, aux cris de vive Henri V.

A trois heures, quelques hommes armés s'étaient présentés à l'église Saint-Laurent , s'étaient fait livrer de force les clefs du clocher, y avaient arboré le drapeau blanc et sonné le tocsin.

D'autres s'étaient rendus à la Patacbe et à la Consigne , en avaient arraché le drar-

i46 LA VENDÉE

peau tricolore et Favaient traîné dans la boue.

Une foule considérable s'était portée sur Tesplanade de la Tourette , attendant le bateau à vapeur Le Carlo-Alberto , qui , disaiton , avait à bord la régente et le maréchal de Bourmont, attendus pour aider le mouvement légitimiste.

Enfin , le rassemblement le plus considérable s'était porté sur le poste du palais de Justice , aux cris de Vive la Ligne , vive Hemî V.

Un 80us4ieutenant du 1 3"* , qui s*y trouvait alors , somma ce rassemblement de se disperser ; sur le refus de celui qui paraissait être son chef, il l'avait saisi au collet et, après une lutte assez vive , il l'avait jeté dans le corps-de-garde. Alors un sauve-qui-peut général s'était £adf entendre , et au milieu de la déroute trois autres personnes avaient encore été arrêtées.

A deux heures après midi, une frégate sortait du port , portant pavillon et flamme tricolores, et se couvrant de voiles, se dirigeait sur le Carlo-Alberto, pour lui donner la chasse ; ce bâtiment , qu'on apercevsdt alors à quatre

lieues en mer, flattant sur les vagues comme une bouëe , se mit en mouvement à la .vue de la frégate , et disparut en courant au sud-est.

L'ëloignement et la position de la nutison où s* était retirée la Duchesse ne permettaient pas de voir ni d'entendre rien de ce qui se passait à Marseille. Tous ceux qui ont vu Madame dans ce moment ont rapporté qu'il faut avoir été près d'dk pour se faire une idée de toute Timpatîence qu'elle éprouvait ; le mouvement avait dû commencer à la pointe du jonr : il était donc permis d'espérer des nouvelles vers 10 heures; assurée du succès , elle attendait des chevaux pour entrer en ville ; onze heures , midi , une heure se passent , rien n'arrive !... enfin , à quatre heures , deux messagers paraissent avec ces deux mots: JLe vnauvement a manqué ^ il faut sortir de France.

Le coup était terrible ; la Duchesse le supputa avec son courage ordinaire. « Sortir de » France ! dit-elle j c'est ce qui ne me parait » pas prouvé ; ce qui est ui^nt , c'est de sor- H tir <l'ici pour ne pas . compromettre ces bra-

i48 LA VENDÉE

T» ves gens et pour nous-mêmes : on peut avoir » suiyi les messagers, y»

Le peu de sympathie que la démonstration légitimiste avait éveillé dans Marseille, était un bien mauvais présage pour la suite de l'entreprise ; à peine deux cents carlistes avaientils pris part au mouvement , quoique la ville en renferme six ou huit mille ; plus d'espoir de soulèvement dans les autres villes du Midi, plus de retraite. Le Carto- Alberto était disparu. Cette position eut accablé tout autre courage que celui de la Duchesse. Une restait que deux ressources également dangereuses : franchir le pays qui sépare le Rhône des Alpes, et descendre dans le Piémont , ou se diriger vers rOuest en traversant la France, dans presque toute sa largeur , et se jeter dans la Vendée. Le dernier projet , dont l'exécution présentait des difficultés incalculables , avait au moins quelques chances de réussite, si elle pouvait y arriver; ce fut celui que la Duchesse adopta de l'avis unanime des personnes qui l'entouraient. Elle déclara que puisqu'elle était entrée en France , elle n'en sortirait plus , et avec la

rapidité qui préside à ses résolutions, elle donna Tordre du départ. On n'avait ni cheval, ni mule, ni voiture: la Duchesse dit qu'ayant déjà marché à pied, elle y marcherait trèsbien encore. Elle voulut profiter del'ohscurité de la nuit pour faire le plus de chemin possible dans cette première marche ; elle fit un adieu amical à la famille qui lui avait donné l'hospitalité, et donna vingt-cinq louis à son hôte 9 qui les refusa en pleurant> mais qu'elle le força d'accepter , et jetant un dernier regard sur cette maison où elle avait passé une nuit embellie par tant d'espérances, et suivie d'un si affreux réveil, elle se mit en route avec sa suite , précédée d'un guide qu'on s'était procuré.

La nuit arriva bientôt, elle était sombre»

à peine voyait-on où mettre le pied : après avoir marché pendant cinq heures , toute trace de sentier avait disparu, on se trouvait au milieu des rochers parsemés de pieds d'oliviers rabougris; le guide s'arrêta, donnant des marques visibles d'indécision ; enfin, pressé par les voyageurs, il avoua qu'il ignorait complètement

i5o LA VENDÉE

OÙ l'on se trouvait La Duchesse ^taît de son côté si fatiguée qu'elle éprouvait l'impossibilité daller plus loin. C'est de cette nuit qu'elle commença à faire l'apprentissage de la vie de bivouac qu'elle allait suivre : elle s'enveloppa d'un manteau, se coucha sur la terre , et s'endormit bientôt aussi profondément que si elle avait été aux Tuileries.

Elle se réveilla glacée, et même parut un instant assez gravement indisposée pour alarmer ses compagnons de voyage. On avait découvert à peu de distance une espèce de cabane ou d'abri destiné à servir quelquefois de retraite aux bergers pendant les orages; la Duchesse s'y rendit , et attendit avec ses amis, près d'un feu de bruyère et de branches sèches qu'on avait allumé , le retour de M. de B...1, un de ses compagnons, mais habitant du pays , qui avait été chercher une voiture , pendant que Madame reposait.

Quand il revint il faisait grand jour, et le cabriolet qu'il amenait ne pouvait contenir que trois personnes 9 lui compris : on futtrèssurprb4e le voir arriver par un chemin passa-

ET Madame. i5t

ble^ que Tobscarité de la nuit avait empêché de reconnaître; c*e6ttoujours ce qui arrive dansées sortes de circonstances. La Duchesse |r monta avec M. de Mcsnard. Dans le trajet qu^elle devait taire pour arriver à r&abitation de M . B. . .1 , qui lui offiail momentanément un asile , elle devait s'arrêter ches un légitimiste, duquel elle attendait des renseignemens ; elle en informa M. B...1 y qai lui apprit que malheureusement il était absent ; mais que son frère demeurait à peu de distance , et se trouvait en ce moment chez lui. <c Eh! pour celui-là , ajouta-t-il , » c'est fort di£Férent , car il a des opinions po- » litiques tout-à-fait opposées : du reste, c'est un » brave et honaéte homme , et il pourra être » plus utile à Madanie que son frère. » *

— <f C'est bien , répondit la Duchesse , 3» vous allez me conduire chez lui. »

Ses compagnons firent un mouvement de surprise.

— « Messieurs, *< dit-elle de ciette voix qu'elle prend quand sa décision est bien arrêtée , en se retournant vers eux, et sans leur laisser le temps de parler , « il faut nous séparer , il j

x52 LA y£NDË£

» a moins de danger pour chacun de nous iti^ » dividuellement » que pour nous tous en com- » pagnie , vous me retrouverez chez M. de » B. ..1 , à Y.. . Adieu. »

Peu après 9 Madaîne arrive chez le frère du légitimiste absent; et est introduite au salon. Elle le fait prévenir qu'une dame demande à lui parler en particulier. Il ne se fait pas attendre. La Duchesse va droit à lui : — « Mon- » sieur ^ vous êtes républicain , je le sais ; mais » pour une proscrite il n'y a pas d'opinion : » Je suis la duchesse de Serry.,,.. »

La princesse ne s'était pas trompée; il était impossible de recevoir un meilleur accueil, et de trouver un homme plus obligeant et plus discret. Madame a depuis souvent parlé de lui avec reconnaissance, et lui , de son côté , sans abjurer ses opinions, est devenu le plus enthousiaste admirateur de la Duchesse.

Marie-Caroline passa le reste de la journée ^dans un bourg , où elle revit plusieurs de ses compagnons; deux seulement purent ràccomipagner. M. de B...1, son infatigable conducteur ayant pu se procurer un char-à-bancs à

ET MADAME. i55

quatre places , y compris la sienne , la Duchesse y monta avec M. de Mesnard et un de ses plus dévoués amis y M. de B...c. '

Cette fois , M. de B...1 conduisait la princesse danssafamille, ou ellearriy^a après avoir voyagé toute la nuit , et éprouvé un accident qui pouvait être fatal.

Dans une descente longue et rapide, bornée d^un côté par des rochers, et de Tautre par des précipices , le cheval s'emporta et devint ingouvernable. Le crépuscule paraissait à peine , et la construction de la voitm^e qui avait un soufflet sur le devant , ne permettant pas à MM. de Mesnard et B...C, assis derrière, de voir Madame; dans une violente secousse ils virent tomber quelque chose d^assez volumineux, et regardant derrière, au moment où le cheval emporté les éloignait le plus rapidement de l'objet, ils crurent que c'était la Du-

' Note. Le lecteur est prévenu que , ne pouvant nommer les personnes y les lettres par lesqudles je les désigne, ne sont ni les initiales de leurs noms, ni des nom suppor ses qu'ils ont pu prendie en accompagnant la Duchesse dans son voyage.

chesse étendue sans mouvement !... II était malheureusement aussi impossible de s'arrêter que de lui porter du secours. Les accidens de la route , et les chocs de la voiture contre les rochers, finirent par y briser quelque chose ; le marche-pied en fer se trouva en contact avec la roue et fit une espèce d'enrayage qui ralentit la course du cheval, et finit par l'arrêter; alors les compagnons de voyage de Madame étant descendus, purent se couvain-cre qu'elle était très-tranquille , n'ayant pas dit un mot , lors de la perte de son manteau , dont la chute leur avait cai^é tant d'inquiétude , d'autant plus qu'elle avait montré un sangfroid imperturbable dans le danger imminent et réel qu'elle avait couru , retenue par la crainte de troubler son conducteur dans les efforts qu'il faisait pour diriger son cheval.

Il fallut de nouveau mareher à pied jusqu'à une forge , où la voiture fut raccommodée ; et le jour même, la Duchesse était reçue dans la famille de M. de B. J.

Accueillie dans cette Maison avec des preu-

ET MADAME. i5â

Tes non équivoques de respect et du plus entier dévouement , la Pk^inc^sse pouvait en toute décurité y prendre un peu de repos ; mais ce n'étaitnuUementses intentions. Réunieàplusieurs de s^ compagnons qui s'y étaient rendus , elle déclara de la manière la plus positive qu'elle voulait aller dans l'Ouest: «Si je sortais de » France, disait-«lle, sans aller dans la Yen*- » dée , ces braves populations qui ont donné » tant de preuves de dévouement à ma famillct » ne me le pardonneraient jamais, et je met » riterais plus que mes parens les reproches » qui leur ont été faits tant de £ois ; puisque » je leur ai promis, il y a quatre ans, de venii* » au milieu d'eux , en cas de malheur , et que » dé^a, je suis en France ^ non» je n'en sortirai » jamais, sans tenir ma promesse : il faut s'oc-

)^ci]qper sans délai de mon départ. »

Les amis de la Duchesse, fpai en applau* disaant à son courage , ne lui dissimulèrent pas les dangers qu elle avait à courir. « Dieu » et saille Anne m'aideront , dit'^lle : j'ai » passé une bonne nuit , je suis reposée , et je » veux .p^ir ce soir... i>

i56 LA VENDÉE

Ho moment o& le départ fat irrérocable-' menl fixé* M. le marquis de B...!, qui était ▼enu rejoindre la Duchesse et qui connaissait le pays , en fit tous les préparati& avec le plus grand secret , même pour les personnes qui devaient y concourir. II se procura d^ois une ▼ille voisine une calèche de voyage , qui devait attendre à une certaine distance de Thabitation , dans la nuit , à une heure donnée , et à on endroit convenu. Elle ne pouvait offrir que trois places. Pour Madame, M. de

Mesnard et M. de Y e. Ce dernier, parent

de M. le marquis de B....t, avait été choisi pour accompagner la princesse , parce que son caractère prudent et son nom vénéré dans le pays était le plus propre à écarter tout soupçon. Comme il devait voyager pour raison de santé , il se trouvait déjà muni d'un passeport pour lui , son épouse et un domestique. Il fîit convenu que la Duchesse passerait pour sa femme , et que M. de L...e plus. jeune, plus leste et propre à jouer, selon l'occasion, plusieurs rôles dans le voyage , commencerait par celui de domestique d'abord , et monte*

rail sur le siège du cocher , en redingote de

livrée.

Marie Caroline se vit encore obligée de se séparer de ceux de ses amis qui avaient pu la rejoindre , pour lesquels elle avait reconnaissance et a£Fectîon. Elle leur assigna rendezvous dans rOuest , leur donna sa main à baiser et prit congé d'eux.

■ Elle pat apprécier la aolidité de ces moQu>^

• mens de carton, qu'on a la furenr d'élcTereu

• France sur le passage des princes et des rois...

• La réalité de cesenthoasianmes de commande,

• expédiés par la malle-poste^ et dont la durée » peut se comparer à celle du bouquet d'artifice,

• obligé des réjouissances, qui éclate y éblouit^et

• s'éteint. »

On a TU dans le chapitre précédent que M.

le M. de B...t avait été chargé de tous les préparatifs du départ, et que, par ses soins, une calèche devait attendre les voyageurs dans la nuit , à une heure donnée et à un endroit convenu.

A la nuit, la Duchesse, accompagnée de M.

de Mesnard et de M. de B...1 , qui, connaissant parfaitement le pays , devait la conduire au rendez-vous de la calèche , où elle se rendit à pied , le trajet n'étant pas bien long. Elle fut obligée de traverser des passages très-diffi-

ET MADAME. i5g

cileS) au milieu des rochers et des broussailles, où elle perdit son schall.

MM. de B....t. et de V c arrivaient en

même temps au rendes-vous , avec la calèche de Toyage , attelée de chevaux de maître. C'était la nuit du jeudi au vendredi 4 mai , M. de B...t se fit reconnaître par un mot d'ordre convenu de M. de L....e9 qui, en redingote de livrée et s'exerçant déjà dans son emploi de domestique , attendait en éclaireur sur la rou-

te; alor^ la Duchesse et ses amis sortirent suc-

cessivement des rochers où ils s'étaient tenus cachés, ce qui causa au cocher, qui n'^était pas dans le secret, une frayeur assez comique.

La nuit était calme et silencieuse. Après les derniers adieux et au moment où la princesse se préparait à quitter ses amis, et à monter en calèche, on remarqua, malgré l'obscurité,, un gendarme à cheval arrêté à peu de distance sur la route, et soudain on entendit un grand brmt de chevaux, tel à peu près que celui d'un peloton de cavalerie au trot; yin pareil bruit à cette heure , un gendarme arrêté à peu de distance pouvaient paraître fort extraordinaires :

i6o LA' VENDÉE

le bruit augmentait rapidement, on apercevait les étincelles qui jaillissaient sous les pieds des cheyaux : enfin , on reconnut que c'était une douzaine de chevaux de poste conduits par trois postillons , et ramenés au rélais d'où ils étaient partis.

Voyant une voiture arrêtée sur la route, ils offrirent leurs services. M. le marquis de B...t leur répondit en patois provençal, et ils continuèrent leur route.

La Duchesse monta alors en calèche avec M. de Mesnard et M. de V...e. M. de L....e, dans son nouveau costume , se plaça sur le siège , à côté du cocher.

Cependant M. de B...t, inquiet de Fapparition du gendarme qu'on avait remarqué un moment auparavant ; suivait la voiture à pied, poussé par la curiosité et par la crainte de quelque événement fâcheux.

A peine fut-elle en mouvement, qu'il entendit le bruit d'un cheval, et aperçut prèsque en même ttmps le gendarme arrivant au trot : s'approchant alors de la calèche , il dit à demi voix : « Madame , voilà le gendarme ,

ET MADAME. i6t

» que Dieu vous protège. r> En \effetf en re^ gardant par la glace de derrière , on vit le gendarme près de la voiture , et paraissant régler son allure sur celle des chevaux pour la suivre. Ce gendarme donna et devait donner des inquiétudes. Il avait sans doute remarqué la . voiture arrêtée et toutes les circonstances de ce départ mystérieux ; des gens qui^ à minuit» ^ dans un endroit isolé, débusquent d^un bcMS, à un signal convenu , et y entrent ensuite , devaient donner d'étranges soupçons. On pouvait croire que ce gendarme étant seul, se bornait à observer la voiture , mais qu*il ne manquerait pas de donner Téveil h la pre-

I mière brigade de gendarmerie qui se montre*

1 rait sur la route.

Pendant ce temps, le maréchal de B......t

était monté derrière la calèche ; à une certaine distance , il en descendit pour attendre sur la route le retour du cocher qui devait revenir avec le*-chevaux , après avoir conduit la voiture jusqu'au premier relai. Son inquiétude était extrême, mais elle se dissipa quand le cocher, en revenant, lui annonça que les

i69 UL VENDÉE

voyageurs avaient heureusement continué leur route.

Arrivé à la poste où on devait prendre des chevaux , l'étrange garde-du-corps qui suivait la Duchesse , et qui n'était nullement fadtpour la rassurer , avait disparu ; on s'attendait à le voir revenir avec sa brigade. Après quelques débats avec le maître de poste , qui causèrent un peu de retard ^ on se remit en voyage avec^ deux chevaux. A peine sur la route , on entend un <heval trotter derrière , et Ton revoit le malencontreux gendarme à trois pas de distance.

Oh ! pour le coup, il n'y a plus de doute , disent les voyageurs , ce gendarme nous suit ^ il n'y avait sûrement pas de brigade à la der^ nière poste , mais k la prochaine , nos passeports seront scrupuleusement visités, les signalemens vérifiés , et Dieu nous soit en aide.

A quelques pas de la poste , le gendarme abandonna la voiture et on ne le revit plus.

« Ou c'est un fier nigaud qui ne sait pas son » affaire , dit la Duchesse , ou c'est un com- >» père pas mal avisé , qui , si je réussis, a dans

ET MADAME. tgS

» sa poche son brevet d'officier et quelques cen- » taines de loms pour s'équiper. En tous cas , » il pourra se vanter de nous avoir fait grand » peur; je n'en disais rien, mais j'avais une » fameuse veneUe. »

Si ce gendarme avait été un açisécompère^ et qu'il eut reconnu la Duchesse , cm seulement soupçonné qui elle était , il eût tiré parti de sa découverte ; c'était tout simplement un ¥ugaud^ comme dAe l'avait très-bien jugé, qui, peut-être, n'avait pas demandé les passeports parce qu'il ne savait pas hre.

Marie-Caroline était bien bonne de lui destiner un brevet d'officier , bien généreuse de loi promettre qudques centaines de louis pour s'équiper, quand il n'avait réellement -d'autres ^broits à ses bontés que de lui avoir donné une fumeuse veneOe.

Le4fli^9 1^ Duchesse continua sa route sur Toulouse, par Nîmes, Montpellier, Narbonne, Carcassone , allant nuit et jour, et ne s'arrâtant que le matin 4e iMmne heure pour d^eunèr , faire sa toilotte et donner le temps de graisser la voiture.

i64 LÀ VENDÉE

En changeant de chevaux à Lunel, Madame

dit : «Si ce bon M. D , qui m'a envoyé

» une caisse de vin en Italie , savait que je » suis si près de lui , il serait aussi content que » surpris , mais il ne faut pas faire dimpru- » dence. *

En passant dans ces villes du Midi , ou i quatre ans auparavant , la Duchesse avait été si bien accueillie , et Tobjet de tant d'hommages qu*elle avait pu croire si purs et 9i dé*sintéressés, ses souvenirs se pressèrent en foule , plus d'un soupir lui échappa , et quelquefois une larme vint briller dans ses yeux.

Marie-Caroline put apprécier la solidité de ces monumens de carton , qu'on a la manie d'élever en France sur le passage des princes et des rois ; la richesse et le bonheur de ces populations, toujours présentées au comble de la félicité dails les harangues administratives, et en réalité couverte de haillons et assiégée par tous les besoins ; la valeur et la portée de ces phrases laudatives et sonores, insérées dans le journal de la Préfecture , enr^strées dans le Moniteur » et paraphrasées à tant la

ET MADAME. i65

page , dans les bons journaux de la capitale i la réalité de ces enthousiasmes de commande, expédiés par la malle-poste , et dont la durée peut se comparer à celle du bouquet d'artifice obligé de ces réjouissances, qui éclate, â>louit un instant , et s'éteint.

La duchesse de Berry arrira à Toulouse le 5 mai, à sept heures et demie du soir, dans sa calèche découverte, et sans aucun déguise-» ment qui pût empêcher ceux qui Tavaient vue précédemment, de la reconnaître.

La voiture s'arrêta devant la poste aux chevaux , et fut à l'instant entourée de curieux et de désœuvrés , commie : cela, est assez l'usage en province*

Au ncMEnbre des curieux se trouvait un< inconnu d'une mise plus soignée , dont les regards restaient constamment attachés sur la Princesse, avec une expression toute particulière qui pouvait faire, croire qu'il l'avait reconnue. La.DucHèase feignait de d(»*mir, sans perdre de vue cette investigation obstinée.

Madame dit à M. de L.. ..e , qui était sur le siège ^ Pendant qu'on changera les<!bevaux,

i66 LA VRNDÉE

VOUS ire» m'aelieter un chapeau qui me couvre daTantage la figure. Al6rs TiBCCmiio , quct je nomihienrai M. J. ^ suivk M« de L...e jw-* qu'eau magasin de niodes^ où il entra avec lui, et Tëclat deil lumières lui fit auasitât recopnaA-* tre M. de L...e, maigre. sou dëguissinteni. Il attendit qu*il eût fiatit son emplette y et «ortant avec lui « il Im dh : Madame la Ducliesae est là? Ou VeutHelle allet-? --- Dans laYefadée. ~ La Vendée regorge de troupes » elle iie prévoit donc pas les dangers ipui Vj attendent p Les provinces qu'elle traverse en ce moment offrent des flianccs plus favûraUeé au stsccès de la cause dé son lîb : Madame peut rester à Tou^ louse en toute sûreté : dans un moment j'aurai pourvu à tout : il dut afasoldmeilt que je lui parle. -**

Eii bieû i parlez à Madame. *^

M. J. né pensa pasifn'il fiait prudent d-avoit* ^n Ce moknent un entretien avec la Princesse ^ devant la poste , où latalèdiev âmétiée depws une denù-heure > aVak pu étoe nxnàrq«|ée«t éveiller Talibention de la pôfîce.

. M. de LuM.e remit iediapeats k la Duchesse^

qui dit: tt Ces» trk^bienr^ pAttùM ytM ; «r puisi il remoBta dm le siégd d«i cocher, ^à M. J. sé plaça lestement à c6^éelvA. '

La surpiige: 4e 1« Ducbesdé fut eKttêwie etf voyant à c6té àe VI. àê L^,^ ce Kiénie èé^ connu qui Tarait tant exainiaée ^ avec me expressîc» de curiosité si marqueta

Hors des banièreide k ville , la DiiefaeMe le rit se pencher vers elle pour hit parler kiSy afin de n'être pas entendu dx$ posliUon< ElUe le recQUnutf et dit : « Ah ! c'est vous l Je sub tranquille : c omm e al se fait^ que vous nous ayez rencontrés ? La ProviddMto vous envoie^ car }*avaâs besoin de vous voir. J'ai petdu queiquesMbesses en débarquant ^ donnea^-vioi ceBe de.* * cislle de.. . etc. »

Ayant satisfiait à toutes ses djemandes*, M^ i. lut< représenta tous les» dangers- qui Fatten^ daient dans la Vendée.. U employa ks iailson-«> netnens le» plue concluant potir la dtsstfador d'y aller et la déterminer s rester à Toulouse^ où elle trouverait repos et sûreté. <« Ne cra»* piBt rieny dit la Duchesse^ il ne peut rien m'sfrriver die fâcheux dans k Yeadée ; elle estt

i68 LA VENDÉE

dites-vous, sillonné^ de. soldats: eh bien!

tant mieux : je connais bon nombre de. ceux qui étaient dans la garde ; ils me connaissent aussi, et ne tireront pas sur moi. Je ne suis pas venue en France, pour y porter la guerre civile y mais pour la préserver de la honte d'une ihvasion étrangère. Je veux aller visiter mes fidèles Vendéens , je lé leur ai promis ; si des circonstances, que je suis bien loin de prévoir, me forçaient de m'en éloigner, vous viendrez me chercher, et je retournerai dans vos pays; car, à présent que je suis en France, on aura bien de la peine à m'en faire sortir. »

La Duchesse s'était animée en parlant , et les derniers mots , surtout , furent prononcqs d*un ton qui annonçait une résolution bien arrêtée. Elle ajouta ensuite qu'elle s'était fait annoncer dans TOuest , qu'elle y avait donné rendez-vous , qu'elle en avait informé ses amis de Paris. Le Toulousain , voyant qu'il était inutile d'insister, prit congé d'elle, et partit bientôt après pour lui ofïrir ses, services. —

Marie-Caroline ne s'arrêta donc à Toulouse qu'une demi-heure à peu^près , mais elle . y

avait été vue ; son passage dans cette ville avait été connu; et comme oh aime à rire h Toulouse , il n'en fallut pas davantage pour donner l'idée de mystifier une vieille demoiselle légitimiste et très-bayarde. ( Les vieilles demoiselles sont exposées à bien des mystifications. ) On lui dit donc que Madame était à Toulouse, qu'elle recevait et adressait des invitations aux sommités légitimistes ^ cette bonne demoiselle, d'après sa position sociale et l'exaltation de son dévouement, s'attend si bien à une invitation' , qu'elle fait préparer une brillante toilette , ou les couleurs légitimistes sont seules admises : elle attend une heure , deux heures.... l'invitation n^arrive pas : alors n'y tenant plus , regardant comme une humiliation affreuse l'oubli dont elle se croit l'objet, elle se rend sur la promenade la plus fréquentée de la ville, arrête publiquement les personnes de sa connaissance , et les fait juges de ses ^iefs contre la duchesse de Berry , qui , disait-^elle , << connaissant son dévouement h. » la cause , passe à Toulouse , y reçoit , et ne » Tinvite pas à sa réception. »

En viiltwt Toula me , h DneheMe pim?

par Voi9Mt el Age» ^ ou elle ^«ilta la raole 4e Bordeaux powr wivse celte de YiUe- M»v¥^*A9efi,fieFe9isiC5^te.«-Foyt Liboome «t Blaye , d'oà elle se dirigea vers un cbâteau ^Hii« dws l'aoeieoiie pro^wcede^aîntcnge, 9n?v^^nai9lt an «oarquis de I>...e, qui n'éuit mUlemeut prévenu ôb I9 TÎsite qu^il allait recevoir , mais intime ami de M. de L...e qai connaissait son déTOoement» et en rqpondait C'était dans ce châteaia que |e ne pois nommer m trop po$itîveinenl; désigner , mais qui se l^owre à peu pris à mi-cheniitt de la route de Blaye h Stuntes r que la Bi^ebesse Toulait avertir de son arrivée ses amis de Paria ^ confiner arec quelques che£» vendéen» qui de^ vaient s'y rendre, et laneer ses pi^eniières proclamations da9s la Vendée.

En passant devant le châteaA d'un parent dumaïquis d^ D..^> qui n'était séparé de la route que par la rivière sur laquelle il y avait un tac , M. die V.^e proposa à Madame de s'arrêter, pour s'in&rmer si le marquis de D...e était eH ce moquent che» ML

Us mirant pied à tecre , passàrent le bac , et fa voiture fut jusqu'à la porte arec M. de L...e, seul.

M. V...e présenta la I>uehesse à fies bâtes, comme son épouse \ ce dont pensonnc ne douta;

On offrit un déjeuner qui fut accepté , on proposa d'aller , pendant qu'on le préparait , à la messe de la paroisse (c^était un dimaa- ^ ). dfadame ne crut pas devoir refuser , et se rendit à Téglise avec ses hâtas et leur £)tmille, à pied et trayersant la foule. La Duchesse

^it accablée de fatigue eijachaleur était étouffante ; eUe dos^nit profioudément pendant que le curé prêchait très longueraçnt; réveillée cepepd^nA par le bruit quiaccom^^agne toujours 1^ $n d'un sermon, elle joignis fiea prières à ceUe3 de l'^^se ,. excepbé peutrétre au Bih mine sqlçmnfw Iîi44(^wum-Philippum • sur lequel elle n'avait pas compté , et qu'elle en-

llejpid^t ponu* la pr^mièrç fois.

O^ i^oopa une voibire aux voyageurs pour

rejoindre la calèche qui attendiût à la porte ^

^t à pfi^ heures du gfiix % te 7 mai , la Du-^

17a lA VENDÉE

chesse arriyait devant la grflle du château de.. . où elle derait s'arrêter. M. de L...e descendit du siège et sonna en homme qui ne veut pas attendre. La vigueur du coup , l'heiôe à laquelle il i^ésonnait , attirèrent le maître en personne. — C'est moi, dit M. de L...e, en Tapercevant ; ouvrez vite. .. je t'amène madame la duchesse de Berrj. — Le maître de la maison fit un bond en arrière.

— Madame la duchesse de Berry , dît-il stupé£atit j Madame 1...

— Oui y elle-même : ouvre.

— Mais tu ne sais donc pas que j*ai vingt perscmnes chez moi, que ces vingt personnes sont à l'heure qu'il est au salon et...

— Monsieur, dit alors la duchesse de Berry, se penchant hors de la calèche , est-ce que vous n'avez pas , de par le monde , une cousine qui demeure à cinquante lieues d'ici...

— • Si , Madame.

— Eh bien ! alors , ouvrez-moi et présentezmoi à vos vingt personnes , sous le nom de votre cousine.

Il n'y avait rien à répondre à cela; aussi ,

le maître de la maison , qui n'avait fait toutes ces observations que dans Tintérét de la Duchesse, ouvrit-il aussitôt la grille. Madame descendit de voiture , passa son bras sous celui de son hôte, et s'achemina vers la maison.

Cependant , tandis que le propriétaire du château était allé ouvrir, les personnes qui se trouvaient au salon, voyant Tabsence du maître , s'étaient retirées dans leurs appartemens.

La Duchesse entra dans le salon accompagnée de M. de Mesnards, M. deV ..^ et de M. de L....e qui, devant y jouer un autre rôle que sur le siège , avait quitté promptement sa redingote de livrée ; elle n'y trouva que la maitresse delà maison et deux ou trois personnes. La Duchesse et M. de L....e, admis en possession de son nouvel emploi , furent présentés sous le nom de M. et madame de la Myre, nom supposé de la cousine de cinquante lieues.

M. de y...c repartit immédiatement pour la Provence.

Le lendemain Madame descendit au déjeuner , subit sa seconde présentation toujours

174 I«A l^EMDÉE

sooA le nom de madame de la Mjre , et yMur aon rôle de coiuioe si natwdlemeiit , qa'il ne s'élera sur elle ancmt doute : le hasafd aTait tsdt qu'aucune des persomes prâentea an château ne connabsaît la Dudieose.

Le dûoaocbe amyant, le cuné de la petite commune de S..., de Tég^ise duquel relevait le château^ ¥mt comme d'habitude diéjeuner chez 9on paroissieQ , qui lui jmésenfta Madame comme il Tairait fait pour sef aniras hâtes , sous le nom de cousine. Le cnré s'aTânça ▼ers la Duchesse pour la saluer , et s'arrêta au milieu de aa salutation avec un air de riupéfiEiction si prononcé , que la Duchesse ne put s'empêcher d'édater de rire.

Le brave homme avait lui-même été présenté à la duchesse de Berry , qu il avait comj^imentee lors de son arrivée k Bochefioart , en i8a8 , et il venait de b reconn^tare. -^Qn'y a-t-ii donc dans la figure de ma cousine qui vous impressionne à ce point, M. la curé? lui dit le châtelain. — Il y a , dit le cuné en halbntîaot, que madame votre.*.. cousine.... oh! mais c'est âonnant !

£f mOAME. 175

^Mai^ anfifi qu'y art-il d'^tooiuiiil? dk la Doche&sie^ i)uii9*amusait beaucoup dererobarras 4vL bon prêtre,

'^ {1 y a(que..« votre Ait^sAC Royale ressemble k la eou$îne de Moosîear, e'est^-à-'dire que la ccmswe de Monsieur ressemble 3t votre Altesse l^jah... le fait est qae je tous ai prise pour... «t que ffitainteaMEit leneore je {«rerais.... La Ducbcdse riait «omme ooe fislfe; on sonna le déjeumr.

M adai»e se trouva placée eu £aice du cure « ^i coMtamiDe&t préoccupé de son idée fixe, ottbliail; de manger en la regardant , ou qui , si ^n lui faisait remarquer sa distraction, portait machinalement la fourchette à sa bouihe et la reposait aussitôt sur son astâette en disant i t^ C'est incroyable... jamais on n'a tu^ ressemblance pareille;

La Dnchesse, toujours enjouée au mffîeu des< fkoB importantes occopatioas, n'arait pas^ perdu de vue un seul instant ses espérances^ et ses projets. Elle passa neuf jours dasu ce château saas être inquiétée ni reconnue, à mmm qu'elle ne l'eût été par le curé dont la

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