LA VENDIS
discrétion devait la rassurer complètement r mais dès le lendemain de son arrivée , elle s'était occupée de rétablir avec PÔuest lies communications interrompues par les évéïre* mens de Marseille, et un envoyé sur partaft pour la Vendée avec trois lettres ou billets.
Le premier, adressé à l'un des principaux chefs vendéens, contenait ce qui suit : «c Mal^ » gré l'échec que nous venons d'éprouver , je » suis loin de regarder ma cause comme pei^- » due.> J'ai toi^ours la même confiance dans «notre bon droit. Mon intention est qu'on » plaide incessamment ; j'engage donc mes 3» avocats à se tenir prêts à plaider.^ au pre- » mier jour, y»
Par le second billet, elle prévenait un Vendéen de son arrivée dans le pays qu'il commandait et le chargeait de lui trouver un asile.. Enfin' le troisième billet» empreint d'un laconisme quia toujours distingué les hommes extraordinaires » et surtout le héros de notre siècle, était ainsi conçu: .
. te On vous dira où je suis*; venez sans' pern dre un moment; pas un mot à qui que ce » soit. »
Après trente heures de marche, celui que la Duchesse avait appelé se trouvait avec son guide en présence de la Princesse. Un despremiers soins de Madame fut de demander des. nouvelles du maréchal de Bourmont. Elle n'avait pas entendu parler de lui depuis leur séparation à
Elle fut vivement contrariée d'apprendre qu'il n'était pas à Nantes, et que personne ne connaissait ni sa retraite i^i.la route qu'il avait .pu suivre. En effet, M. de. JBiQurmont était l'âme de l'entreprise. Son absence ionisait au soulèvement, diminuait la confifmce.du Sioldat et.de l'ofi&cier, et pouvait faire renaître pactiti les chefs ces rivalités ambitieuses si, ffitalesa^ parti dans les premières guerres de la .Vendéfi,
Ces reflétons et celles qui qaissaienf ;de l'e^xpié^it^Qn manquée de Marseille , parurent Cadre, que vive impression sur le^prit dp \d^ Duchesse , Ixx^^ ne rébranlèran,t pas dans sa {ip^^mière .résolution. E|le demanda, seu^eipent à. celui quelle avait ^it venir, le. remède ?i,u mal qu'il avait signalé. . . . «
^t.f< Puisque Ma^arae^ répondit cehfi-cit ^ dé-
17^ lia YEIQ»fiË
clare tfu'eVe a brûlé $€$ wdsseaua^ ^ qa'dle est déddëe a y^nir dans la Vendée oà efie eiA s^tendue j d^, ye lui cons^enUerais de qui!-' ter ce châtciau le plu» promptemeût «€ \t plu^ seorètemeiït possible. On pecrt dans^ quaraataf^hiul heores réunir auprès de Madame les principaux chefs des deui rives d« la Loire; Madame leur ferait connaiître ses intentions , et j^endraît an milieu d'eux Sd dermire déterDninalion.
— « J*ftp{»*onve cette idée , répli<|tta vivement Madame. Demain vous partirez pour NaMes^, je vous suivrai à vmgt-quâtre heures d'iniervalle , et k lendemain de moa> arri-»
vée, je^ tiendrai conseil avec les chefsr que vou$ àwfesB prévenus. *
Le lendemain la Duchesse avait changé d'arfis et rettoncé à l'idée et conférei^ avec les <rhèfi5 , soif qu'elle partageât l'opîniort de ce général qui ne consultait son conseil que \ot^ qu'il ne voufait pas livrer bataâle ; soft qu'êHè crût ne pouvoir différer d'un four l'cxéeu^ tion de ses projets ; étant informée d^aiHetirs de la^ situalSoA des troupes, divisées en petits
ET HADAiiE. 179
déta€he9M»S| OÙ il était facile ^lefrâurprendre et de les désarmer ; elle déclara que si l'absence du maréchal était un contre-temps des plus fâcheux^ elle était sâré qu'il arri^e-^ rait ayant qu'on eût tiré le pi^emiel: coup de fu6il f éi que selon toute (Nrobabîtité il étiiit à Nantes au moment oà elle parlait.
«D'ailleurs, ajouta-f^elle, on me Ta dit cent fois ; Mut soidèvement dans votre pays doit aToir lieu dans la première quinzaine de mai; pour disposer plus facilement les habitans des campagnes , qui sont plus tard occupés de leurs trayaux ; déyà nous sommes en retani :
quant atix chefs, je ne vois pas la nécessité de lés «onrbquer. Je connais leurs opiniow « par les rapports qu'âti m'ont adressés. Ils étaient prêts avant les éyàiiemens de Màr-> seille , ils doÎTent Tétre encore.
» Si nous avofels tous été trompés datas oolre attente sur ce ^(ûit , il s'en faut de beaucucqi que le mal soit irréparaUe. Nos amisdciMan^ seille sont furieux contre eux-mêmes , et ne. demandent qu'à prendre leur revanche.
i8o LA TëNDËE
y> Je vais donc faire connaître mes inten^ fions à toute la France. »
V Confoimëment à cette déclaration , la Duchesse écrivit à Nantes et dans différentes directions de r Ouest; elle prévint ses amis du Midi de Tétat des choses dans la Vendée, en les engageant à ne point perdre espoir et à se conformer aux instructions qu'ils recevraient incessamment. La Dudbesse leur rendait , en même temps , compte du voyage heureux , quoique pénible 9 qu'elle venait de faire. Elle écrivit aussi à Paris , aux principaux chefs légitimistes , pour leur donner avis de son arriyéë prochaine dans la Vendée , ajoutant qu'elle leur ferait connaître sous peu les dispositions qu'elle avait Tinténtion de prendre.
Cette lettre , que nous ne reproduisons pas textuellement, était à peu près conçue dans les mêmes termes que celle qu'elle adressait au marquis de Coislin , à la date du 1 5 mai , et dont là teneur suit ' :
' Saisie à la Ghasliére
ET MADAME. i8i
« Qne mes ainis se rassurent, je suis en France^ et bientôt dans la Vendée ; c'est de là que vous parviendront mes ordres définitifs ; vous les recevreB avant le 25 de ce mois. Préparez-vous donc, il n'y a eu qu'une méprise et une erreur, dans le Midi;yis suis satisfaite de ses dispositions y il tiendra ses promesses. Mes fidèles provinces de TOuest ne manquent jamais aux leurs ; dans peu toute la France sera appelée à reprendre son ancienne dignité et son ancien bonheur.
i5 mai i853.
A celte lettre était jointe une note contenant les noms de convention sous lesquels devaient se cacher et correspondre les conspirateurs.
La. voici : .
Guibourg — ( Pascal).
Le Maréchal — ( Laurent ) .
Madame — ( Mathurine ).
Maquillé — ( Bertrand ) . Terrien — ( Cœur-^e^Lion ).
* \a, signature de cette leUre était en abrégé.
i8î LA VENDÉE
Clouët — ( Saint-Amand).
Charles — (Antoine).
Gadoudal — ( Bras^de-Fer).
Catbelineau — [Le Jeune ou AckiUe).
Charette -*- ( Gaspard ).
Hébert — ( Doisseçille ).
D' Audchamp — ( Marchand ).
De Coislin — ( Louis^ReMoid ).
Le même jour elle faisait répandre , à plusieurs centaines d^ exemplaires, la proclamation suivante, imprimée à Taide d'une presse portative.
Proclamation de Madame , Duchesse de Berry^ Begente de France,
« Vendéens, Bretons, vous tous habitans des fidèles provinces de l'Ouest,
» Ayant abordé dans le Midi, je n'ai pas craint de traverser la France , au milieu des dangers, pour accomplir une promesse sacrée, celle de venir parmi mes braves amis, et partager leurs périls et leurs travaux.
» Je suis enfin parmi ce peuple de héros :
ouçrez à la fortuné de la France ; je me place
ET MADAME. i85
à votre tête» sArc de vaincre avec de pareils homities.
» Henri y vous appelle; sa mère, Rëgente de France , se voue à votre bonheur. Un jour Henri Y sera votre frère d*armes, si Tennemi menaçait nos fidèles pays.
Répétons notre ancien et notre nouveau cri:
Vive le Roi. Vive Henri V*
Mabie Gaboline.
» IropriiDerifr-Rojfa1« d'Heori V.»
Cependant Madame se trompait complètement , non-seulement sur les dispositions , mais encore sur Tesprit de VOuest : elle comparait ces provinces à celles du Midi, qu'une proclamation soulève, et qu'un échec abat.
La Vendée est grave , froide et silencieuse ; tout projet se discute lentement et laborieusement parmi ses enfans; toutes chances de succès ou de revers sont tour à tour exposées; puis, lorsque les chances de succès paraissent l'emporter sur les autres, la Vendée tend la main, dit oui, et meurt, s'il le faut, pour ac-
i84 LA VEINDÉE
complir sa promesse. Mais , comme elle sait que oui et non sont pour elle des paroles de vie ou de mort, die est lente à prononcer ces paroles.
Aussi, lorsque^ conformément à ce qu'elle leur disait dans sa lettre du i5 mai, la Duchesse eût fait parvenir aux chefis Vendéens Tordre de prendre les armes le 24, elle reçut même des plus dévoués des réponses auxquelles elle était loin de s'attendre. Sur les douze chefs qui devaient commander les douze divisions, dont Charette était le général, sept protestèrent au nom de leurs hommes, les renvoyèrent chez eux, et déclarèrent qu'en toute circonstance et personnellement leur sang était prêt à couler pour elle ; mais qu'ils ne voulaient pas prendre devant Dieu et devant les hommes la terrible responsabilité d'entraîner leurs paysans dans une entreprise qui ne pouvait être qu'une sanglante échafFourée, puisque la Vendée, réduite à ses propres forces, n'avait d'antre espérance que de prolonger la guerre civile dans quatre ou cinq départemens, sans pouvoir la communiquer
ET MADAME. i85
au reste de la France. Ceux qui se séparèrent ainsi de la cause de Madame, furent nommés PancaUiers^ du nom d'un chou du pays, qui pousse tout-à-<coup de trois ou quatre pieds, et qui avorte.
11 paraît que M. de Coislin lui-même» dont les promesses avaient contribué à attirer Madame dans la position où elle se trouvait, n'avait point, été plus influent que Charette sur les chefs soumis à ses ordres.
Prévenu des intentions et de l'arrivée de la Duchesse, il avait envoyé un« note qui parvint à la Princesse avant L'envoi des ordres pour la prise d'armes.. Cette note était ainsi coiiçue — ' :
« Les différents ordres qui ont été transmis au nom de Madame, dans les déparlemens de l'Ouest, prouvent que S. A.Royale a reçu, des émissaires qui ont été envoyés par elle, les rapports les plus (aux sur la véritable situation de ces départemens , et qu'ils ont dit à Madame absolument le contraire de ce qu'ils
^ Saisie à la Chasiicre.
étaient charges de lui dire. Il faut donc que quelqu*un, sur la franchise de qui l'on puisse compter, veuille bien se charger de porter à Madame la note vsuivante^ qui contient Texacte vérité sur la situation de l'Ouest.
» L'armement estloin d'être ce qu'il faudrait qu'il fiit pour soutenir avantageusement la guerre : il se compose de fusils jetés sur la côte par les Anglais pendant la première révolu^ tion, et à l'époque des cent-jours. Les derniers seuls sont en état de service ; mais une partie de ces armes est à peu près perdue^ faute de soins et par la nécessité où Ton a été de les cacher^ tant sous le ministère Decazes, que depuis la révolution de i83o. De plus, quelques-uns de ceux qui en avaient, les ont ven-< dues, soit pour en avoir le*prix, soit pour les changer contre des fusils de chasse. L'arme* ment actuel n'est donc composé que de vieux fusils anglais et d'un asses grand nombre de fusils de chasse, ce qui augmente beaucoup la difficulté de la distribution des cartoucbes, surtout pendant les affaires.
» La poudre manque encore bien plus que
ET MADABIË. ^87
fes fufiils; depuis la révolution de i83ooDne s'en est pracuré dans nos dëpartemens qu'avec la plus {grande peitie» et livre par livre.
» Les patrouilles et les visites domiciliaires ont nécessité de grandes précautions pouf que ces poudres ne fussent pas trouvées dans les maisons ; on les a cachées dans des arl;»res creux^ dans des barges de fagots» de foin, etc. L'humidité a causé des pertes bien fâcheuses, et il faut le dire franchement, parce que c'est la vérité, et qu il faut que Madame et son conseil le sachent ; dans la plupart des divisions H ne reste plus de quoi soutenir la guerre pendant quinze jours.
» Lorsque nous avons pris les armes en 1 8 i 5, nous étions dans la même position; mais alors nous comptions, et pouvions compter sm* Tassistance de TÂngleterre , maîtresse de la mer, tandis qu'aujourd'hui nous n'avons- rien a espérer. Tous les chefs connaissent cette position ; les propriétaires ftdèles et dévoués la connaissent aussi, et chacun sait que dans cet état nous ne pouvons agir avec quelque espoir de succès, qu'appuyés par les armées euro-
i8» LA VENDÉE
pëennes, qai, en attaquant la frontière de la France^ forceraient Philippe à retirer de nos départemens une partie des troupes de ligne qui s'y trouvent, et qui sont très-nombreuses; qu'il sera fort difficile déformer les premiiers rassemblements, qui alors seraient peu considérables, car nous savons tous que nos ennemis ayant toutes les ressources, dont nous sommes privés, il est impossible que les royalistes puissent seuls rétablir la légitimité. Chacun sent cette impossibilité, et si des ordres intempestif, auxquels nous obéirons cependant, nous forçaient à prendre les armes, nous îie réunirions auprès de nous que quelques-uns de ces hommes doués d'un courage surnaturel, et quelques autres parmi ceux qui n'ont rien à perdre ; tandis que , si nous ne les préûons qu'appuyés sur les armées étrangères, nos pays, nous pouvoiis le dire, se lèveront presque en masse, et présenteront une force formidable. Tout le monde étant aussi persuadé que la révolution est hors d'état de résister à une coalition de l'Europe, qu'on rest,que sans cette coalition, les royalistes ne peuvent rien.
Ce n'est que quand on nous verra cet* appui que les grandes villes se joindront à nous ; sans cela, elles seront contre» quel que soit Tesprît des habitans qui ne voudront pas se lancer dans une entreprise n'offrant aucune chance de succès.
» Que Madame ne se laisse donc pas éblouir par des paroles flatteuses , sans doute , mais dépourvues de possibilité ; qu'on ne cesse de répéter: tout pour la France ; rien si elle s'en rapporte à ses donneurs de conseils y et qu'elle nous fasse prendre les armes ; un mois après il n'y aura plus de Vendée; la dernière ressource de la monarchie sera anéantie , tous les chefs seront pris ou morts, et le pays entièrement dévasté. Si les cinquante mille hommes qui sont dans l'Ouest ne suffisaient pas pour cela , on en trouverait facilement un plus grand nombre si la guerre ne retenait pas l'armée aux frontières; il faut au con<^ traire qu'elle y apqpelle une partie des troupes qui nous sont opposées; cinquante mille hommes ne manquant ni d'armes ni de mu-
i^ lA VENDÉE
oitioiift sofit trop contre des hcmmies mao^ quant presque de tout
» Un jour viendra peut^^re, si dn ala patience d'attendre , où Ton pourra tout faire par la France; et rien par râraoger» ce qui serait sans doute beaucoup mieux ; mais ce jour n^est pas encore venu ; la misère do peuple cet hiver dans les villes peut hâter beaucoup cet instant; quelques efforts que fassent les villes , et les encouragemois , il leur sera impossible de fournir aux besoins de la classe ouvrière, maintenant sans ouvrage, suF*tOttt aux prix exborbitans auxquels se sont élevés les grains, par suite de la mauvaise récolte cette année. Ne vaut-il pas mieux laisser supporter i Philippe le poids de cette inévitable misère, que d'en charger Henri Y et la régence de Madame , en supposant qu on puisse opérer la restauration avant ou pendant l'hiver ?
» Rien ne peut désormais empêcher que cette misère n'ait lieu , et si la restauration ou une tentative de restauration n'avait pas lieu ou
n'avait pas été entreprise , on aurait pourvu à tous les besoins, tandis que dans le tas con*traire , nous pourrions aussi noua y et avec bien plus de raison y dire aux ouvriers sans ouvrage , aux marchands qui ne vendent rien , aux banqueroutiers* etc, qu^ c'est à la glorieuse révolution , à Philippe et à son gouvernement seuls qu'ils peuvent s'en prendre, les royalistes les ayant laissé faire tout ce qn^ils ont voulu , et sans opposition.
» Nous supplions Madame de prendre ces observations en considération, et la prions de ne pas s'en rapporter à ces gens qui lui ont raconté de nos contrées tout le contraire de ce que nous les avions chargés de lui dire.
» Déjà une tentative intempestive , faite par la Hollande , a empêché le ministère Perricr dqtomber , et lui a même donné plus de force qu'il n en avait auparavant. Il en serait ainsi de toutes les tentatives partielles , et de celles des royalistes surtout, qui verraient à l'instant se réunir contre eux tous les partis révolutionnaires, et éloigneraient de leur cause tous ceux qui ne se décideront que sur deschan^
-aj^».
iga L4 VENDÉE
ces de succès qu'ils ne voient , et qui n'existent réeUement en ce moment , qu'avec le
concours des étrangers.
» Une prise d'armes, opérée par nous, sans ce concours , et dans la position où nous sommes , ne sera , comme nous l'avons déjà dît , que l'entière destruction du parti royaliste ; et qu'en résultera-t-il * si la ÏVance est attaquée plus tard par l'Europe ? C'est qu'alors il n'existera plus d'armée royale pour appuyer et faire valoir les droits de Henri V, ^ue les étrangers vainqueurs de larévolution'pourront disposer comme ils voudront de nos provinces envahies , et sans que Madame puisse leur présenter son auguste fils , à la tête d'une armée dévouée , prête , s'il le faut , à soutenir
ses droits sur l'intégrité de la France.
» Qu'on y pense donc bien , la position des départemens de l'Ouest est gmnde et belle, parce qu'on la craint. Ils tiennent en échec cinquante mille hommes de troupes de ligne.
Si Madame leur ordonne de prendre les armes, ils obéiront, et ce mouvement ne servira qu'à faire connaître leur peu de ressources;
£T MADAME. ipS
les masses ne se léyeront point, faute d*armes et de munitions , et surtout de confiance dans une tentative, dont la pensée seule parsdt une extravagance aux yeux de ceux qui connaissent véritablement l'état des choses, et qui savent que , dépourvus de tout , comme nous le sommes , nous ne pouvons rien , sans un secours étranger ; mais qui d'un autre côté , sont bien convaincus que , contre ce secours, la révolution ne peut plus rien.
» C'est avec cette parfaite connaissance de notre position , que nous avons chargé les émissaires envoyés par Madame, de la prier de ne nous faire prendre les armes pour la cause de Henri V que lorsque les premiers coups de canon auraient été tirés aux frontières par les armées européennes , ou dans le cas d'anarchie complète à Paris, par suite de Tanéantissement. de Philippe et de sa famille , ou de la proclamation de la république , événemens qui auront peut-être lieu cet hiver, occasion es par le désespoir où la misère peut porter les classes ouvrières et industrielles.
» Nous n'avons jusqu'à présent que gagné à
attaidre ; beaucoup de gens ouvrent les jeux , voient combien ils ont été dupes. L'augmen* tation d'impôts fait un Ixm effet , même dans rintérieur de la France ; de la de nouvelles levées d*honmies ofSriront plus de difficultés que les premières. Tout nous porte donc à penser qu'il faxA^ pour réussir, patience et prudence, et surtout ne pas nous compromettre de plus en p]us par des ordres mal donnés, qu'il faut rétracter ensuite , et qui nous ayant été donnés plusieurs fois, ont occasioné toutes les persécutions auxquelles , nous sommes exposés, et ont, plus que toute autre chose, contribué aux pertes de muni* tions que nous avons éprouvées. »
La Duchesse répondit le i8. Sa lettre fut transmise à M. de Coislin par M. Guibourg , qui y annexa un billet de sa main , signé de son nom de guerre. — Elle contenait l'ordre de prise d'armes donné par la Duchesse, le i5 mai. Cet ordre devait être remis à M. de Bourmont; en cas d'absence du maréchal, Madame enjoignait à M. Guibourg de Texpé-
dîer sur-le-champ aux différons chefs , pour en assurer et hâter rexécution.
Voici la lettre (Je M. Guiboarg :
ft M. le marquis ' ,
» J'ai Fhonneur de vous adresser copie textuelle et littérale de Tordre que je suis chargé par S. A. R. Madame , duchesse de Berry, de transmettre à tous les chefs civils et militaires de l'Ouest.
« D'après les rapports qui m'ont été adressés » sur les provinces de l'Ouest et du Midi , mes y> intentions sont qu'on prenne les armes le » 24 de ce mois ; j'ai fait connaître partout t> mes ordres à cet égard , et je les transmets » aujourd'hui à mes provinces de l'Ouest.
» SiûDtonge» i5 wai i832.
» Mabie-^Cargline. »
^ Depuis que cet ordre a été donné , Madame , régente de France , est venue dans la Vendée , et j'ai eu le bonheur de l'y voir.
* Saisie à la Chaslière.
ig6 LA VENDÉE
» Je suis 9 Monsieur , votre respectueux serviteur.
Nantes, i8 mai i833,
1» Le commissaire civil , I» Pascal. »
p. S. « Je vous transmets une lettre de Madame : les deux autres papiers sont au citron. »
Cette lettre de la Duchesse était , comme nous l'avons dit, la réponse à la note de M. de Coislin ; la voici :
' «J'ai Heu de m*a£BUger des dispositions contenues dans la note que vous m'avez envoyée ; vous vous rappellerez , monsieur , le contenu de vos dépêches ; ce sont elles , ainsi qu'un devoir que je considérai comme sacré, qui m'ont décidée à me confier à la loyauté reconnue de ces provinces. Si j'ai donné l'ordre de prendre les armes le 24 de ce mois, c'est sûre de votre participation, c'est d'après des notes positives du Midi et de plusieurs
' Saisie à la Chaslière.
ET MADABiË. 197
pomts ûé la IVance» Je - regarderais ma cause comme à jaonsâs peHue; si j'étais obligée de £air ce ps^s , et f y suis naturellement amenée, st une prise d'armes n'avait lieu immédia te^* ment. Enfin, je n'aurai donc d^autre ressource que d'aller gémir loin de la France, pour avoir trop compté sur les promesses de ceux envers lesquels j'ai tout bravé pour remplir les 'miennes. Je l'avoue , privée des lumières de M. le maréchal, il m'en coûte de prendre une telle résolution sans lui ; mais j'ai l'assurance qu'il sera à son poste , s'il n-y est déjà V
» J'aurais désiré suppléer kses conseils par les vôtres ; mais le temps me manquait , et j*ai dû £iadre un appel à votre dévouement et à votre zèle. L'ordre envoyé dans toute la France de prendre les armes le vingtr-quaire de ce mois demeure donc exécutoire pour TOuest.
» Il me^ reste maintenant , monsieur , à ap-
. ' Metu avons va que Madame avait donné coogë à sts amisdana le Midi, en leur daignant, pour rendez-vous , rOnest. Le maréchal devait la rejoindra à Nantes où il ne fat rendu f ne le 19.
196 LA yemuêe
peler votre attention sur Y armée, c'est elle qoi assurera nos saccès ; c'est donc on devoirqoe d'employer vis-à-vis d'elle tous ks mojeos de suggestion possibles. Vous anrez dimc soni de répandre , deux jours à l'avance , mes proclamations et mes ordonnances. Yoiis ne vous portaresà des voies de £aiit contre eUe^ qu'a^ près avoir employé tous moyens de conciliation. Telles sont mes volontés positive». »
« P. S. Je vous prie ^e faire parvenir le plus tôt possible, cette lettre à ceux qui ont signé celle que vous m'avez envoyée. Je n'ai pas besoin, M. le marquis, de vous dire combien je compte sur votre dévouement, dont vous m'avez donné déjà tant de preuves, et qui devient si nécessaire dans ce moment décisif.
Yenâée, 18 mai iS32«
MARIE-CAROLIirE ,
Régente de iVanee. »
M. 4e G>islin, en recevant cette réponse^ s empressa d'exécuter les ordres de la Duchesse ; en conséquence^ il écrivit à son fils
cette lettre, dont la date non énoncée, doit ètr^ fiixée au 19 mai \
«Je t'eoToiei mon cher Adolphe, copie des ordres que je reçois de Madame : elle est dans la Yepdée, et a donué Tordre dans toutes les partira de la France, oii elle compte des amis, de prendre les armes le 24 de ce mois ; dépéche-toi donc de prévenir tout ton monde, et mets-toi en mesure de t'emparer, au premier moment, de toutes les ressources que tu coniuds dans le pays, et qu'il est inutile de rappeler ici. Je joins à cette lettre l'ordre destina à Cœur^dô'-lian * pour qu'il agisse eo même temps que toi. Les ordres de Madame sont de répandre panxii les troupes de vos cantonnemena, ses proclamations, deux )om*s à Tayance, et de ne les attaquer que si elles se pefusent à toutes les propositions que Madame leur fait dans ses proclamations. Il faut leur faire savoir, c'est-àrdire aux soldats et sous*-ofiicters, que tous ceux qui vous re^ joindront seront admis à former un régiment
^ Saisie à la Ghaslîère.
2 Terri«a*
loo LA VENDÉE
de la garde, et obtiendront, s'ils le venlént, leur congé à la fin de la campa^e. Il paraît que Madame fonde son principal espoir sur la défection des troupes.
« La lettre que je reçois de Madame est d'hier 1.7 mai, et datée de la Vendée.
« Je te prie de m'euYoyer mes chevaux, le 32, chez madame de Coutance. »
C'est la réception de cette lettre qui amena entre M. Adolphe de Coblin et l'officier du trente-deuxième,rentretien nocturne de Guenrouët '.
Le même jour, M. de Coislin faisait passer les mêmes ordres à Terrien et à La Roche-Ma* ce, ses chefs de divisions. Il est inutile de les reproduire ici, car ils ne sont qa' une répétition de la lettre qu'il écrivait à son fils ; cepend^mt celui de Terrien contient ce passage ^m ne se trouve pas dans les autres.
a Que tout ce qui sera requis chez les roya« listes, ou gens bien pensans, spit estimé lar^ gement ; le contraire sera fait envers les libéraux. — »
* Voir !• Rapport déjà cité .
ET MADAME. aoi
La Roche-Macë répondit que lui et ses hommes étaient prêts. Dans l'intervalle qui s'était écoulé entre la lettre de M. de Coislin et la réponse de son chef de division , le premier, avait eu une entrevue avec M. de Bburmont. .
Voici la lettre que M. de Coislin écrivit à La RocheMacé, à jla suite de cette entrevue.
' « Je reçois votre réponse, mon ch«r La Roche, et je suis d'autant plus aise que vous me l'ayez faite de suite, que j'ai à vous apprendre une nouvelle qui vous fera plaisir. Je viens de voir le maréchal Bourmont, qui est arrivé ; il regrette que Madame n'ait pas différé le commencement de l'affaire ; mais^ me dit-il, il est impossible à présent de suspendre les ordres donnés ; ainsi il faut commencer connue il a été dit. Le maréchal désire que votre premier coup soit porté sur Âncenis, où il a passé la nuit, et qu'il dit n'être nullement gardé ; il n'y a qu'un factionnaire de la gard^ nationale. Il désire que vous puissiez prendre les canons qui y sont. Tâchez toujours d'en-
' Saisie à la Chaslière.
letet les ISosilsque tous y croyez, et les mnni-^ tioDS. Yous poaYCt cependant, si tous le youlez, commencer par désarmer tos petits can-
tonnemens. »
Cependant, qaoiqne ces ordres fassent donnés par M. de Goislin avec cette confiance apparente qu^on chef doit toujours affecter, la confiance ré^e était loin de son esprit ; cette lettre, adressée à son fils, en date du 21 mai, fera foi, ainsi que la note que nous avons dqà mise sous les yeux de nos lecteurs , de ses craintes,^ que révénement )Hstilia.
* « Je t'avais écrit, mon cber enfant, à mon retour^ et je t'avais mandé ce que nous avions arrêté. Tu ne m'as pas envoyé les renseignemens que je t'avais dit de me faire parvenir ; depuis, je t'ai fait passer les ordres de Madame, mais les renseignemens que }e reçois sur les dispositions des chefs de division de la Vendée, et sur bien d'autres, me font craindre avec trop de raison que le mouvement de cette partie n'aboutisse qu'à faire prendre Madame, qui ne met d'espérance
^ Saisie à U Ghasitére.
ET HADiLiœ, so5
pour rp^aAcqae dans la défectkm des troupes, fui e^t bîien incertaine.; si el)m ne se joi^ent pas à elle, elk est perdue,, et to«s les pays qui se seroat soulevés seront écrasés; la popula^ tion de la Vendée a âé trèsH«froidîe par le non-succès de réchauffom'ée de ItUr^eiUe, et tel chef, qui <ampU|it sur deux ou frois . mille hommes, n'en espère que cent cio^iialite.au deux cents: Dans cette position, il faut différer de quelques jpurs la prise d'armes, etattendre à voir ce que feront les troupes qu'on va mettre en présence de Madame ; car on est instruit à Nantes de sa présence en Vendée, et Ton a dirigé toutes^ ks troupes vers cette partie ; il faut donc ajourner le mouvement du 28 au^3o. J'écris aujourd'hui à la partie d'Ancenis, et je t'envoie un mot pour celle de Chateaubriant, que tu feras passer à qui de droit « Je t'enverrai de nouveaux ordres d'après les nouvelles que j'apprendrai de la Vendée ; tu ne m'enverras mes chevaux que lorsque je te les demanderai. Beaucoup de nos amis allèguent pour raison que nous ne devions bouger que dans le cas prévu de succès dans le Midi,
ao4 LA YENDÉB Eï MADABfE.
et on j a ëchoaé^ ou dans le cas d*appui des puissances étrangères , ou en cas de répubKque ; rien de tout eek n existe. Attendons quelques jours^ cela ne porte aucun* préjudice a h cause. Pendant ce temps, enroie savoir ce que fait le Morbihan^que Ton dit très-froid; ee qu'il fera pourra nous décider, ta me te manderas. »—
< Petit Pierre est bien déterminé i oe pas «ban- » donoer tes amii. — Petit Pierre est on bon gar-
• çon ; ses amis loi pronveroot «{ulls sont digne/
• de loi. V
Le i6 mai, à 4 heures du matin, la Duchesse, accompagnée de M. et de madame de R...C, de M. de Mesnard et de M. de L.,.e, qui avait repris le rôle et le costume de domestique en remontant sur son siège, partit du château de *.... avec les chevaux de M. de D.oe, qui la conduisirent jusqu^â la première poste, où elle prit des chevaux, et continua sa route 9 par Saintes, Saint-Jean-d'AngeljrNiort, Fontenai, Luçon, Bourbon et Montaigu.
La Duchesse traversait ainsi en plein jour un pays, que, quatre ans auparavant, on l'avait vue parcourir à cheval, allant de château en château, et entourée de la population ac-^ courue sur son passage ; propriétaire dans le
ao6 LA VTINDÉE
pays, ayant assisté à toutes les élections, et présidé même le grand collège de Bourbon, M. de Mesnard n'y était pas moins connu qu'elle. Le précédent voyage de la Duchesse dans ces contrées avait été un véxîtable triomphe ; elle y revenait maintenant, obligée de se cacher sous un déguisement, malgré l'attention qu'on avait eue de le rendre autant qiie possible complet, les sourcils blonds de la Duchesse contrastaient encore, dune manière choquante avec la perruque brune qu'elle portait ; M. de Mesnard imagina un singulier secret de toilette, qu'elle adopta en riant, et employa sur-le-champ: elle mit un coin de son mouchoir dans sa bouche, le frotta humide sur les bottes de M. de Mesnard, et obtint le noir convenable pour accorder Fa cou^ leur de, ses sourcils avec celle de la perruque. Au relais de Montaigu, elle fit demander des chevaux pour aller à Nantes. Ce fut à ce relaî, où la moindre imprudence pouvait trahir les déguisemens, que M. de L..:e, pour remplir toutes les conditions que lui imposait le sien, fut obligé de manger avec les domesti-
ques, de répondre à propos à lears questions et à leurs familiarités, d'aider à atteler les ehevaux, etc., etc. Ce rôle ne lui convenait pas aussi bien que celui de M. de la Myre ; il le )oua cependant de manière à n'éveiller aucun soupçon.
La Duchesse, en quittant la poste, demanda au postillon s'il ne connaissait pas M. de N....t, qui devait demeurer dans les environs? — Certainement, Madame, et sans nous éloigner beaucoup de la route^ je vous conduirai chez lui, si vous voulez me payer une poste déplus. La Duchesse s'attendait à cette réponse, et un moment après, elle arriva au diâteau, le 17 mai, à midi.
Elle y descendit avec M. de Mesnard ; ils changèrent de suite de costume avec letnaitte et la maîtresse de la maison, qui retiiontèrent en voiture à leiu* place, et continûment la
route avec M. et madame de t) e. Ces tra-
ve^ssemens furent si promptement exécutés,, que le postillon, auquel on avait versé force rasades dans la cuisine, pendant qu'ils s^^péraient, ne douta pas qu'il ne conduisît à Nan^
ao8 • LA VENDÉE
tes les mêmes voyageurs qui étaient partis de Montai^.
Ce château était le rendez-vous où la Duchesse était attendue par Gharette et plusieurs Vendéens. Aussitôt après le déjeuner, elle prit le bras de M. G...., et se rendit à pied avec lui à sa maison y près de RemouiUé, à une heure à peu près de chemin, à la nuit tombante.
MM. de Mesnard et Charette vinrent la rejoindre en blouse et avec des souliers ferrés.
Ce fut ce même jour que la Duchesse écrivit à M. de Bourmont, pour lui annoncer qu'elle était dans la Vendée. Il n'était pas encore à Nantes, où il n'arriva, comme nous l'avons dit, que le 19, après avoir traversé la France par Lyon et Moulins. Elle reçut le même jour la note de M. de Coislin.
Le soir même, un accident faillit terminer la campagne avant qu'elle ne fût commencée.
La Duchesse devait se rendre à la maison
du F d, dans la commune de Montbert.
Elle partit, accompagnée de MM. de Mesnard, Charette, de La R....e, fils, et de quelques paysans tous à pied ; pour abréger le che-
ET MADAME. 20g
min, elle se décida à passer la Mairie^ qui coule près de Remouillé, sur des piles de pierre mal établies, qui tenaient lieu de pont. La nuit était très-noire ; on distinguait à peine
les piles. Un paysan marchait devant, tenant une des mains de la Duchesse. Arrivés au milieu du pont, une pile s* éboula sous les pied» de Madame et du paysan^ les fit trébucher et tomber dans la rivière. Madame tomba à la renverse ; il y avait cinq pieds d'eau, et elle fut entièrement submergée ; Gharette s'élança aussitôt, mais n'ayant d'abord pu la saisir que par le pied, il lui fit involontairement avaler beaucoup d'eau ; enfin il la tira du danger-
On retourna en hâte au château ; la 'Duchesse changea d'habits, et, moins d*une heure après, elle étajit à cheval derrière un paysan, et dans dis chemins afiireux.
£Ue n'arriva le 18 mai au F...d que lorsqu'il
faisait déjà jour, ne paraissant plus se souvçrr
nir du bain qu'elle avait pris, mais fatiguée;
de la route qu.elie venait de faire. çn croupe
* arec ^ un. fort ipauvais équipage; elle 4oup^
210 LA VENœB
moins bien qu'aux Tuilerie»; mai» sans doute y dormit mieux.
La maison n'était pas pourvue de subsistances convenables à la Princesse. Elle apprit qu'il j avait à Nantes un neur Golin^ célèlH'e marchand de comestibles, le Cheçet du pays, dont les préparations culinaires avaient Tavantage de conserver dans des boites de fer-blanc hermétiquement fermées, sans altération de leur saveur première, même pendant des voyages de long cours, les mets les plus savoureux, les plus délicats, les plus exquis.
On lui proposa pour aller faire quelques provisions chez Colin, et porter ses dépêches à Nantes, le sacristain de la paroisse, homme intelligent et discret, qui se chargea avec joie de la commission.
il s'en acquitta parfaitement; mais, pour écarter les soupçons, il jugea prudent de faire apporter les boîtes à Pont-Rousseau, à l'extrémité des ponts de Nantes, où il devait les attendre.
Il arriva que, pendant qu'il les chargeait sur son cheval, un patriote qui sortait de la
YiUe i*em«rqua ces boîtes de fer-l>lanc si exactemeot fermées, et s'imagina qu^elles rc^ifermaient des munitions de touteaiitre espèce, destinées aux chouans ; il le derança, et avertit le brigadier de gendarmerie des Sorinières. qui arrêta le sacrbtain à son passage, et le ra-' mena à Mantes.
Questionné sur les personnes qui Favaient chargé d^ cette commission, le rusé sacristain, pour détourner les recherches qui auraient été dirigées sur Montbert, répondit qu'il ne les connaissait pas, mais qu'elles lui avaient donné rendei^vous dans la lande de Gènes* ton, où elles l'attendaient
Aloca on le fit partir pour Géneston^ suivi de gendarmes qui devaient Fobserver; et je fis parvenir en même temps Tordre à toutes les brigades qui se trouvaient aux environs de la lande de Géneston, de s'y rendre de suite et de la cerner.
Motn ordre arriva au moment où des gen-^ dapmes entouraient une feone de M. La Robiftrie» pi^ès de Pont-^ames, qu'ils abandon--
2ia LA VENDÉE
nèrent aussitôt pour se -rendre à la lande.
Un paysan des environs ayant yu le sacristain sur la route, et remarqué qu*il était suivi par des gendarmes, avait couru donner TalarmeàMontbert. La Duchesse, ne s'y croyant plus en sûreté, vint se réfugier dans une des fermes, dépendante de la même maison et située dans la même commune.
Malgré l'adresse que le sacristain avait mise à cacher des papiers dont il était porteur, on trouva sur le cheval d'autres objets qui firent naître des soupçons ; il subit une longue détention, mais on ne put rien tirer de lui sur l'objet de sa mission.
La Duchesse passa la nuit et la journée du 19 dans cette ferme, réfugiée dsips une étable qu'elle partageait avec les bœufs du fermier. Elle trouvait sa position si singidière, qu'elle en riait et disait: « Je, veux, aussitôt que je le » pourrai, me faire peindre en téte-à-téte avec » ce gros bœuf, qui me fait poi^ à la figure. » Malgré les dangers qui l'entouraient. Madame fîit très-gaie; elle s'amusa beaucoup de la
ET MADAME. 3i5
bopnefiguredeM. de Mesnard, caressée pendant son, sommeil par la langue calleuse d'un
de ses hôtes (un autre bœuf).
Ce fut dans cette ferme que Je jeune deL. R... e fut chargé spécialement par Gharette^ de veiller, en son absence, à la sûreté de la Duchesse, pendant ses courses aventureuses.
Malgré la ploie, qui tombait à flots, -et une espèce d'ouragan, la Princesse quitta cette ferme le 20 mai, aune heure du malin, pour
se rendre à La-L .e, maison de campagne
inhabitée, appartenant à la famille de L. R e ,
dans la commune de Saint-Philibert ; il falhit passer par des chemins affreux, et traverser des mai*ais si profonds, qu'on ne pouvait avancer qu'après que le fond avait été sondé, et reconnu avec des perches.. Ce fut dans Tun de ces marais tourbeux que le jeune deL.R....e, portantlaDuchessesur ses épaules,et enfonçant dans un trou, où il était ptét à disparaître, lui dit: « Si j'y enfonce tout-à-fait. Madame, vous » vous jeterez à droite où à gauche ; le pas- » sage dangereux* n'est pas lasge ordinaire- «> meiit. »
La Duchesse arriva très-fatiguée et tnèÈùe dans un état de faiblesise qui donna quelques inquiétudes ; elle déjeuna cependant, dormit bien, reçut quelques personnages àa pays, et Tôulut également s'entretenir avec quelques paysans, dont elle s amusa beauceiqi» et aux-^ quels elle se fit connaître.
Elle, repartit le soir même pour la maison de..., près le bourg de Saint-Ëtieone de Corcoué , où elle fut reçue par une sœur de M. deL. R...e. Cette dame qui avait beaucoup souffert en ^3 , pour la tcause des Bourbons , se trouva mal, par rénàotÎMi qne4ui tatisa la présence de la Duchesse qu'elle Ift'aitendail pas.
Le 2 1 mai au soir s Marie-Garoline se mil enr oute pour le M... iommuile de Légé , oh elle resta jusqu'au lundi 3t.
Cette maison n était ni commode ni sûre ^ pendant les dix jours que la Duchesse j se-* jeuma, elle fut continuellement inquiétée; les colonnes mobiles y ptôsaieiit ^ tout mo^ ment, et cela parce que des so^upçons s'étaieift élevés sur les allées et venues , qui ti*'élSiienft
pas liabitiielles dans ces environs , -et qui pa- «ttssaknt néœssiler une surreilianete spéciale ; la moindre indiacrotion pouvait trahir la Dtichease ; suis elle ti'avait rien ji craindre des habitansdnpays 1 qui, piar rteligioti, sontlrèsiidè)es À Itur cause.
Ce fut au M... qu'elle vit MM. de Bonrmont, BerrjfeTy H,.., et plusieurs autres personnages du pays*
La lettite que la duchesse avait ëcrite aux royalistes de Baris , était arrivée à sa àeÊtim^ tion et ava^t porté un grand trouble dans TespriHe ceux à q^ elle était adressée : Une longue note <e.n ^ln£fres 1 accompagnait , mais Madame, dans sa préoccupation, arait odbiié d'en •donner la clef ; M. Berryer la tronva; c'était cette phrase subtftituée «ut vingt*<|«atre letlnes de Talpliabet : le gùuvemement propp-
Les royalistes '4e I^ris , comme cetix de là Vendée voyaient les affaires d'une nvaniëre phis poÂtive et phii$ exacte que MadaMi^ ne 4e faisait; ils savaient qu'il n'y avait ^ucnn espoir de succès à attendre d'une «KHivetle
9i6 Là VENDÉE
chouannerie ; au contraire , selon eux, la marche dugouveknenientdonnait, en se dëpopularisantde plus en plus, de grandes probabilités de chances à Tavenir : ils se réunirent donc le 19 mai au soir, afin d'aviser aiix moyens de faire connaître à la Duchesse la véritable situatiou de la France.
Il fut décidé en conséquence que Tund^entr'eux se rendrait en Vendée pour conférer avec la Princesse. Là difficulté fut de savoir lequel. MM. dé Chateaubriand et de Fitz- James étaient suivis dans tous leurs mouvemens par l'œil soupçonneux du gouvernement , et ne pouvaient faire un pas , surtout vers la Vendée , sans trahir le secret de la cause. M. H)de de Neuville se trouvait dans la même position; enfin M. Berryer, sous le prétexte d un procès qui l'appelait, dans les premiers jours de juin, aux assises de Vannes, ^pouvait seul remplir ce message ; il proposa de s'en charger , exposa les moyens à l'aide desquels il espérait tromper la police ; on les approuva.. Une note rédigée par M. de Chateaubriand., mais qui n'était que le résumé
(les opinions de l'assemblée en masse, lui fut remise; pour tout le reste, on s'en rapporta à son dévouemait et à son éloquenee.
M. Berryer partit de Paris le 20 au matin., et arriva le 22 à Nantes.
A peine y fut-il arrivé, qu'il apprit que M. de Bourmont y était depuis deux jours: il alla le voir à rinstant. M. de Bourmont avait reçu Fordœ du i5 mai relatif à la prise d'armes fixée au 24 ; mais il pensa comme M. Berryer,. diaprés ce qu'il avait vu et entendu dans son court séjour à Nantes, qu'il y avait peu d'espoir à fonder sur cette insurrection, qu'il regardait comme ne devant produire que des résultats fâcheux. Il prit même sur lui de faire parvenir un presque contre-ordre aux* chefs vendéens, jusqu'à ce qu!il eût consulté la Duchesse , et reçu ses ordres.
Ce contre -ordre avait été transmis par M. Guihourg à M. de Goislin père , qui devait à son tour le faire parvenir à ceux qu'il intéressait. Voici la lettre de M. Guihourg, et la copie de l'ordre de M. de Bourmont,
913 LA VENOiE
« Monsieur le marquis ' ,
» J*ai rhottnevr de vous adresser copie ie Tordre que je suis chargé àe vous transmettre de la part de M. le marécha!. »
« Retardez de quelques jours rexécution 3» des ordres que yous avez reçus pour le 24 . » mai , et que rien d'ostensible ne soit fait y^' avant de nouveaux avis ; mais continuez à » vous préparer.
Le aa à midi.
y» Signé r le marécha! ,
T»- comte de Boubmokt; »
Des amis de la Duchesse assuraient que M. de Bourmont ne partageait pas Topinion de M. Berryer et des légitimistes de la capitale ; que lorsqu'il vint la trouver dans Ja ferme de
M , qu'il Tentendit exposer les motifs qui
Tavaient déterminée à ordonner la prise d'armes le 24 mai , il fiit loin de s'exprimer à ce sujet aussi défavorablement qu'on le suppo-
^ Saisie à la Chasiiére.
suii I hiofi qu'il n'ignorât pas que son opinion eût été d'un grand poids sur les délermins(<- ^ioiMS de madame la Buehesse. Us ajoutent que 99. de Çtimmont convint que le retard avait été nuîsiUe ; fit connaître les raisons qui Tavaient décide à le prendra sur l^i, et observa que puisque tout le mal qui ppuyait en résulta était f;;titf il serait mieux d'attendre encore quelques jours, pour communiquer plus sûrement les ordres aux chefs éloignés ; qu'alors on proposa le mercredi 3o mai , ou le irep4redi i^ juin , et que M. dç Bourmont fit ren^rquer que la nuit du dimanche au lundi était préférable , parce que les hommes de la campagne se trouveraient naturellement ras^ 9emU&à la porte de l'église, après messe et vépreSf et pourraient s'entendre sur les dispo- 3itioosà prendre pour la nuit; que ce fut enfin sur sa proposition , que la nuit dii 3 au 4 juin fut adopitée pour la prisç d'^amics, d'où lis concluent que M. de Bourmont n'a point insisté pour que la Duchesse j renonçât.
Ne pourrait- on pas penser raisonnablement que M. de Bounnont , qui connaissait le ca-
390 LA YEBfD^
ractère impétueux de la Duchesse ^ qui savait que la contradiction la mettait hors d'ellemême, et qu'en détruisant une illusion qui lui était chère, il la mettrait au désespoir, ait cru, dans une première entrevue , devoir se contenter de gagner quelques jours de retard, pendant lesquels elle pourrait changer d'opinion, soit d'après les événemens, soit d'après les avis de ses amis de la Yendée et de Paris , dont le plus grand nombre était opposé au mouvement.
J'ai dit précédemment que M. Berryer arriva à Nantes le 22 mai; le même jour, après avoir vu M. de Bourmont , il monta à deux heures de l'après*midî dans un petit cabriolet de louage , et comme en y montant il demandait à la personne de confiance que la Duchesse avait à Nantes , quelle route il fallait prendre, et quel lieu elle habitait, cette personne lui montra du doigt un paysan qui 'se tenait au bout de la rue sur un cheval gris pommelé , et lui dit seulement: «Vous voyez bien cet » homme , vous n'avez qu'à le suivre. »
£n effet , à peine l'homme au cheval gris
ET MADAME. û2t
vit-il la voiture de M. Berrycr se mettre en marche , qu'il fit prendre à sa monture un trot qui permettait à M. Berryer de le suivre sans le perdre de vue ; ils traversèrent ainsi les ponts et entrèrent dans la campagne ; le paysan ne retournait même pas la téte,et paraissait s'inquiéter si peu de la voiture à laquelle il servait de guide, qu'il y avait des momens où M. Berryer se croyait dupe d'une mystification . Quant au cocher, n'étant pas dans la confidence , il ne pouvait donner aucun renseignement sur la route à suivre ; et comme , lorsqu'il avait demaifdé : où allons-nous ? notre maître; le makse avait répondu : suivez cet homme, il obéissait strictement à cette injonction, ne s'occupant dès lors pas plus du guide, que le guide ne s'occupait de lui.
Après deux heures et demie de marche, qui ne furent pas pour M. Berryer sans inquiétude, on arriva à un petit bourg ; l'honune au cheval gris s'arrêta devant l'auberge : M. Berryer en fit autant. L'un descendit de son cheval , l'autre de sa voiture pour continuer la route à pied< M. Berryer dit à son cocher de l'atten-
^ro }tt9qii*au lendenuiia à six heures du sonr, et suivi! son bisarre eonducteur.
Au bout de cent pas, te guide entra da^fi une maiMiit tt comme, pendant la route, M. Berrjer avait gagné du chemin sur lui , it j antra presque en même teipps. L -homme ouvrit la porte de la cuisine , où la mattresse du logis <tait seule , et lui montraqt M. Berryer qui marchait derrière lui y il ne dit que ces mots :
— Voilà un monsieur qu'il faut conduire.
, -^* On le conduira, répondit la mathresse de la maison.
A peineoes proies fureift prononcées, quç le guide ouvrit mie porte, ek*sortit sans don-* ner à M» Berryer le temps de lé remercier^ ni de paroles ni d'argent. La midlresse de la maison lui fit signe de s'assecûr , conÉinua , sans lui adresser un seul mot , de vaquer aux af- &ires du ménage , i^omme s'il n'y avait point là d'étranger.
Un silence de trois quaris-d'heure à peu (H:*ès, succéda à la marque de stricte politesse que venait de recevoir M. Berryer, et ne fut interrompu que par l'arrivée du maître. II salua
ET !tt3tDAME;. tia3
Vétraoger MM naaifester qi etciiiMme«l, tii curiosité ; seulement il chercha des yeux sa femme, qui lui répéta de la place cm eUû était, et sans intenrom^re ce qu'elk &isâi«t 9 les mêmes moto que Iq guidé tui arait dit :
« Voilà on raon^urqu'rl fiait conduke. »>
Le MaîtK. cfe la maison jela alors sur son h6te un de ces regards iai|iiiat8^ fiss eb rapî^ dot , qui n'apparfetenneiit qu'aux paysans vendéens; puis sa figure reprit aussitôt le carac-tère de physionomie qm lui était habituel , celui de la bonhoinîe et de ia naïveté.
II s'avança vers M. Benryër le chapeau » la mouu
— Monsieur désire voyager diins notre pays?
dit-îl.
— Oui, je voudrais aller ptl^ avan|.
— Monsieur a des pa^piçr^^ §9»^ doute î --Oui.
--«prèi^e?
•-*• Farfaitemeitt»
-^ Et S0US fion véritable nQm ? ja présumer
" $om mo« véritf^hle nom.
• — Si Ingnsieur voulait me les montrer , )^