‹ La Vendée et MadameChapitre 7 sur 20 · I^A VENDÉE · texte numérisé non relu

I^A VENDÉE

lui dipais bien s'il peut voyager traunquille dans notre pays.

— Les voici.

Le paysan les prit, et les parcourut dés yeux. Son regard ne se fut pas plutôt arrêté sur le nom de M. Berryer , qu'il les replia en disant :

— Oh ! c*est très^bien, monsieur peut aller partout avec ces papiers-là.

— Et vous vous chargez de me faire conduire ?

— Oui, monsieur.

— Je voudrais que ce fut le plus tôt possible.

— Je vais faire seller les chevaux.

A ces mots , le maître de la maison sortit ; dix minutes après il rentra.

— Les chevaux sont prêts.

— Et le guide ?

— Attend monsieur.

En effet , M. Berryer trouva à la porte un garçon de ferme , déjà en selle , et tenant' un cheval de main : à peine eut-il le pied dans rétrier , que son nouveau conducteur se mit en route aussi silencieusement que Tavait fait son prédécesseur. * •

£T MADAME. aaS

Après deux heures. de marche, pendant lesquelles, aucunes paroles ne furent échangées entre M. Berryer et son guide ^on arriva, vers la tombée de la nuit, à la porte de Tune de ces métairies qu'on décore du nom de château. Il était huit heures du soir : M. fierryer et son guide descendirent de cheval, et tous deux entrèrent

Le garçon de ferme s'adressa à un domes^ tique , et Jui dit : — Il faut que ce monsieurlà parle à monsieur.

Le maître était couché. Il avait passé la nuit précédente à «n rende»-vous, et la journée à cheval ; il était trop fatigué pour se lever: un de ses parens descendît à sa place.

Celui-ci reçut M. Berryer , et dès. qu'il se fut nommé , et qu'il lui eut dit qu'il désirait se rendre auprès de la Duchesse, il donna ses ordres pour le départ. Il se chargeait lui-même de servir de guide au voyageur.

En effet, dix minutes après ils partirent tous deux à cheval. Auboutd'un quart-d'heure, un cri retentit à cent pas devant eux ; M. Berryer tressaillit , et demanda quel était ce cri.

^ €*e5t noire éciiklrar, vépoiMift ttiiiquill^nent le «chef vendéan, qui dmuitiâe & m manière si le chèmni est Kbre, ^^ Ecoutet, et TOUS alleft entendre la réponse* ^ A ces mots» il ëtendh sa maint, la poeaiM sor le bras de M. Bcrryer> et le forçant <aiim d" arrêter ison clicJTaL

En effet, un second cri se fit entendrei ve^ nant d'une distante beaucoup |>lus ëtoigoëe, il semblait Técho d« premier, taM il ^tait pà^ reil.

-^ Noos poutt)nsâTatieer; la roule est Kbre, reprit le chef est i^meltant son chèTâd aa pa%,

•^ Noms somBi^ donpd ^précéda d'«in ëdai^ reur ?

'^ Oui ; nous avons un liôiiine à âenx cefnts ipas devant «ous, et un à deul cents pas der^ rière.

— Mais quels sont ceux qui hii repondent?

— Les paysans dont les chauAnères bcn*^ dent la route. Faites attention lorsque tous passereb devant IHine d*«Heà> et vôns verrez •me petite Incarne s'ouvrir, une tête d'homme s'y glisser, y demeurer un instant immobile

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toomiè Â eHe ébit de piéite, et ite disparaître que lorsque ndl» set^^né hèM dé vue. Si nous étions des st^ldats de qtlelt}iié cantonnement dntirotinaTiti l'honnne qui nous aurait regardée passer, sortirait aussitôt par une porte de dërtièr^; puis, s^il y arait âuï environs quelque rassëmblenient, il serait pré^nu, un quartd'hetare ayAnl àoA arrÎTec, de l'approche dé la colonne qui croii^ait le surprendre.

En ce moment, le chef vendéen sMntéTfotnpit. — Ecoutez, nmrmui^-t-il, en arrêtant son cheval.

^- Qu'y a*t-îl? dit M. fierryer^ je n'ai entendu que le tri habituel de notre éclairéur.

^^ Oui ; mais aucun cri n*y à répondu, il y a des soldats aux environs.

A tti mot*, il mît son eheval un trot; M.

Berrycr en fit autant ; presque au même instant, l'hoiWtfe qui formait Tartière-ganle les rejoignit au galop.

lis tet>uvèrent, à IVmbran Aement des deux routes, leur goîde ïmtnoMte et indécis.

Le cfaèMin Idfiirquâit; et tomme on n'avrit ni d uh eôté, ni de l'autre, t^ndu à son

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cri, il ignorait lequel de ce» deux sentiers il fallait prendre : tous deux, au reste^ conduisaient les voyageurs à leur destination.

Après un moment de délibération à voix basse entre le chef et le gui^, celui-ci s'enfonça sous la voûte sombre qui était à droite ; cinq minutes après, M. Berryer et le chef se mirent en marche par le même chemin, laissant immobile, à la place qu'ils quittaient, leur quatrième compagnon, qui, cinq minutes après, les suivit à son tour. . .

A trois cents pas plus loin, M. Berryer et le chef trouvèrent leur éclaireur arrêté ; il leur fit un signe de la main pour commander le silence, et laissa tomber à voix basse ces parôles : « Une patrouille ! »

En effet, ils entendirent ce bruit régulier des pas que fait une troupe en marche : c'était une de mes colonnes mobiles qui faisait sa ronde de nuit.

Bientôt le bruit 3e rapprocha d'eux, et ils virent se dessiner sur le ciel les baïonettes des soldats, qui, pour éviter Teau qui coulait dans les chemins creux, n'avaient suivi ni lune ni

1 Wre de» deux routes dont Fembrancfacmeiit avtitcauâérbésitàiioii momentanée du guide^ mais avaient grari le talus et marchaient de l'autie câté de la haye» sur le terrein qui do* minait les deux sentiers creux par lesquels il était encadré. Si un seul des quatre cheyaux çût henni, la petite troupe était prisonnière; mais comme s'ils avaient compris la position de leurs matlres, ils restèrent silencieux comme eux , et le& soldats passèrent sans se douter qu'il y eût là quelqu'un. Quand le bruit des pas des soldats se fut perdu dans? l'éloigné-^ ment, les voyageurs se remirent en marche.

A dix heures et demie, cm se détocurna de la route, et l'on entra dans un petit bois. La petite troupe y mit pied à terre; on laissa les chevaux sous la garde de deux paysans, et M.

Berryer et le chef continuèrent seuls leur route.

On n'était plus très^éloigoé de la métairie où se trouvait Madame, mais comme on voulait entra- par une porte de derrière, il fallut taire un détour et passer à traveis des marais, oà les voyageurs enfoncèrent jusqu'aux ge* mmx; enfin on aperçut k petite masse som-

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bre que formait la mëtairie enlourée'd'arbreSf et bientôt Fan fat arrivé à la porte; le dief frappa d'one manière particnKère.

Des pas s'approchèrmt, et une toîx demanda : — Qui est là?

Le chef répondit par un mot d'txrdre commun, et la porte s'ouvrit.

C'était une vieille femme qui remplissait Tofiice de concierge, mais eUe était accompagnée, pour plus de sûreté, d'un grand et robuste gaillard armé d'un bâton qui, dans de pareilles mains, était aussi dangereux que quelque arme que ce fut.

, •— Nous voudrions voir M. Charles, dit le chef.

— Il dort, répondit la vieille, mais il a dit de l'avertir si quelqu'un venait: entrez dans la cuisine, et je vais le réveiller,

— Dites-lui que c'est M. Berryer arrivant de Paris, ajouta celui-ci.

La vieille les laissa dans la cuisine et sortit. Les voyageurs s'approchèrent de la cheminée immense où luisaient quelques braises , restes du t feu de la journée. Une planche s'y enfon-

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çait par Tuaedeses extrémités, tandis que l'autre supportait une de ces chandelles de résine, ' qu'on emploie ordinairement dans les chaumières vendéennes.

Au bout de dix minutes la vieille rentra, et avertit M. Berryer que M. Charles était prêt à le recevoir, et qu'elle venait le chercher pour le conduire auprès de lui. Il la suivit donc, et montant derrière elle un mauvais escalier en dehors de la maison, et qui semblait collé le long du mur, il artiva à une petite chambre située au premier, la seule, du reste, qui fût à-peu-près habitable dans cette pauvre petite métairie.

Cette chambre était celle de la duchesse de Berry, La vieille ouvrit la porte, et, restant en dehors, là referma sur M. Berryer.

Son attention se porta d*abord et toute entière sur Madame.

Elle était couchée sur un mauvais lit de bois

Uanc grossièrement équarri à coups de serpe, dans des draps de battiste très-fine, et couverte d'un schall écossais à carreaux verts et rouges. Elle portait sur la tête une de ces coëffes de

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laine qui appartiennent aux femmes du pays^ et dont les barbes retombent sur les ëpanles. Les murs étaient nus; une mauvaise cheminée en plâtre chauffait Fappartement, qui n'avait pour tous meubles qu^une table couverte de papiers, sur lesquels étaient posées deux paires de pistolets; dans un coin de Tappartement, une chaise sur laquelle étaient jetés un cos* tume complet de jeune paysan et une perruque brune.

Nous avons dit que l'entrevue de M. Berryer avec k Duchesse avsat pour bût de déter^ miner cette dernière à quitter ta France; mais comme nous ne pourrions rapporter les détails de cette con^iersatioii sans compromettre , au milieu des intérêts généraux , âë& intacts par-* ticuliers , nous la passerons sous silence. Au courant, comme nous les y avons mis» des choses et des hommes , nos lecteurs y sup* pléeront facilement.

M. Berryer plaida chaudeoient el av^c son talent accoutumé ( c'est4-dire parfaitement ) la cause dont il s'était chargé ; mais jamais , sûrement jamais, il n'avait rencontré tm

adversaire aussi difficile à convaincre , et dont la réplique fut aussi vive et aussi animée, « Mes amis de Paris , disait-elle , dont ^ i*&pprécie le dévouement comme le vôtre , » M. Berrjer, ne connaissent pas Tétat des cbo- » ses; ils n'en sont informés que par ceux qui » sont opposés au mouvement. A mon arrivée »ici, ils m'ont oiTert argent et vaisseaux » pour m*embarquer ; eh bien ! je leur ai réy» pondu : Oui, comme vous avesE fait au duc »de Bourbon en i8i5. Si au lieu de partir » il était resté dans le pays » quinze jours après » il eût été à la tête de toute la Vendée , qui » alors eût fait de grandes choses. Les chefs » ne pouvant plus être désunis , il n'en sera » pas ainsi de moi : si je sortais d'ici , il

9 faudrait donc quitter la France!... »

A trois heures du matin , mais à trois heures seulement^ la Duchesse ae rendit aux raisons dont M. Berrjer s* était tait T organe pour lui-même et son parti. Cependant, quoique elle eût pu voir par elle-même, qu'il y avait peu de chances de succès à attendre d'une insurrection armée , ce ne fut pas sans cris et

sans désespoir qu'elle céda. ^< Ëh bien ! c*e9t décidé ^ disait-elle , je vais donc quitter la France; mais je n'y reviendrai pas , faites*y attention , car je ne veux pas revenir avec les étrangers. Ils n'attendent qu'un instant, vous le savez bien , et le moment arrivé, ils viendront me demander mon fils ; non pas qu'ils slnquiètent beaucoup plus de lui qu'ils ne s'occupaient de Louis XVIII, en i8i3 ; mais ce sera un moyen pour eux d'avoir un p^rti à Paris : eh bien ! alors ils ne l'auront pas; mon fils , ils ne l'auront pour rien au monde ; je l'emporterai plutôt dans les montagnes de la Calabre. Voyez- vous, M.Berryer, s'il faut qu'il achète le trône de France par la cession d'une province, d'une ville, d'une forteresse, d'une maison , d'une chaumière, comme celle dans laquelle je suis : je vous donne ma parole de Régente et de mère qu'il ne sera jamais roi. » A quatre heures du matin , M. Berryer prit congé de la Duchesse » la laissant vaincue , mais non rendue. Il lui dit: « Si Madame se décide à partir , je lui offre toujours mes services; je serai à Nantes jusqu'à tel jour,

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et ensuite à la Rochelle jusqu'à tel autre. » Après le départ de M. Berryer, la Duchesse dît à M. de Mesnard : c< Je vais ruminer tout cela, dormir si je puis, et demain matin je serai décidée. »

Le lendemain, sa résolution était arrêtée ; elle dit: « que son parti n'était pas sans res- » sources ; que sa retraite serait honteuse , et » qu'elle voulait courir la chance des armes. »

Elle écrivit à M.Berryer qu'elle savait enchaîné trop d'intérêts aux siens, entraîné trop d'existences à la suite de la ^enne, pour se soustraire. seule aux conséqucinces de sa des-* cente en France , et les laisser peser sur les autres ; qu'en conséquence elle était décidée à partager jusqu'au bout le sort de ceux qu^elle avait exposés; seulement la prise d'armes, d'abord fixée au 24 mai, était remise à la nuit du 3 au 4 juin. , .

M. de Mesnard écrivit aussi à M. Berryer le billet suivant : « Resté seul près de Madame, » dans rincertitude où l'a laissée votre conver- » nation, ma position est assez délicate. Je )> déclare que je n'ai pas dit un mot à S. A.R.>

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