‹ La vénérable Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 3 sur 5 · L'ENFANCE · texte numérisé non relu

L'ENFANCE

vait aboutir à son supplice : « Dans mon pays, on m'appelait Jeannette ; depuis ma venue en France, on m’a nommée Jeanne. Je suis née à Domrémy qui fait un seul bourg avec Greux ; la principale église est à Greux. Mon père s’appelle Jacques d’Arc 1 ; ma mère Isabelle*. Je crois être âgée de dix-neuf ans environ. »

Le petit village de Domrémy est coupé par un ruisseau affluent de la Meuse. La partie au nord du ruisseau relevait directement du roi de France, et était comprise dans le bailliage de Chaumont- en-Bassigny. La partie au sud du ruisseau relevait du duc de Bar, vassal du roi de France. Près de là, de l’autre côté de la Meuse, c'était la Lorraine, pays indépendant. D’aucune façon, Jeanne n’était Lorraine 8 .

i. Quelques historiens écrivent à tort Jeanne Darc en % un seul mot, pour décerner à Jeanne un brevet de roture ; en quoi ils commettent une double erreur. D'une part, ni la particule ne signifie la noblesse ; ni l'absence de particule ne signifie la roture. D'autre part le xv a siècle, ignorant l’apostrophe, écrivait le duc dorléans , aussi bien que Jeanne darc . Mais Darc n'a aucun sens. La famille paternelle de Jeanne était probablement originaire d’Arc en Barrois, entre Chaumont et Langres. Son père Jacques était né à Ceffônds, près Montierender (Haute-Marne).

a. Isabelle Bornée, de Voutbon, près Domrémy.

3. Voy. le texte formel de la lettre envoyée au duc de Milan par le sénéchal de Berry, Perceval de Boulainvilliers pi juin 1429). Il dit: a Elle est née dans un petit village du nom de Domrémy, au bailliage de Bassigny, en deçà et non loin des frontières du royaume de France, aux bords de la rivière de Meuse, près de la Lorraine. » (Quicherat, Procès de Jeanne dtArc^ t. V, p. n6i) Il importe peu que Domrémy ait fait plus tard partie de la Lorraine. Jeanne

Sa chaumière natale faisait partie du domaine direct du roi de France. Il est vrai que le ruisseau qui la séparait du Barrois coule au pied de cette maison 1 . Mais fût-elle Barroise (elle ne l’est pas), Jeanne ne serait pas pour cela Lorraine. La Lorraine commençait au village voisin de Maxey, sur la rive droite de la Meuse. Là on faisait des vœux pour le triomphe des Anglais et des Bourguignons. A Greux, à Domrémy, on était fidèle au roi français*. Les enfants de Maxey et ceux de Domrémy se livraient des batailles dont Jeanne fut témoin plusieurs fois. Elle en rappela le souvenir à ses juges : a Je les ai vus revenir, disaitelle, blessés et couverts de sang». Mais ces mêlées d’enfants ne paraissent pas avoir eu une grande influence sur le développement silencieux, concentré, tout intime et tout personnel, de sa vocation guerrière et de son patriotisme 8 .

est née Française, donc elle n’est pas née Lorraine ; la Lorraine était terre d’empire.

1. La maison actuelle fut rebâtie en 1480 sur l’emplacement de celle où était née Jeanne et qui subsista en partie dans la reconstruction.

2. Sauf un seul homme qui était du parti bourguignon à la grande indignation de Jeanne d’Arc.

3 . On sait que Jeanne obtint du Roi pour Domrémy et Greux la faveur de l’exemption de la taille. Le Roi n’aurait pu exempter d’impôts un village qui n’eût pas relevé directement de sa couronne. Domrémy perdit ce privilège quand Charles IX céda ce village au duc de Lorraine et de Bar (a 5 janvier 1571). Il réclama ce titre d’exemption, qui était aussi un titre d’honneur, quand la Lorraine devint française, après la mort de Stanislas. Les termes de la lettre royale ne laissent aucun doute sur la nationalité de Jeanne

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