I. Jeanne n'a pas écrit cette lettre puisqu'elle ne savait
36 LA VÉNÉRABLE JIilANNE D'ARC.
1^° toutes les bonnes villes que vous avez enforcées. Elle est venue de par Dieu pour réclamer le sang royal, et est toute prêle de faire paix si vous voulez faire raison; par ainsi que vous mettez jus (France'), et p.iyez de ce que vous l'avez tenue.
Roi d'Angleterre, si ainsi ne le faites, je suis chef de guerre; en quelque lieu que j'atteindrai vos gens en France, s'ils ne veulent obéir, je les ferai issir, veuillent ou non; et s'ils veulent obéir je les prendrai à merci. Croyez que s'ils ne veulent obéir, la Pucelle vient pour les occire. Elle vient de par le Roi du Ciel, corps pour corps, vous bouter hors de France; et vous promet et certifie la Pucelle que elle y fera si gros ha/iaj^, que, encore a mille ans', en France ne fut vu si grand, si vous ne lui faites raison. Et croyez fermement que le Roi du Ciel lui enverra plus de force que ne saurez mener de tous assauts à elle et à ses bonnes gens d'aimes.
Entre vous, archers, compagnons d'armes gentils et vaillants, qui êtes devant Orléans, allez-vous-en en votre pays, de par Dieu; et, si aiusi ne le faites, donnez-vous garde de la Pucelle et de vos dommages vous souvienne ! Ne prenez mie votre opinion; que* vous ne tiendrez
pas écrire; mais il est tout à fait vraisemblable qu'elle-même l'a dictée. Car ce sljle ne ressemble en rien au style officiel des personnages qui l'entouraient. Le texte que nous publions est celui que donne le manuscrit de la Geste des Nobles. Nous avons seulement rajeuni l'orthographe. Il paraît le plus ancien parmi ceux qui nous sont parvenus. Il existe en effet plusieurs textes de cette lettre. Quicherat en a publié cinq. [Piocàs, etc., I, a4o — IV, iSg, 2i5, Sgô — V, 96.) Les divergences ont peu d'importance.