Mardi saint (22 mars
JEANNE d'arc. 3
38 LA VKNKUAliLK JEANNE D'ARC.
messager qui la leur avait portée'. Mais toutefois ou doit louer Jcauuc d'Arc d'avoir tenté cette dcniarche inutile. Un capitaine ordinaire, après quinze ans de guerre ouverte, pouvait bien attaquer d'emblée. Mais celle qui se disait envoyée de Dieu, non pour faire conquête, non pour acquérir gloire, mais pour faire rendre justice au bon droit, répondait mieux au caractère de sa mission en faisant les derniers efforts afin de l'accomplir sans effusion de sang. Sans espoir d'y réussir, elle devait au moins le tenter. Il fallait que nul ne se méprît, ami ni ennemi, sur sou impatience d'agir, qui n'était pas une impatience de combattre. Jusqu'à la fin, elle persistera toujours à offrir la paix avant de recourir à la guerre; et après la victoire, à ne pas demander plus qu'avant le combat. Soldat du droit, elle ne réclame que le droit; et le droit rendu, elle sera toujours prêtée abaisser l'épée. Jamais elle n'a menacé les Anglais de vengeance ou de représailles; jamais elle ne leur a dit : « Nous vous poursuivrons dans votre île, et nous vengerons la France conquise en vous conquérant une seconde fois ». Elle ne dit rien de semblable. Seulement: « Rendez la France que vous avez prise sans droit; que vous détenez injustement ».
I. Us menaçaient aussi de brûler celle qui l'avait écrite. Du premier jour qu'elle leur apparut, ils lui vouèrent une effroyable haine. Jeanne ne s'en troubla pas : « Qu'ils me brûlent s'ils me prennent, disait-elle ; mais si je les de'confis, qu'ils s'en aillent ».
CIIAl^lTRE ni
On sortit de Blois le jeudi 28 avril pour marcher vers Orléans; Jeanne d'Arc en tête de l'armée, entourée de prêtres qui chantaient le V^eni Creator. Jeanne voulait suivre hardiment la rive droite de la I.oire, quoique occupée très fortement par les Anglais. « Ils ne bougeront pas », disait-elle. Mais les généraux, moins confiants, voulurent suivre la rive gauche, plus dégarnie d'ennemis. On vint jusqu'à Chécy à deux lieues en amont.
Dunois, bâtard d'Orléans', commandait dans la ville ^, au nom de son frère, Charles d'Orléans, prisonnier depuis Azincourt. Il vint au-devant du convoi, et vit pour la première fois Jeanne d'Arc'. Elle lui dit : « Vous êtes le bâtard d'Orléans? — Oui, et je me réjouis de votre arrivée. — C'est vous
1. Il ne reçut qu'en i439 le titre de comte de Dunois; mais nous Je désignerons le plus souvent par ce nom sous lequel il est si célèbre.