‹ La vénérable Jeanne d'ArcChapitre 14 sur 65 · Témoignage de Dunois. — Clironique de la Pucelle · texte numérisé non relu

Témoignage de Dunois. — Clironique de la Pucelle

qui avez conseillé que je vinsse ici, par ce côté de la rivière, au lieu d'aller droit par où étaient Talbot et les Anglais. » Il s'excusa. « C'a été mon avis, et aussi celui des plus sages; nous croyions ainsi mieux faire, et plus sûrement. » Elle répondit : « Au nom de Dieu, le conseil de Noire-Seigneur est plus sûr et plus sage que le vôtre. Vous avez cru me tromper; et vous vous trompez vousmêmes. Car je vous amène le meilleur secours qui vint jamais à chevalier ou à ville; c'est le secours du Roi des Cieux. Il ne vient pas de moi, mais de Dieu même, qui, h la requête de saint Louis et de saint Charlemagne, a eu pitié de la ville d'Orléans. »

On chargea les vivres sur des bateaux venus d'Orléans, et tout le convoi ayant descendu le fleuve sans accident fut débarqué à l'entrée de la ville. Les Anglais n'avaient pas remué. Mais les transports manquaient pour que l'armée française pût suivre la même voie. On se décida donc à regagner Blois, pour repasser la Loire, et rejoindre Orléans par le nord et la rive droite. D"'accord avecDunois, Jeanne d'Arc ne voulut pas s'éloigner de la ville où déjà on l'attendait avec une espérance passionnée. Jeanne et Dunois, accompagnés d'une petite escorte, passèrent la Loire derrière le convoi de vivres et vinrent prendre terre à la pointe orientale de la ville assiégée.

Elle entra dans Orléans à la clarté des torches le 3o avril, à huit heures du soir, armée de toutes pièces, et montée sur un cheval blanc. Devant elle

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on poitait son étendard « paioillcnient blanc, auquel y avait deux anges tenant chacun une Heur de lis en leur main ; et au pennon était peinte comme une Annonciation ». Le bâtard d'Orléans chevauchait à sa droite. L'accueil fut triomphal. Bourgeois et gens de guerre « se sentaient déjà tout réconfortés et comme désassiéirés ». Tous la reiraidaient avec amour et confiance; on la pressait si fort qu'une torche mit le fou au pennon : elle l'éteignit el-le-mêmc, et vite, avec beaucoup de sang froid. Après qu'on fut entré dans la cathédrale pour y rendre grâces h Dieu, on la mena loger chez Jacques Boucher, trésorier du duc d'Orléans. Elle avait avec elle ses deux frères, Pierre et Jean, et les deux hommes d'armes qui l'avaient amenée de Vaucouleurs, Jean de INIetz et Bertrand de Poulan<rv. Comme elle avait passé tout le jour à cheval, sans descendre une fois, sans boire ni manger, on lui avait préparé un souper ; mais elle n'y toucha pas, et prit seulement cinq ou six morceaux de pain qu'elle trempa dans un verre de vin étendu d'eau. Sa sobriété était merveilleuse, comme son endurance. Son page, Louis de Contes, rapporte qu'il lui arriva souvent de prendre seulement un morceau de pain dans toute une journée. La nuit venue, elle fit coucher dans son lit la fille de son hôte. Pendant toute la campagne, elle tâcha d'avoir toujours, la nuit, une femme dans sa chambre. Lorsqu'elle ne le put faire, elle reposait tout habillée.

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On a peine à s'exj)li(jiier que les Angkùs eussent laissé ainsi ravitailler Orléans sans faire un mouvement pour s'y opposer. Ils devaient être déjà troublés, sinon effrayés, par tout ce qu'ils entendaient dire de merveilleux sur la Pucclle. Il est certain du moins que les assiégés se montrèrent d'autres hommes aussitôt qu'ils l'eurent parmi eux. Dunois l'affirme dans sa déposition. « La veille, deux Anglais auraient fait fuir huit Français de l'armée royale. Mais, dès qu'elle fut entrée dans la ville, quatre ou cinq cents des nôtres auraient tenu tête à toute l'armée anglaise (environ dix mille hommes). » En effet, les assiégeants, comme ils avaient, la veille, laissé les vivres entrer dans la place, ne s'opposèrent pas davantage le lendemain à l'entrée des renforts envoyés de Gien et de jMontargis, et virent passer, sans remuer, la petite armée de Jeanne, que Dunois alla chercher sur la roule de Blois. Les rôles étaient changés; les assiégeants devenaient assiégés; et les défenseurs d'Orléans allaient emporter une à une les redoutables bastilles que les Anglais avaient élevées et fortifiées depuis sept mois autour de leurs murailles.

Celle de Saint-Loup, qui commandait le fleuve en amont, fut attaquée la première, le mercredi 4 m^h après midi. Jeanne qu'on n'avait pas avertie reposait sur son lit, et s'était même endormie. Elle s'éveilla brusquement; elle dit à d'Aulon, son maître d'hôtel : « II faut que j'aille contre les Anglais ». En même temps une grande clameur rem-

plll la ville; elle appiciul ([ii'on se bat sans l'avoir appelée; elle s'arme en hàle et malmène son pa^j^o' qui l'a laissée dormir. « lia! sanglant garçon'M vous ne me diriez pas que le sang de France est répandu ! » C'est probablement le même jour qu'elle disait à Jean d'Aulon : « Je n'ai jamais vu sang de Français couler que les cheveux ne me levassent sur la lé te! »

Que les sages d'un antre temps lui pardonnent, si les fils de sa mère lui semblaient plus précieux que les fils de l'étrangère! Mais elle était pitoyable à tous, et rennemi tombé lui était sacré. Un soldat français ayant un jour blessé grièvement un prisonnier anglais, elle descendit de cheval, releva le mourant, tint sa tète entre ses mains, le fit se confesser, le consola elle-même par de douces paroles jusqu'au dernier soupir.

A peine armée, elle monte en hâte, et s'élance à travers la ville par un dédale de rues étroites, faisant jaillir le feu sous les fers du cheval, tant elle hâtait sa course. Comme on s'étonnait qu'elle fût allée droit au lieu où l'on se battait, sans savoir le chemin, elle dit : « Mes voix m'ont éveillée; mes voix m'ont dit le chemin ». Elle fut merveilleuse de courage et de sang-froid dans cette première rencontre. Les Anijlais firent une résistance déses-

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