‹ La vénérable Jeanne d'ArcChapitre 18 sur 65 · I. Tcmoi"na,';e de Danois · texte numérisé non relu

I. Tcmoi"na,';e de Danois

ORLKAXS. . 51

ri'jouis (oit ; et je voudrais cire toujours en cet état. » Va\ tlisaut ces paroles, elle exultait iiierveilleusenjent, les yeux levés au ciel.

Le cœur humain est ainsi fait que les témoins des j)lus grandes merveilles sont ([uelquelois les plus rebelles à Tadiniration, Tandis (pie les conseillers de Cliarles VII, au lendemain de la levée du siège d'Orléans, refusaient encore de croire en lu mission donnée à la Pucelle, le bruit de ses exploits éveillait au loin renthousiasme etramour. Christine de Pisan chantait Jeanne d'Arc dans son couvent de Poissy ; Gerson écrivait son dernier livre pour elle dans la retraite, chez les Célestins de Lyon. Dans le courant (lu mois de mai rarchevè(|ue d'Embrun, Jacques Gelu, examinait, comme Gerson, si la mission de la Pucelle avait un caractère divin; et très énergi- (juement se prononçait pour l'affirmative. Il veut que le roi et les capitaines la consultent sur toutes choses; et plus l'instrument choisi de Dieu paraît faible et impuissant, plus il craint, si l'on dédaigne cet instrument, d'appeler la colère divine. A Rome, un Français, auteur anonyme d'une Hisloire iinwerselle^, en apprenant la délivrance d'Orléans, éclatait en transports d'admiration : il voyait dans ce fait d'armes le plus merveilleux événement accompli depuis l'origine du monde. Il affirmait la mission divine de Jeanne, il annonçait qu'elle sauverait

I. Voy. ce très curieux ttjmoignage (ians la Dibuollièque de l'École des Chartes j tome XLVl, p. 65o (1880).

la France; « car c'est Dieu qui agit par elle; ses réponses sont brèves et simples; sa prudence et ses mœurs irréprochables. Elle est pure tle toute superstition, quoique ses ennemis l'en accusent. Qu'on n'attribue pas au démon les merveilles qu'elle a faites, puisque ces merveilles sont conformes au droit, favorables à la foi et aux mœurs, justifiées par la sainteté de sa vie. » Ainsi on l'admirait à Rome, tandis qu'on la discutait encore à Cbinon.

Enfin il fut décidé, d'accord avec Jeanne d'Arc, qu'on lui confierait une petite armée, sous le commandement du jeune duc d'Alencon (gendre du duc d'Orléans, le prisonnier des Anglais); qu'avec ces troupes elle essayerait de reprendre les places de la Loire occupées par les Anglais; et que si la campagne avait un bon succès, la route de Reims étant devenue libre au moins dans ses premières étapes, on marcherait vers cette ville pour y faire sacrer le roi. Le plan paraissait sage, et Jeanne elle-même, malgré son impatience d'accomplir la seconde partie de sa mission, reconnut la nécessité de dégager d'abord le cours de la Loire. On se mit avec ardeur aux préparatifs de la campagne dès les premiers jours de juin. De toutes parts, les renforts volontaires arrivaient au roi de France, attirés par le merveilleux renom de la Pucelle.

Parmi ces nouveaux venus, se trouvaient deux jeunes nobles, deux frères, Guy et André de Laval, qui, le lundi 6 juin, vinrent rejoindre Jeanne d'Arc à Selles-en-Berry. L'un d'eux, Guy, a raconté l'en-

ORLI^ANS. 53

Irevue avec beaucoup de vivacité dans une lettre (datée du 8 juin) adressée à leurs mère et grand'mère : « J'allai à son logis, la voir; elle fil venir le vin, et me dit quVdlc m'en ferait bientôt boirt; à Paris. Et semble chose toute divine que de la voir et de l'ouïr. Elle est partie ce lundi, aux vêpres*, de Selles pour aller à Romorantin, à trois lieues allant en avant... et je lavis montera cheval, armée tout en blanc sauf la tête, une petite hache en sa main, sur un grand coursier noir, qui à l'huis de son logis se démenait très fort, et ne souffrait qu'elle montât; et lors elle dit : « Menez-le à la croix » qui était devant l'église auprès, sur le chemin. Et lors elle monta, sans que le cheval bougera plus que s'il eût été lié. Alors elle se tourna vers l'huis de l'église, qui était très proche, etdit en assez voix de femme" : « Vous, les prêtres et gens d'église, faites proces- « sion et prières h Dieu ». Et lors elle se retourna à son chemin en disant : « Tirez avant, tirez avant » son étendard ployé, que portait un gracieux page; et sa petite hache en la main. »

Nous n'avons aucun portrait de Jeanne d'Arc, qui ait la moindre valeur d'authenticité. D'autre part, les descriptions qui nous sont parvenues de son aspect et de sa personne sont si vagnes, si générales, qu'il est impossible aujourd'hui de se figurer Jeanne avec uu peu d'exactitude et de vérité. Les représentations

Page 1