Témoignage du Greffier de La Rochelle
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tii>n de ses formes et rélé<;ance naturelle de sa dénuuilic et de son allure, ajoutent qu'elle avait bien l'air {Tune paysanne. Et nous l'aimons mieux ainsi; et nous iceonnaissons mieux dans eettc forte lille des cliainps la bonne sève du pays natal que dans la niorùidcsse eX la gracilité dont nos peintres et nos sculpteursont trop souvent doté Jeanne d'Arc, contre tous les témoignages et contre la vérité.
JNIais ce serait une autre erreur aussi grave, que de prêter à Jeanne d'Arc quelque chose (si peu que ce fût) de la iùra^o; ni dans son aspect physique, ni dans ses goûts et ses sentiments moraux, on ne surprend rien, absolument rien qui soit proprement M masculin » ; rien, dirai-je même, au risque d'étonner, qui soit vraiment militaire ou belliqueux.
Il ne faut pas confondre Jeanne avec ces Jemmes viriles, qui, soit dans l'antiquité, soit dans les temps modernes, ont aimé la guerre pour elles-mêmes, et recherché passionnément le fracas des batailles et la gloire des armes. La plupart de ces héroïnes avaient montré dès l'enfance des goûts masculins, une humeur aventureuse et l'amour des dangers. Toute différente est Jeanne. Il n'y a pas un seul trait dans l'histoire de son enfance qui la distingue des jeunes fdles de son âge et de sa condition; elle est seulement plus pieuse et plus grave que les autres. Aucun exercice violent ne parait lui plaire ; ni amazone, ni chasseresse, on ne voit pas, pendant une année passée parmi les hommes d'armes, qu'elle ait pris part, ni même assisté à aucun jeu militaire, quintaine
OU tournoi*. Elle se fit soldat brusquement, pargrâce et par volonté, (run jour à l'autre; rien n'avait annoncé cette vocation ; rien ne l'y avait préparée. Ou plutôt disons autrement. Devint-elle un soldat, à proprement parler, celle qu'on ne vit jamais frapper un seul ennemi de sa main; celle qui put se vanter devant les juges qui l'accusaient hypocritement d'avoir eu « soif de sang » que jamais sa main n'avait versé le sang? Le poète a décrit magnifiquement cette fureur du combat, qui saisit les plus humains :
Voilà que par degrés, de sa sombre démence
Le combat les enivre; il leur revient au cœur
Ce je ne sais quel dieu qui veut qu'on soit vainqueur,
Et qui, s'exaspérant aux armures frappées,
Mêle l'éclair des yeux aux lueurs des épées*.
Jamais Jeanne d'Arc n'a senti celte fièvre du fer heurtant le fer, cette âpre volupté de la mort évitée ou donnée; dansée siècle où la bataille était encore surtout un ensemble de duels, jamais, semble-t-il, Jeanne d'Arc ne se battit en duel contre aucun ennemi. Mais intrépide, dédaigneuse de sa vie, ou assurée par l'Ange invisible qui planait sur elle, Jeanne s'élançait la première, son étendard en main ; et le flot vengeur se ruait derrière elle, par la fis-
1. Toutefois un jour elle galopa la lance en arrêt devant le Roi et le duc d'Alençon ; c'était peu après son arrivée à Chinon ; il lui fallait bien prouver qu'elle était capable de. supporter les fatigues de la vie militaire.