Témoignage de Seguin
2. A Chinon, elle promettait de délivrer le duc d'Orléans (Témoignage de Perceval de Cagny). Elle était très attachée au duc d'Alençon, gendre du duc d'Orléans. Elle alla voir à Saumur la duchesse d'Alençon avant la campagne de la Loire et lui promit de lui ramener son mari saiu et sauf.
70 LA VKXKRAP.LK JEAXXK D'AUC.
la priulence humaine; il eût été plus sage à Jeanne d'Arc de s'arrêter au lendemain du triomphe de lleims. Une mission d'enthousiasme pouvait-elle se prolonger indéfiniment ? Un prestige tout surnaturel pouvait-il ne pas s'alFaiblir en devenant familier? Dieu avait-il promis une suite ininterrompue de succès? N'était-ce pas « tenter le Ciel » que l'attendre et la demander? D'autre part, un seul échec ne détruirait-il pas la force de celle qui, se disant l'envoyée directe de Dieu, ne devait pas être vaincue? Notre admiration juge mieux aujourd'hui; mais c'est après cinq siècles. Il nous semble que le bûcher ajoute quelque chose à la gloire de l'héroïne. Mais le temps seul épure ainsi nos jugements. Au contraire, la plupart des contemporains doutent delà bonté d'une cause qu'ils voient vaincue. Combien ont dû dire, en apprenant le supplice de Rouen : « Celle qui devait sauver la France n'a pas su se sauver elle-même ! »
JMais au lendemain du sacre, après ces trois mois où l'on avait marché de miracle en miracle, qui donc pouvait s'abaisser aux timides calculs de la prudence humaine? Et si c'était tenter Dieu que lui demander encore des miracles qu'il n'avait pas promis, n'était-ce pas douter de Dieu que s'arrêter si tôt, avant l'œuvre achevée, comme si l'on eût craint que « son bras ne fût raccourci? » Jeanne elle-même redoublait d'ardeur et d'espérance. Le 17 juillet, jour du sacre, elle adressait au duc de Bourgogne une lettre pressante, et presque hau-
laitie, en le sommant de faire la paix avec le roi tle France : « Haut el redouté prince, Jeanne la Pucelle vous requiert, de par le lloi du Ciel, mon droiturier et souverain seigneur, que le Roi de France et vous, fassiez bonne paix ferme, qui dure longtemps. Pardonnez l'un à Fautre de bon cœur, entièrement, ainsi que doivent faire loyaux chrétiens. Et s'il vous plaît de guerroyer, si allez sur les Sarrasins 1 » Mais si le duc refuse et s'obstine, elle lui annonce que sa défaite est sûre, quelques forces qu'il oppose au Roi légitime et à la Pucelle. « Elle ne faisait doute que Paris ne fût bientôt réduit en l'obéissance'. » Et tout le monde, au moins durant les premiers jours qui suivirent le sacre, partageait cette confiance, et croyait voir déjà la capitale s'ouvrir presque sans combat, devant son Roi. La vieille Christine de Pisan, celte Italienne rattachée à la France par une fidélité volontaire et touchante, sortait de sa retraite, et rompait un silence absolu de onze années, pour composer en l'honneur de Théroïne un hvmne triomphant, où l'espoir déborde avec l'enthousiasme. La pièce est datée du 3i juillet, deux semaines après le sacre :
L'an mil-quatre-cent-vingt-et-neuf Reprit à luire le soleil....
Or faisons fête à notre roi ; Que très bien soit-il revenu!...
I. Lettre des trois gentilshommes angevins à la reine de France et à la reine de Sicile, datée du jour du sacre (17 juillet 1429).
Une fillette de seize ans (N'est-ce pas chose fors nature?) A qui armes ne sont pesant, Ains* semble que sa nourriture* Y soit, tant y est forte et dure; Et devant elle vont fuyant Les ennemis; ne nul n'y dure...
Mais tout ce fait Dieu qui la mène
N'apercevez-vous, gent aveugle,
Que Dieu a ici la main mise?...
Voulez-vous contre Dieu combattre....
C'est pour néant; rendre leur faut,
Veuillent, ou non ; n'y a si forte
Résistance, qui a l'assaut
De la Pucelle ne soit morte....
O Paris, très mal conseillé,
Fols habitants sans confiance !
Aimes-tu mieux être essillié^
Qu'à ton prince faire accordance....
Car eus* entrera, qui qu'en grogne;
La Pucelle lui a promis.
Cette pièce est un témoignage éclatant de l'enthousiasme et de la confiance universelle au lendemain du sacre ! On voyait déjà le Roi à Paris, les Anglais chassés, la France libre. Que dis-je! Onrêvait de représailles conquérantes; on montrait le Sarrasin abattu, le Saint-Tombeau reconquis par les armes invincibles du roi de France et de la Pucelle. L'échec devant Paris et la longue inaction des six