‹ La vénérable Jeanne d'ArcChapitre 25 sur 65 · I. Leurs noms sont inconnus · texte numérisé non relu

I. Leurs noms sont inconnus

de Bourgo^nic; et celui-ci, soit par dégoût de Talliancc anglaise, soit par effroi des victoires de Charles VII, soit simplement par ruse, pour gagner du temps et attendre les événements, signait une trêve avec le roi de France, et laissait espérer la paix définitive, avec la réconciliation des deux branches de la maison royale. Paris, dont il se disait et se croyait peut-être le maître, ne manquerait pas d'ouvrir alors ses portes à Charles VII. La cour eut grand tort de prêter Torcillc à ces belles, mais vagues promesses. A la vérité, une suite ininterrompue de succès faciles entretenait l'illusion royale pendant les pre miers jours qui suivirent le sacre. Toutes les villes entre Reims et Paris apportaient, sans combat, sans même être sommées, leurs clefs au roi de France. Soissons, Laon, Château-Tliierry, Provins, Coulom miers ouvraient leurs portes ; et Ton perdait des jours précieux à recevoir la soumission de ces places. Pendant ce temps Bedford, amenait vers Paris des renforts tirés d'Angleterre, et, le lo août, il défiait Charles VII par une lettre injurieuse où il lui refusait le titre royal et couvrait Jeanne d'Arc d'outrages. Quatre jours après, les deux armées étaient en présence devant Senlis; mais il n'y eut pas de bataille; les Anglais, très bien fortifiés, ne voulurent pas quitter leurs positions; les Français n'osèrent pas les attaquer. Le lendemain, i6 août, les Anglais rentraient en bon ordre dans Paris. Beauvais se rendit alors à Charles VII, malgré son évêque, Pierre Cauchon, tout dévoué aux Anglais. Cauchon

s'onriiii chez ses maîtres, jurant de se venger. On sait s'il tint parole. Le ly août, Compiègne ouvrit ses portes; puisSenlis. Malgré les hésitations et les ter<^iversations de cette campagne singulière, où la marche de l'armée semblait conduite au hasard, parce que l'intrigue et les négociations, ouvertes ou secrètes, contrecarraient sans cesse l'action militaire, les avantages éclatants demeuraient au roi de France ; et le prestige de cette marche victorieuse accomplie depuis quatre mois n'était pas encore entamé.

Dans ces circonstances fallait-il attaquer Paris? Le Roi et ses conseillers, certainement, n'en voulaient rien faire. Le duc d'Alençon et la plupart des capitaines croyaient au contraire l'occasion favorable. Jeanne d'Arc fut de leur avis, ou plutôt leur avait fait accepter le sien. Ses voix ne lui prescrivaient pas cette entreprise; mais elles ne l'interdisaient pas non plus. Son témoignage est très formel sur ce point et doit être recueilli : « Interrogée si, quand elle alla devant Paris, elle eut révélation de ses voix d'y aller, répond que non; mais à la requête des gentilshommes qui voulaient faire une escarmouche ou une vaillance d'armes; et avait bien intention d'aller outre et passer les fossés *. »

Ainsi, au risque d'irriter des juges dont plusieurs s'étaient trouvés à Paris au jour où elle attaqua la porte Saint-Honoré, Jeanne d'Arc refuse de laisser

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