I. Interrogatoire du i3 mars
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croire qu'elle ait seulement voulu faire contre la ville une vainc démonstration. Et, sans cloute, les moyens dont l'armée royale disposait étaient fort insuffisants pour assiéger et prendre uncplace comme Paris, dans les règles. Mais Jeanne avait-elle eu tort de compter sur d'autres armes? l\iris était très divisé. Les Anglais y étaient haïs, môme des Bourguignons; le duc de Bedford si exécré qu'il avait cru rendre service à la cause du roi, son neveu, en s'éloignant de la ville quand le roi Charles s'en approcha. Et pour combien fallait-il compter l'émotion qu'excitaient le voisinage du fds des vieux rois, le prestige du sacre, et les anciens souvenirs réveillés brusquement dans une ville longtemps fidèle, attachée par mille liens à l'antique dynastie, et devenue misérable depuis qu'elle l'avait perdue? Disons que, si l'entreprise hardie de Jeanne échoua, elle aurait pu réussir; que, même, elle eût réussi probablement si l'on eût eu la volonté de s'y obstiner.
Elle était partie de Compiègne, avec le duc d'Alençon, le 23 août. Le vendredi 26, on occupa Saint- Denis sans résistance'. Le roi suivait lentement, et
I. D'après le témoignage du duc d'Alençou, c'est à Saint- Denis que Jeanne brisa l'épce de Sainte-Catherine en frappant du plat de cette épëe une femme de mauvaise vie qu'elle chassait de l'armée. La superstition crut que sou bouheur avait fini avec ce fer enchanté ; le chroniqueur Jean Chartier lui-même le croit ainsi. Il est merveilleux que Jeanne, vivant dans ime société imprégnée de superstitions, n'en offre pas la plus légère trace dans ses actes ui dans son langage.
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(le loin, son arnicc, coniino n'osant ni la désavouer, ni la conduire. Il fut à Saint-Denis le 7 septembre; ces quinze jours avaient été perdus en inutiles escarmouches. Dès le lendemain, quoique ce lût jour de fête (la Nativité de Notre-Dame), Jeanne dWrc voulut qu'on attaquât. Elle choisit la porte Saint-IIonoré (sur remplacement de la place actuelle du Théâtre-Français) et fil donner Tassant avec sa vaillance ordinaire. La première barrière fut emportée ; ou arriva au bord du fossé ; Jeanne, son étendard à la main, y descendit la première, quoique les assaillants fissent pleuvoir du haut des murs toutes sortes de projectiles. Le premier fossé fut franchi; le second, qui était plein d'eau, présentait un obstacle plus difficile; Jeanne, arrêtée au bord, sondait du bois de son étendard la profondeur de l'eau, et criait aux soldats d'apporter des fascines. A ce moment un trait d'arbalète lui traversa la cuisse; elle supporta bravement la douleur, et continua d'exciter ses gens à combler le fossé. Mais le soir approchait; la blessure de Jeanne avait découragé l'armée. Les capitaines ordonnèrent la retraite. Elle refusait de s'éloigner; le duc d'Alençon l'entraîna de force, elle protesta jusqu'au bout: elle ne cessait d'affirmer que, si l'on eût voulu persister, la ville aurait été prise. Elle le croyait certainement, et peut-être avait-elle raison de le croire. Mais, autour d'elle, la débandade fut générale, après ce premier échec qu'on semblait avoir attendu. Le Roi donna le funeste exemple ; il écrivit aux « bonnes villes »
une lettre circulaire pour les informer de la trêve conclue avec son cousin le duc de Bourgogne, et annoncer que, voulant décharger le pays, il emmenait son armée outre Seine, en se réservant de revenir avec des forces plus nombreuses « à poursuivre le demeurant de ses conquêtes et recouvrement de sa seigneurie ». Jeanne d'Arc déposa tristement ses armes sur l'autel de la sainte Vierge, en l'abbaye de Saint-Denis, et suivit la déplorable retraite qui mettait fin à ses victoires.
On passa par Lagny , Provins ; on franchit l'Yonne, près de Sens, qui garda ses portes closes; par Courtenay et Montargis on atteignit Gien, le 21 septembre. A peine l'armée royale avait-elle quitté Saint-Denis, en y laissant une faible garnison, que les Anglais y rentrèrent, sans résistance, et reprirent possession de la ville et de l'abbaye. L'armure de Jeanne d'Arc fut rapportée à Paris comme un trophée. Sans doute, la reprise de Saint-Denis n'avait pas, comme fait militaire, une importance considérable; mais l'effet moral en fut grand. Des conquêtes du Roi faites depuis quatre mois, c'est la première qu'il perdait. Après l'ascension merveilleuse, c'était le commencement de la déchéance.
Jeanne d'Arc avait eu bien raison en protestant contre le duc d'Alençon qui l'entraînait de force loin de la porte Saint-Honoré. Cette persistance héroïque à demeurer, blessée, impuissante, au bord de ce fossé qui lui fermait Paris, montre bien qu'elle eut conscience, plus que les capitaines, de la
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gia\iii' ilu [Kuli iju'oii allait preiuire, en comnu'iicanl à reculer.
Depuis le i*"" mai, c'était la première fois qu'on faisait un pas en arrière. Et sans doute, à la guerre, il est sage et habile, souvent, de reculer un jour, pour mieux avancer le lendemain. Mais cette guerre n'était pas une guerre ordinaire. C'était une entreprise sacrée, conduite par la foi, soutenue par l'enthousiasme. En reculant, on lui enlevait ce caractère ; en biaisant, en tergiversant, on semblait avouer qu'on ne marchait plus avec Dieu. Il eût peut-être été plus sage (ce n'est point notre avis) de ne pas attaquer Paris; de ne pas se risquer avec de si petites forces contre un si formidable adversaire; contre une ville où la haine des « Armagnacs » était encore implantée au cœur de tout le peuple et de la plus graiule partie des bourgeois. (On ne verra que trop les marques de cette haine au procès de Jeanne d'Arc.) Mais puisqu'on avait eu, à tort ou à raison, cette audace d'attaquer Paris, c'était une faute énorme que de reculer après un premier échec; il fallait s'obstiner devant ses murs, dût-on V périr.
Et rien ne pi'ouve qu'on y eût péri. Le Roi avait aussi des partisans dans la ville, moins nombreux, mais résolus, actifs et puissants. Il était facile d'y exciter des dissensions intestines dont la cause royale eût profité. Le sacre avait changé les dispositions d'une partie au moins du clergé. La reprise de Saint-Denis avait dû frapper vivement l'imagi-
nation populaire; en reconquérant le tombeau du protecteur de sa race, le roi de France lui semblait avoir afTirmé ses droits. Le prestige de la Pucelle aurait résiste même aux épreuves d'un long siège; mais pouvait-il n'être pas fort entamé par une attaque infructueuse suivie d'une retraite précipitée ?
Ainsi nous estimons que Jeanne fut sage en paraissant téméraire. Elle voulait qu'on restât devant Paris; au moins, qu'on se maintînt dans Saint-Denis. Elle fut seule à soutenir ces hardis conseils, et dut capituler devant la mollesse du Roi et les intrigues des courtisans. Car, si tout le monde se ligua contre son avis, ce ne fut pas lâcheté sans doute, ni prudence excessive, mais plutôt jalousie et défiance. Les capitaines eux-mêmes pensèrent que cette fille avait fait assez. Il était temps qu'elle retournât au village, ou descendît au second rang. Ils étaient las d'être éclipsés par elle, et môme de vaincre à sa suite. La lamentable histoire des dix-huit mois que Jeanne allait vivre encore s'explique par les jalousies qu'elle avait soulevées, malgré sa modestie, sa douceur, son humilité. Il est faux que ses compagnons d'armes l'aient trahie positivement, comme on l'a prétendu. Mais plusieurs l'avaient d'avance trahie dans leur cœur; et sa prison, son procès, son supplice, qui donnèrent une joie si vive à ses ennemis, n'ont pas causé peut-être autant de douleur à tous ses prétendus amis.
L'hiver, oisif et vide, fut douloureux à Jeanne d'Arc. Tandis que le Roi, satisfait d'être rendu à sa
mollesse ordinnire, allait de ville en ville et de château en cliàleau à travers les provinces fidèles (Berry, Touraine et Poitou); pour occuper la généreuse impatience de Jeanne, on lui [)errait d'aller prendre unepetiteplaceforte(Saint-Pierre-le-]Moutier)etd'assiéger la Charité-sur-Loire', dont la prise aurait eu plus d'importance. Mais, comme on ne lui confia ni troupes suffisantes, ni matériel de siège, elle échoua, et, manquant d'argent et de vivres, dut revenir à la cour sans avoir pris la Charité. On ne lui en fit pas reproche; car la cour semblait n'avoir d'autre désir que de prolonger l'inaction. Est-ce pour la consoler (c'eût été la connaître mal), est-ce seulement pour l'honorer que, peu de jours après (le 29 décembre 1429), Charles VII anoblit la Pucelle^avec toute sa famille? Son blason'portait leslisde France, et ses frères en prirent et retinrent le nom de Du Lis. Pour elle, sans dédaigner le don de son roi, elle resta Jeanne d'Arc, ou la Pucelle, et ne porta jamais d'autre titre. Celle qui faisait la guerre depuis six mois, au milieu de tant de braves gentilshommes, devait respecter la noblesse et il serait puéril de lui prêter des sentiments démocratiques inconnus de son temps\ Toutefois, sa pensée était trop haute, ses