‹ La vénérable Jeanne d'ArcChapitre 29 sur 65 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ï..\. PRISON

Nous avons dit plus haut, et il faut répéter ici (parce que ce fait incontestable a été contesté à tort sur de faibles arguments') : que durant l'espace

I. M. Du Fresne de Beaucourt a essayé de défondre Charles Vil, après L'Averdy et M. de Beaurepaire. Les raisons alléguées se résument en celle-ci: que tout eCFort eût été inutile. M. de Beaurepaire croit qu'une intervention du Roi n'aurait pu que compromettre Jeanne d'Arc. Vu l'issue du procès, l'argument est étrange. Oa dit aussi que l'Université de Paris [Lettre au duc de Bourgogne) exprima la crainte que les ennemis de ce prince ne cherchassent à enlever Jeanne des mains de Jean de Luxembourg. Mais nous pensons qu'elle s'émouvait à tort. On a prétendu que toute action militaire était impossible; on n'en a pas fourni la preuve. En somme, les défenseurs de Charles VIT sont réduits à alléguer que, s'il n'a rien fait, c'est sans doute qu'il ne pouvait rien faire. Pauvre apologie!

Mais récemment la question s'est rouverte. Ou a exhumé, on va publier la Chronique de Moroslni. (MM. Germain Lefèvre- Pontalis et Léon Dorez la publient, partiellement, pour la Société de VHistoire de France. Les tomes I et II ont paru; le tome III renfermera les passages relatifs à Jeanne d'Arc.) L'on prétend que cette C/ironique porte témoignage en faveur

92 LA VÉNKRABLE JKAXXE D'ARC.

crun an et. cinq jours, t-nlrc le 24 'H^i i î3(), tlale du jour où Jeanne d'Arc fui prise, et le 3o mai i43i, date du jour où elle fut brûlée, on ne trouve pas la moindre trace aulhenti(jue d'une seule démarche, militaire ou diplomati(|ue, accomplie ou seulement tentée par Charles VU ou par quelqu'un des siens, pour arracher Jeanne au sort qui l'attendait, au supplice que ses ennemis s'étaient juré de lui faire

des efTorts tentes par Charles VU pour sauver Jeanne d'Arc. Mais que vaut cette Chronique en ce qui touche à l'histoire de Jeanne ? Ce n'est pas une Chronique, c'est un véritable journal; l'auteur, ou plutôt le compilateur, qui résidait à Venise, accueillait dans cette sorte de gazette toutes les nouvelles vraies ou fausses. A propos de Jeanne, il en débite beaucoup de monstrueusement fausses. Il raconte, sur la foi de ses correspondants de Bruges (à la date du i4 juillet 1429), que Jeauue a fait entrée solennelle avec le Roi à Rouen et à Paris et que la paix générale est faite et signée. Il raconte, un peu plus tard, que Jeanne d'Arc a pris Auxerre (où elle n'entra pas) et a fait massacrer tous les habitants au-dessus de sept ans, sans épargner l'évêque ni sou clergé. On voit qu'on a eu raison d'annoncer que la découverte de celte précieuse chronique renouvelait l'histoire de Jeanne d'Arc! Cela dit, et le lecteur étant sur ses gardes, je transcris volontiers les deux passages suivants, où l'on a voulu voir la réhabilitation de Charles VII. (Je les traduis sur le texte vénitien publié par le R. P. Ayroles, La vraie Jeanne d'y4rc, tome III, p. GGO) :

« Aussitôt que la demoiselle (^o«ce/a) fut tombée aux mains du duc de Bourgogne et que le bruit se répandit que les Anglais l'auraient par deniers, le dauphin l'ayant su envoya une ambassade (au duc) pour lui dire qu'il ne devait consentir pour rien au monde (à la livrer). Autrement le Roi en tirerait représailles. » Plus loin on lit :

« Par plusieurs lettres venues de Bruges, on a su (à Venise) que la vertueuse demoiselle fut tenue eu prison du côté de

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