LA TRI SON
pieds. Quand les Aiiyhiis se ruicnt rendu compte de rinipossibilité où elle était de s'enfuir du cliâleau <;ardé par eux, leur haine se rassura; ou peutêtre craignirent-ils de la faire mourir avant l'heure du supplice, par l'excès des mauvais traitements. Dès lors on se contenta de la tenir à la chaîne, mais on la sortit de la cage, probablement au bout tle quinze jours ou trois semaines (le témoin JeanMassicu dit : au commencement du procès). Elle resta tenue d'assez près, et encore assez maltraitée pour satisfaire à ranimosité la plus acharnée.
La prison de Jeanne d'Arc était en efTet fort resserrée. On y avait accès par un escalier de huit marches, qui conduisait h la chambre où elle était gardée. Une grosse pièce de bois, solidement fixée au mur, laissait pendre une chaîne de fer, dont la prisonnière était attachée dans son lit. La chaîne fermait à serrure. Cinq Anglais, misérables soudards, de ceux, dit un témoin, qu'en français on nomme hoitsse-paillers (c'est-à-dire houspil leurs), gardaient à vue la prisonnière, jour et nuit, et se faisaient un jeu de l'insulter et de souhaiter hautement sa condamnation et son supplice. IMalgré la défense humaine que leur avait prescrite la duchesse de Bedford, ces outrages (plusieurs témoins l'affirment} se prolongèrent jusqu'au dernier jour.
La haine des Anglais s'explique trop aisément par la persuasion où ils étaient tous que leurs défaites étaient dues aux « enchantements » de la Pucelle. Trois années plus tard, Bedford, s'adres-
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snnt au Roi son neveu dans un document officiel', alliihuail encore à celle ennemie maudite la décadence de la fortune si longtemps heureuse des y\nglais sur le continent : » Tout prospérait pour vous en France, jusqu'il Tépoque du siège d'Orléans. A.lors il arriva (par la main de Dieu, ce me semble) un coup terrible. On eut le tort de croire en un disciple de Satan, et suppôt de l'enfer, nommé la Pucelle, et d'en avoir peur. Elle usait d'enchantements criminels et de sorcelleries, et c'est à la faveur de ces moyens que le nombre de vos partisans diminua ; le courage de ceux qui vous restaient disparut, en même tempsques'augmentaicnt la vaillance et le nombre de vos adversaires. »
Ce témoignage officiel, écrit de sang-froid, et longtemps après l'événement, jette un jour très éclatant sur les sentiments des Anglais les plus éclairés u l'égard de Jeanne d'Arc. Ils n'ont pas nié sa puissance; ils en avaient trop bien ressenti les merveilleux efTets. Mais comme elle s'exerçait contre eux, et mettait fin à leur bonne fortune, il plut à leur orgueil de croire que le diable seul pouvait vouloir et faire du mal ii l'Angleterre. Ils érigèrent en sorcière leur ennemie, longtemps trop heureuse. Les habiles et les sceptiques, s'il en fut parmi eux, purent se rallier à cette opinion, ou la feindre. Elle servait les desseins de tous. La mort
I. Le texte anglais est publié par le R. P. Ayroles, La vraie Jeanne d'Arc, tome III, p. 6.(2.
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lie la « sorcière » alhul rassurer les soldats anirlais.
Sa coiulamnalion attcli^nait Charles VII, complice d'une envoyée du démon, et servi par ses « enchantements ». EUe jetait la (Uvision, le trouble, au moins riu(}uiétude parn.i les esprits des Français. Au spectacle de la délaitc et de riuiiniliation de Jeanne d'Arc, ces faibles âmes ne savaiei:t plus que penser de ses victoires mômes. Y avait-il eu quelque sortilège dans son fait, ou bien hasard, illusion? Le doute était entré dans tous les cœurs. Et bientôt, pendant que ses ennemis acharnés éclateront contre elle, ses amis, embarrassés, décontenancés, se réfugieront dans un lâche silence, comme s'ils pensaient tout bas : que c'est à Dieu de la défendre si c'est Dieu qui l'a envoyée'.
I. C'est ce sentiment faible et bas qui empêcha, probablement, Charles VII de faire appel au pape en faveur de l'accusée. Rien n'était plus naturel, dans un procès d'hérésie, fait à une de ses sujettes. Le roi n'osa pas, craignant d'être appelé « complice et fauteur d'une sorcière ».