CHAPITRE VU
LE PROCÈS. l'audience PUBLIQUE
Jeanne était prisonnière au château de Rouen. Cela ne donnait à Tévêque de Beauvais aucun droit légal de la juger dans un diocèse qui n'était pas le sien. Il fallut, par une fiction de procédure, lui constituer à Rouen un « territoire » où il fût censé siéger dans son diocèse. Au cours de tout le procès, nous allons admirer le même respect des « formes », joint h un mépris flagrant du droit et de la justice. Le siège de Rouen étant vacant, le chapitre, qui exerçait les pouvoirs de l'Ordinaire, se prêta volontiers à ordonner cette fiction, premier acte nécessaire du grand procès qui allait s'engager (28 décembre i43o).
Le 3 janvier i43i, le roi Henri* donna ordre de procéder. Il remit l'affaire aux gens d'Eglise en ayant bien soin d'ajouter que, si Jeanne était acquittée par eux sur les faits touchant la foi, « c'était son
I. Il faut se souvenir qu'il n'avait que dix ans. Le régent Bedford, son oncle, gouvernait sous le nom de Henri \1.
108 LA Vl'NÉRABLE JEANNE D'AUC.
intention de ravoir et reprendre par devers lui icelle Jeanne* ".11 est diffieile de nier que la mort de la Pucelle fût dès ce moment chose résolue dans l'esprit des Anglais. Mais si Ton eût écarté l'accusation d'hëi'ésie et de sorcellerie, il n'était pas facile, nous l'avons dit, de condamner légalement une prisonnière de guerre, dont le crime était celui de tous les soldats de Charles VII. Les Anglais résolurent donc, au risque d'attendre un peu leur vengeance, de laisser d'ahord l'affaire au tribunal ecclésiastique; mais ils insinuaient en même temps aux juges qu'ils eussent h se garder d'être cléments envers Jeanne, car leur clémence serait inutile.
Le mardi 9 janvier i43i, la procédure fut ouverte contre Jeanne d'Arc. L'évêque convoqua d'abord huit personnages considérables ; les abbés de Fécamp et de Jumièges, l'un docteur en théologie et l'autre en droit canon ; le prieur de Longueville, docteur en théologie; le trésorier de la cathédrale, docteur en l'un et l'autre droit; quatre chanoines. Il prit conseil sur la marche h suivre,
I. Nous ne rendons pas responsable de cette lettre l'enfant de dix ans qui l'a signée, mais ses conseillers ; c'est un chef-d'œuvre d'hypocrisie. Le roi Henri envoie Jeanne d'Arc en jugement, à ce requis par révérend père en Dieu l'évcque de Beauvais, et exhorté « par notre très chère et aimée ûUe l'Université de Paris » par pur mouvement de zèle envers l'Église et obéissance à ses ordres. Toutefois, « c'est notre intention de ravoir et reprendre par devers nous icelle Jeanne si ainsi était qu'elle ne fût convaincue et atteinte des cas dessus dits » (blasphème, hérésie, schisme, etc.).