‹ La vénérable Jeanne d'ArcChapitre 37 sur 65 · LE TROCKS. — L'AUDIENCE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

LE TROCKS. — L'AUDIENCE PUBLIQUE

clioisit pour procureur général [promoteur) un homme à lui, tout à fait sûr et dévoué, Jean d'Estivet, chanoine de Oeauvais. Il désiijna deux greffiers, pris parmi les curés de Rouen; un huissier. Le i3 janvier, le tribunal' prit connaissance des informations faites sur la Pucelle à Domremy et ailleurs. On devine aisément avec quelle partialité cette enquête avait été faite. Un témoin, Nicolas Bailly, tabellion, qui fut l'un des enquêteurs, déposa plus tard (au procès de réhabilitation) qu'ayant rapporté de Domremy des témoignages favorables à Jeanne, il se vit traiter à Rouen de « faux Armagnac, w Au reste, ces enquêtes ne furent pas soumises à l'accusée, ni produites au procès; ce qui donne à penser qu'elles étaient malgré tout favorables à Jeanne.

La partialité déclsirée de Cauchon alla-t-elle jus qu'à fausser les relations officielles du procès, qui furent publiées par ses soins ? Comme on l'en a fortement accusé, il importe ici d'établir bien ce point essentiel. Tout ce que nous savons du procès repose en effet sur les comptes rendus. Sont-ils sin-

I. Cent-treize assesseurs en tout out paru au procès, mais jamais ils ne siégèrent tous ensemble. Le nombre des présents ne dépassa pas soixante. Cette façon de juger d'une affaire sans en avoir suivi toutes les phases offrait bien des inconvénients; mais elle était conforme aux usages. Le plus assidu, Nicolas Midy siégea 87 fois; mais trente-etun ne siégèrent qu'une seule fois. Parmi les cent treize, on compte plus de quatre-vingts suppôts de l'Université de Paris. Voy. Le Procès de Jeanne d\4rc et V Université de Paris, par le P. H. Denifle et Em. Châtelain. Paris, 1897, in-8».

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cères? Nous les croyons sincères. A la vérité, au procès de rrliabilitation, le témoin Manchon, notaire ou grcdier au premier procès, accusa formellement Cauchon d'avoir voulu fausser les comptes rendus ; à cet effet, il prétendit qu'on avait dissimulé' derrière un rideau, des notaires alfidcs avec charge d'insérer au procès des réponses fausses, accablantes pour l'accusée. Les pièces officielles ne portent pas trace de cette machination; elles sont concordantes entre elles et paraissent exactes. Peut-être Cauchon voulut-il conserver pour son propre usage un instrument complet du procès, ce qui aurait donné lieu à ces rumeurs malveillantes qui ne nous paraissent pas siirement fondées. Le greffier Manchon déclara d'ailleurs qu'il ne s'était pas prêté à ces manœuvres, qu'il avait fait exclure ces secrétaires intrus, et il certifia que la relation officielle, signée de lui, est entièrement véridique, et ne renferme rien « fors son entendement et conscience ». En somme, et quelles qu'aient pu être les secrètes intentions de Cauchon, nous n'avons, je crois, aucun motif de suspecter la sincérité des procès-verbaux*. D'ailleurs n'y ayant rien trouvé qui ne soit h l'entier honneur de Jeanne

1 . Au procès de réhabilitation, Pierre Miget, l'un des juges, avoue le fait des notaires cachés ; mais il n'en voit pas l'objet, car, dit-il, les notaires officiels furent loyaux. C'est tout ce qui nous importe.

2. La minute du procès était primitivement écrite en français de la main des notaires Manchon et Boisguillaume. Elle fut ensuite traduite en latin, longtemps après l'affaire, par Manchon lui-même et Thomas de Courcelles. Nous

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d'Arc, et ne crie bien haut son innocence et sa vertu, j'avoue no tlisting^uer aucune trace précise des fal- .silicalions qu'on a imputées un peu vaguement à ses jnges.

Jeanne parut devant cu\ pour la première fois, le mercredi 21 février, à liuit heures du matin, dans hi chapelle du château. Cauchon présidait, assisté de quarante-deux juges, dont sept docteurs en théologie et deux bacheliers; deux docteurs en droit canon ou civil, et treize licenciés. Le vicaire de l'Inquisiteur de France refusa d'assister, sous prétexte que ses pouvoirs étaient pour la Normandie; et que le procès, jugé en fait à llouen, était jugé censément à Beauvais. Le subtil stratagème de Cauchon se retournait ainsi contre lui. Mais l'abstention de l'Inquisiteur ne se prolongea pas jusqu'à la fin du procès. S'il eût persisté, son absence eût rendu la condamnation beaucoup plus difficile.

La veille de la première audience, Jean Massieu, prêtre, faisant fonction d'huissier, avait « sommé » la prisonnière de comparaître. Jeanne avait répondu qu'elle comparaîtrait volontiers, et répondrait la vérité « touchant la foi. » Elle avait demandé la faveur d'entendre la messe avant l'audience. Le tribunal kii refusa cette grâce, vu l'accusation d'hérésie qui pesait sur elle, et « l'habit monstrueux » [difformitate habitua) qu'elle s'obstinait à garder.

possédons une partie seulement de la minute originale CQ français, et intégralement la traduction latine de cette minute.

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En suivant le chemin de la prison au tribunal, on passait devant la chapelle. Jeanne sollicita la permission de s'arrêter un moment, de s'agenouiller devant la porte et de prier, Jean Massieu consentit. Mais quand Cauchon* apprit la chose, il blâma fort l'huissier, et lui défendit de récidiver.

Amenée devant les juges, le président requit Jeanne d'Arc de dire toute la vérité sans chercher à se dérober par subterfuge ou paroles cauteleuses. Sa réponse est remarquable, car elle explique certaines obscurités du langage qu'elle tint par la suite au procès : « Je ne sais sur quoi vous voulez m'interroger. Il peut bien se faire que vous me demandiez telle chose que je ne vous dise pas. Sur mon père, sur ma mère, sur tout ce que j'ai fait depuis ma venue en France, je jure de répondre volontiers. Mais sur les révélations que j'ai eues de la part de Dieu, je n'ai jamais dit, ni révélé rien h personne, hormis au seul roi Charles; et je ne révélerai rien, dùt-on me couper la tète. » Car elle disait avoir reçu défense de son « conseil » de parler là-dessus. Elle ajoutait qu'avant huit jours, elle saurait bien ce qu'elle devait taire et ce qu'elle devait révéler; ses « voix " le lui auraient enseigné. Mais à toute question concernant sa foi, elle répondrait volontiers, et dirait toute la vérité. Elle en fit le serment à genoux, les deux mains sur l'Evangile. Ensuite

I. Selon uu autre témoin, ce fut d'Estivet, le promoteur, qui malmena Jean Massieu.

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