‹ La vénérable Jeanne d'ArcChapitre 48 sur 65 · I. Témoignage de Jean Toutmouillë, frère prêcheur · texte numérisé non relu

I. Témoignage de Jean Toutmouillë, frère prêcheur

l'abjuration. — LE SUPPLICE. 155

Quelques-uns tles juges coururent le jour même au château. Les Anglais les arrêtèrent clans la cour et les couvrirent cFinsulles. « Entre vous, gens d'Eglise, vous êtes tous traîtres armagnacs et faux conseillers. » A grand'peine ils s'enfuirent. Ils revinrent le lendemain, accompagnés de Cauchon et sous la protection des gens du comte de Warwick. Introduits dans la prison, ils trouvèrent Jeanne en habit d'homme.

Que s'était-il passe? les témoignages semblent contradictoires; mais ils peuvent, selon nous, se concilier. Il est très vrai qu'où lendit un piège à Jeanne pour la perdre; mais nous croyons qu'elle y tomba volontairement, et aima mieux mourir que de persister dans son abjuration.

On connaît le récit qu'a fait, au procès de réhabilitation, cet honnête homme, JeanMassieu, curé, qui avait fait fonction d'huissier au procès de condamnation et toujours traité Jeanne avec douceur. Il dit que l'habit d'homme (déposé le jeudi précédent par elle) avait été mis en un sac, et conservé dans la chambre où elle était prisonnière. Cinq Anglais la gardaient, trois passaient la nuit dans la chambre, et deux dehors, devant la porte. Dans le lit où elle était couchée elle était « ferrée par les jambes de deux paires de fers à chaîne, et attachée bien étroitement d'une chaîne traversant par les pieds du lit; tenant à une grosse pièce de bois, de cinq ou six pieds de longueur, et fermant à clef; par quoi elle ne pouvait mouvoir de sa place » . Le di-

manche matin (jour de la Trinité, 27 mai), elle voulut se lever « comme elle le rapporta à celui qui parle*. Elle demanda à ces Anglais, ses gardes : a Déferrez-moi; je me lèverai. » Et lors un de ces Anglais lui ôta les habillements de femme qu'elle avait sur elle (c'est-à-dire posés sur le lit) ; les autres vidèrent le sac où était l'habit d'homme, jetèrent ledit habit sur elle en lui disant : « Lève-toi, » et cachèrent l'habit de femme dans le sac ». Elle résista, disant : « Cela m'est défendu, je ne le prendrai pas. » Le débat dura plusieurs heures, jusqu'à midi. A la fin cédant à la nécessité, elle prit l'habit d'homme en protestant.

Tout ce récit est vrai dans son fond; et si l'on avait conservé depuis trois jours dans sa chambre cet habit d'homme qu'elle ne devait plus remettre, sous peine de mort, il est bien probable que c'était pour lui tendre un piège. Mais j'incline h penser qu'elle se laissa prendre à ce piège à demi volontairement. Au témoignage précédent, s'opposent ceux de Martin Ladvenu, son dernier confesseur, d'Isambard de la Pierre, qui avec Martin Ladvenu l'assista au supplice, de Jean Toutmouillé, frère prêcheur, qui la visita dans sa prison; tous ont déclaré tenir d'elle-même qu'elle avait eu à repousser les insultes d'un de ses gardes, ou peut-être même d'un plus grand personnage; et que c'est pour cela qu'elle avait repris l'habit d'homme, laissé à sa

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