‹ La vénérable Jeanne d'ArcChapitre 5 sur 65 · I. Quatrième audience, Quicherat, Procùs, etc., t. I, p · texte numérisé non relu

I. Quatrième audience, Quicherat, Procùs, etc., t. I, p

Ik LA VÉNÉRABLE JEANNE D ARf,.

cèrcnt de lui iipparaîtrc et de lui parler. Dès les premières apparitions, Jeanne, sans en avoir reçu Tordre, avait fait vœu à Dieu de conserver sa virginité.

Elle ne révéla le secret de ses « voix » à personne, ni à son père, ni h sa mère, ni à son confesseur*; elle conserva ces choses en son cœur, entre Dieu et elle. Ce silence absolu gardé pendant trois ans par une enfant si jeune, est chose bien remarquable et témoigne d'une âme singulièrement forte, pensive et concentrée. Mais, en mai 1428, vers le temps de TAscension, les voix devinrent plus pressantes; elles la sommaient de se faire conduire à Vaucouleurs, près de Robert de Baudricourt, qui commandait la place pour le roi de France. C'était un soldat loyal et brave, mais riche, intrigant, libertin, sceptique, et qui semblait l'homme le moins désigné pour croire à la mission guerrière d'une fdlettc de seize ans. Aussi n'v crutil pas quand Durand Laxart, oncle de Jeanne d'Arc%

1. Tel est son témoignage positif. (Interrogatoire du 12 mars, dans Li prison, Quicherat, Procès, t. I, p. 128). « Interrogée si elle a parlé de ces visions qu'elle dit avoir eues à son curé ou à un autre homme d'église, elle répondit que non; mais au seul Robert de Baudricourt et au roi. Dit en outre que ses voix ne l'ont pas contrainte à le celer; mais elle craignait beaucoup de le révéler par crainte des Bourguignons qui empêcheraient son voyage ; et spécialement elle craignait beaucoup son père qui se fût opposé à son départ. »

2. Elle l'appelait son oncle; il était seulement le mari d'une cousine germaine plus âgée qu'elle.

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cédant aux supplications tic sa nicee, la lui amena, en secret, et tiniitlcment, parla de son désir d'aller au secours du Roi. Robert de Baudricourt prit 1 honinie pour un niais, la fille pour une aventurière, et volontiers l'eût traitée, ou laissé traiter sans respect, si ce n'était qu'il y eut toujours en elle quelque chose de digne et de froid qui intimidait et déconcertait les plus hardis et les plus grossiers. Il la rendit à Durand, en disant : « Ramenez-la vers son père, en lui donnant de grands soufllcls ». Cette humiliation ne la découragea point. Peu de jours après, la veille de la Saint-Jean (23 juin 1428) elle disait à Michel Lebuin, laboui'eur : « 11 y a une fille entre Coussey et Vaucouleurs qui avant un an fera sacrer le roi de France ».

Quelque bruit de cette tentative inutile dut venir à Doniremy ; puisque, dans les derniers mois de 1428, le père de Jeanne rêva qu'elle s'enfuyait avec des soldats. Il dit à ses fils : « Si cela devait arriver, noyez-la plutôt; ou bien c'est moi qui la noierais de mes propres mains'. »

Cependant le siège était mis devant Orléans depuis le 12 octobre (1428); et la défaite entière du roi de France paraissait imminente. Les voix de plus en plus fréquentes se faisaient ouïr à Jeanne

I. Probablement ses parents pour la retenir au pays essayèrent de la marier. Un jeune homme la cita devant l'ofilcial de Toul, en prétendant qu'elle lui avait promis le mariage. Jeanne prouva aisément qu'il mentait, et l'aflaire n'eut pas de suite.

plusieurs fois la semaine, pressaient, sommaient, menaçaient presque. Elle essayait de lutter contre Tortlre divin. Elle disait aux voix : « Je suis une pauvre fille ; je ne sais pas monter à cheval, ni faire la guerre ». Etait-ce bien Dieu qui l'envoyait làbas ? « J'aimerais mieux être écarteléc que d'aller en France contre l'ordre de Dieu. » I^a voix répondait : « C'est Dieu qui le veut, c'est Dieu qui Tortlonne ». A la fin, n'y pouvant plus tenir, Jeanne, avec douleur mais avec résolution, prit le parti de s'éloigner, sans prévenir les siens, et sans leur dire adieu. Le bon Durand fut encore son protecteur dans cette cruelle démarche. Comme sa femme était sur le point d'accoucher, il vint chercher Jeanne sous le prétexte d'aider h soigner la malade. Elle partit de Domremy, dans les premiers jours de janvier (1429), pour n'y plus jamais revenir. En sortant du village, elle rencontra l'une de ses petites amies, Mengette, et la salua, en la recommandant à Dieu. Mais elle n'avait rien dit à ses parents, ni h son autre amie Hauviette, qui, vingtsept ans plus tard, au procès de réhabilitation, témoigna des larmes qu'elle avait versées en apprenant son départ'.

Ni son père, ni sa mère ne semblent avoir fait

I. Un peu avant son dejKirt elle avait dit à Gérard d'Épinal, le seul habitant de Domrêmy qui fût du parti bourguignon : « Compère, si vous n'étiez pas Bourguignon, je vous dirais quelque chose ». Il la revit six mois plus tard à Châlons. Elle lui dit ce mot singulier : « Je ne craiusquela trahison ».

aucune démarche pour la rappeler, lorsque plus lanl, ils connurent qu'elle allait se rendre à Chinon. Eux-mêmes crurent-ils dès lors à sa mission? Ou bien, furent-ils indignés de son départ furtif, et Tabandonnèrent-ils à son sort? La seconde supposition est plus plausible, puisqu'ils ne vinrent pas à Vaucouleurs lui dire adieu et la bénir. A Rouen, ses juges lui reprochant sa conduite envers son père et sa mère, elle répondit : « 11 le fallait. Depuis ce temps, je leur ai fait écrire, et ils m'ont

pardonné Quand j'aurais eu cent pères et cent

mères, et que j'eusse élé fdle de roi, je serais partie »

A Vaucouleurs, Durand la loijea chez d'honnêtes gens \ Henri et Catherine Leroyer, qui semblent, les premiers, avoir cru en elle fermement. Mais bientôt son ardeur, sa foi fut contagieuse. Un petit groupe de crovants se forma dans Vaucouleurs. Un des hommes d'armes qui devaient la conduire à Chinon, Jean de Nouillonpont' la vit, dans la maison d'Henri Lerover, durant celte cruelle attente. Il en a témoigné au procès de réhabilitation. Elle était vêtue d'une pauvre robe rouge. H lui dit : « M'amie, que faites-vous? Eaut-il donc que le Roi soit chassé de son royaume, et que nous devenions

1 . Lui-même habitait à Burey près Vaucouleurs ; Jeanne avait tenu sans doute à demeurer dans la ville même pour ne donner aucun relâche à Baudricourt.

2. Nommé aussi Jean de Metz. Il fut anobli en mars i44i pour les services rendus par lui à la cause royale.

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Ang^lais? » Jeanne lui répondit : « Je suis venue ici, à cliamhtc du lioi^ pour parler ii Robert de Baudricourl, afin c|u'il me veuille conduire, ou faire conduire au Roi. Il ne se soucie pas de moi, ni de mes paroles. Cependant avant la mi-carême, il faut que je sois vers le Roi, dussé-je user mes pieds jusqu'aux genoux. Car nul au monde, ni rois, ni ducs, ni fille de roi d'Ecosse*, ni autres ne peuvent recouvrer le royaume de France; et il n'y a de secours que de moi-même. J'aimerais mieux rester à filer auprès de ma pauvre mère, car ce n'est pas mon état (de faire la guerre); mais il faut que j'aille, et j'irai, parce que mon Seigneur veut que je fasse ainsi. — Qui est votre Seigneur ? — C'est Dieu. » Alors Jean de JNouillonpont, prenant la main de Jeanne dans sa main, lui promit que, Dieu aidant, il la mènerait au Roi : « Quand voulez-vous partir ? — Plutôt maintenant que demain; et plutôt demain qu'après. »

Elle avait revu plusieurs fois Robert de Baudricourl. Dans cette petite ville, rien n'était plus aisé que de rencontrer le gouverneur; et, sans doute, elle avait soin de se trouver tous les jours sur son

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