Témoignage formel de Manchon sur ce point très important
bûclier, la martyre avait compris. Le salut promis par les voix, c'était le paradis ouvert devant ses yeux ravis. Le supplice infamant, c'était la consécration de sa mission. A l'exemple du divin Sauveur, elle triomphait dans la mort.
« Au milieu des flammes, elle ne cessa un seul moment de confesser à haute voix le saint nom de Jésus, en implorant et en invoquant sans cesse l'aide des saints et des saintes du paradis; et encore, qui plus est, en rendant son esprit et inclinant la tète, elle proféra le nom de Jésus avec tant de force, qu'on entendit ce dernier cri jusqu'au bout de la place*.»
Dès qu'elle fut morte, les Anglais firent écarter le feu pour dissiper la fumée et laisser voir à tous qu'elle était bien morte, qu'on ne l'avait pas fait échapper. « Incontinent après l'exécution, le bourreau vint aux deux moines qui l'avaient assistée, frappé et ému de merveilleuse repentance et terrible contrition, et comme tout désespéré, craignant de ne jamais pouvoir impétrer pardon et indulgence envers Dieu de ce qu'il avait fait à cette sainte femme. Quatre heures après nones, il disait encore que jamais il n'avait tant craint à faire aucune exécution: premièrement pour le grand bruit et renom d'icelle ; secondement pour la cruelle manière de la lier et afficher. Car les Anglais avaient fait faire un si haut échafaud de plâtre qu'il ne la pouvait bon-
I. Témoignages d'Isambard de la Pierre et de Jean Massieu — de Leparmentier — de Jean Riquier.