CHAPITRE XV
joie la pieuse institutrice, et le zèle de celle-ci à former une nouvelle génération de catholiques fervents, reçut bientôt de Dieu le sceau d'une bénédiction qui porte encore ses fruits.
Peu de temps après, une seconde Sœur de la Présentation, Jeanne Delubac. allait s'établir, dans une direction tout opposée,à vingt-cinq kilomètres au sud-est de Thueyts, au village de Fons, entre Aubenas et Largentière. Nous connaissons Jeanne Delubac, une des quatre premières compagnes de la Vénérable Mère ; elle resta deux ans à Fons, et, si les détails nous manquent sur ce séjour, nous ne pouvons douter du bien que dut y opérer l'humble et dévouée religieuse qui a laissé une si grande réputation de sainteté sous le nom de sœur Anastasie.
Dans les derniers mois de cette même année 1798, une troisième fondation eut lieu, à Saint-Martin-de-Yalamas. Depuis le départ de la Vénérable Mère, en 1792, bien des orages avaient troublé cette paroisse. Le digne M. Agreil avait dû se réfugier dans son pays natal, La Chapelle-Graillouse. Revenu quelque temps après à Saint-Martin pour y reprendre l'exercice de son ministère, il n'avait échappé aux poursuites des bandes révolutionnaires qu'en se tenant caché dans une étable. Des jours meilleurs ayant reparu, il fit appel au zèle de la pieuse Fondatrice de la Présentation, qui lui envoya la plus ancienne de ses compagnes, Martine Teston.
De toutes les religieuses de la Présentation, sœur Martine était sans doute la plus illettrée ; les quelques lettres qui nous restent d'elle le témoignent assez par leurs négligences de style; mais il parait difficile de trouver dans une âme plus de dévoûment, plus d'humilité sincère, plus de vrai esprit religieux. C'est elle qui, après avoir établi sur des bases solides l'école de Saint-Martin-de-Valamas, fut envoyée l'année suivante pour faire la quatrième fondation à Ucel, à quelques kilomètres au nord d'Aubenas ; et c'est de là qu'elle écrivait à sa Supérieure ces lignes admirables dans leur simplicité : « Ma très chère Mère en Jésus-Christ, j'ai peur d'avoir manqué à la Règle ; j'ai acheté de la cassonade pour dix sols, pour mêler à de la tisane, parce que j'ai été enrhumée. J'ai eu bien de la peine à le faire. Le rhume ne voulait pas passer. Mais cela n'est rien. Oh ! s'il m'était possible de vous assister en tout ce dont vous avez besoin ! Oh ! si je pouvais me multiplier en autant de personnes que vous pouvez en avoir besoin ! quoique guère capable, je le ferais de tout mon cœur. »
Une âme si belle de candeur et de dévouaient pouvait laissi rer SOUS le rapport des lettres humaines ; elle obtenait partout d'unanimes sympathies. Le bruit s'étant répandu que les habitants
de Pont d'Aubenas cherchaient a attirer au milieu d'eux sœur Martine, le zélé curé d'Ucel se fit auprès de la Mère Rivier l'interprète .'.armes universelles tic -a paroisse. «Mademoiselle, lui écrivit-il, le bruit qui s'est répandu que vous vouliez retirer sœur Martine, a jeté l'alarme parmi nous. Tous, tant les enfants que les grands, vous prient et vous supplient de ne pas nous abandonner dans dv si beaux commencements. Sœur Martine connaît les enfants, leurs différents caractères et la manière dont il faut s'y prendre pour les faire avancer. Si vous nous l'enlevez, qui sera capable de leur continuer une telle éducation (i)? .» Ce cri d'alarme fut entendu de la Vénérable Mère ; elle laissa sœur Martine à Ucel.
L'humble Sœur rendait, à la même époque, à l'Institut de la Présentation un service des plus signalés. C'est en voyant à l'œuvre « eur Martine, à Saint-Martin-de-Valamas, qu'une ancienne religieuse de Saint-Joseph de Monistrol, retirée chez ses parents, prit la résolution de s'adjoindre à la Communauté de Thueyts. Elle y vint à la fin de l'année 1799 remplir, à la satisfaction de tous, la place laissée vide par le départ de la bonne Mère Dumazel. Elle s'appelait Rosalie Desroys.
Bien plus que sa science et ses talents d'institutrice, lesquels étaient remarquables, les vertus religieuses de sœur Rosalie ont laisseun profond souvenir dans l'Institut de la Présentation de Marie. Les Annales font d'elle cet éloge : — « Rosalie Desroys, très ferme pour faire observer la Règle aux autres, ne s'écartait elle-même en rien de l'obéissance. Personne, pendant les dix années qu'elle passa à Thueyts, ne la vit parler en un temps de silence. Elle faisait ses délices de l'oraison et de la sainte Communion, mais l'obéissance lui était plus chère encore... Elle jeûnait fréquemment, usait de cilice et de discipline, et ne se pardonnait aucune faute, même légère. Quand on lui demandait pourquoi elle était si sévère pour elle-même, sœur Rosalie répondait avec simplicité : « Je ne veux pas aller en purgatoire, mais au paradis tout droit. j> Ayant appris, quelques années plus tard, que la Congrégation de Saint-Joseph était rétablie, elle demanda à rentrer dans sa première famille religieuse. La Mère