‹ La vénérable Marie RivierChapitre 102 sur 279 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

M1Ie de Sénicroze, mais il consterna tout à fait notre bonne Mère. L'une et l'autre résolurent pourtant de s'en remettre à la décision de M. Pontanier. Ce sage directeur, bien que naturellement porté à considérer avant tout l'intérêt de notre Couvent, répondit sans balancer que le devoir de M1Ie de Sénicroze était de retourner au Puy. »

Cette réponse et le départ de Mllcde Sénicroze qui dut s'en suivre, firent une telle impression sur la Servante de Dieu que, suivant l'opinion de ses contemporaines, l'émotion qu'elle en ressentit ne fut pas étrangère à une maladie grave qui la retint au lit pendant trois semaines. Une fièvre ardente ne la quittait pas ; « mais les plus vives douleurs, dit sœur Sophie, ne purent jamais la distraire de l'objet qui occupait sans cesse son esprit, l'avenir de sa chère Communauté. » Or, elle était convaincue que cet avenir était attaché à sa démission et à son remplacement le plus prochain par une Supérieure plus digne et plus capable. Ne pouvant plus compter sur Mlle de Sénicroze, elle tourna ses regards d'un autre côté.

Parmi ses anciennes maîtresses du Couvent de Pradelles, l'une de celles qui lui avaient témoigné le plus d'attachement, la Mère Dubeix, se trouvait actuellement retirée chez une de ses sœurs à Mende. La Vénérable Mère se demandait comment elle pourrait se rendre auprès d'elle pour essayer de l'attirer à Thueyts, lorsqu'elle reçut la visite de son cousin, M. Combe, de La Bastide. Cette circonstance lui parut une indication providentielle : son cousin, en retournant à La Bastide, la conduirait à Mende. « Aussi lorsque M. Combe lui parla de son départ, dit sœur Sophie, notre Mère lui répondit : « Attendez-moi, je me lève et je vous suis ; vous me mènerez à Mende. » Ces paroles étonnèrent grandement tout le monde ; mais, peu d'instants après, elle était sur pied et partait avec son cousin. »

M. Pontanier, à qui elle avait exposé son plan, l'avait approuvé. La mère Dubeix, mise au courant de la situation, accepta, de son côté, avec bonheur la proposition qui lui fut faite, heureuse de retrouver au Couvent de Thueyts celle qui avait été sa meilleure élève au monastère de Pradelles.

« La grande difficulté, disent les Annales, était de faire accepter par la Communauté la nouvelle Supérieure. Quand la Mère Dubeix arriva à. Thueyts, les Sœurs ignoraient à quel titre elle y venait. Notre Mère jugea prudent de les accoutumer peu à peu au change-

ment qu'elle méditait. Elle commença par donner à la Mère Dubeix la place d'honneur au réfectoire ; c'est elle qui récita désormais le Ices ; elle présida ensuite d'autres exercices. Quand une Sœur allait consulter notre Mère ou lui demander une permisnôtre Mère l'engageait à s'adresser avec confiance à scn ancienne maîtresse de Pradelle-. Nos Sœurs ne virent d'abord dans cette conduite qu'un témoignage de déférence envers une personne que son âge et ses vertus recommandaient également. Mais bientôt elles s'avisèrent. Il n'y avait plus de doute possible ; elles étaient menacées de perdre la sainte Supérieure qu'elles s'étaient donnée, ou plutôt que le Seigneur leur avait choisie.

< Persuadées que tout serait compromis si elles perdaient leur bonne Mère, deux d'entre elles crurent pouvoir, dans un péril si critique, se passer de la permission de leur Supérieure et de M. Pontanier et aller chercher ailleurs une parole sacerdotale.

<r Vu très digne prêtre, ancien aumônier des Visitandines de

Bourg-Saint-Andéol, M. Rouschon, était resté quelque temps caché

à Thueyts dans cette maison même de Mlle Charaix où nos Sœurs

s'étaient établies. Toute la Communauté le connaissait comme un

homme de conseil sage et prudent. Il s'était depuis retiré à Prades.

t là que nos deux Sœurs allèrent le trouver et lui racontèrent

leur peine en pleurant. Ce vénérable prêtre, homme rempli de

rit de Dieu, leur répondit avec animation : « Ne souffrez

qu'on vous enlève votre "Supérieure : vous avez promis

d'obéir à M11" Rivier, tenez parole ; et protestez que, si on vous

enlève M"e Rivier comme Supérieure, vous n'en voulez point

d'autre. »

■■ Les deux messagères revinrent au Couvent toutes fières ; et il fut unanimement décidé qu'on se rendrait chez M. Pontanier, alors caché dans une ferme voisine de Thueyts. M. Pontanier avait d'abord paru approuver le projet de notre Mère, ou du moins il avait jugé prudent de laisser faire et de réserver sa décision définitive pour plus tard ; mais, après avoir écouté nos Sœurs avec bonté, il n'eut plus d'hésitation : •' Eh bien ! dit-il, puisque vous le /., qu'il ne -oit plus question de la Mère Dubeix ; dites à Mlle Rivier que vous ne voulez pas d'autie Supérieure qu'ellemêm

<L Munies de l'autorité de ces deux prêtres, que notre bonne Mère vénérait également, nos Sœurs allèrent se mettre à genoux à ses

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