CHAPITRE XV
pieds, et, après avoir dit au nom de qui elles venaient, elles ajoutèrent : «' Vous aurez beau faire, vous resterez notre Supérieure, nous n'en voulons point d'autre. »
La Vénérable Mère fut bien obligée de se rendre. Il lui en coûtait beaucoup d'éloigner d'elle, en ce moment, sa respectable amie et ancienne maîtresse ; mais la Providence vint à son aide. Peu de temps après, un messager arriva de Mende, chargé de ramener la Mère Dubeix auprès de sa sœur, qui était malade. Elle partit et nul ne s'étonna de son départ dans une pareille circonstance. Jusqu'à sa mort, la Mère Dubeix conserva un grand attachement pour la Communauté de Thueyts et revint plusieurs fois la visiter.
Aux démarches nombreuses que son zèle lui faisait entreprendre pour soutenir et propager son Institut, la Vénérable Mère ajoutait, on le voit, des démarches, non moins multipliées, que son humilité lui inspirait pour se démettre de sa charge. Ce surcroît de fatigue lui occasionna, vers la fin de l'année 1799, une nouvelle maladie. Un abcès douloureux se forma, de nature si grave qu'on craignit un moment la gangrène. La Servante de Dieu, par une délicatesse de pudeur dont on trouve des exemples dans la vie des saints, souffrait moins encore de son mal que de l'obligation où elle pouvait se trouver de le soumettre à l'examen des médecins. Elle demanda à Dieu la grâce d'être guérie sans l'intervention des hommes et eut recours dans cette circonstance à l'intercession de saint François Régis. L'illustre patron de La Louvesc lui était cher à un double titre : il avait lui-même évangélisé et catéchisé ces contrées, où se portait l'ardeur de son propre zèle ; de plus, il appartenait à cette Compagnie de Jésus envers laquelle la Vénérable Mère ne cessa jamais de professer une particulière admiration (1). La nuit qui suivit sa prière, l'abcès s'ouvrit de lui-même et un sommeil
I. Nous avons vu comment la Vénérable Mère Rivier voulait faire de ses religieuses une petite Compagnie de Marie, à l'exemple des enfants de saint Ignace formant la Compagnie ae Jésus. Elle se servait de ce rapprochement pour exciter le zèle de ses filles : « Voyez, disait-elle, la Compagnie de Jésus ; comme elle se distingue par son courage et par sa régularité ! comme elle fait honneur à Notre-Seigneur ! comme elle soutient les intérêts de sa gloire ! comme elle combat sou? les étendards de son capitaine ! Et celle de Marie combattrait mollement pour sa Mère !.. Non, mes enfants, il n'en sera pas ainsi... Il faut que la petite Compagnie de Marie se distingue aussi bien que celle de Jésus, et que le Père Éternel, qui voit avec plaisir la Société des Jésuites, voie avec la même complaisance celle de la Présentation de Marie. » (Instruction du itr jeudi du carême de 1829.)
réparateur lui rendit, avec la santé, la force de reprendre ses occu-
[uotidiennes (i).
marque évidente de protection ne fit qu'augmenter sa dévotion envers le glorieux apôtre du Vivarais, qu'elle devait plus tard donner pour patron spécial à son Institut.
i . I ^position de sœur Caroline, qui ajoute: « Je tiers tous ces détails de notre Vénérable Mère elle-mcn.e. >