DE L'INSTITUT
Notice sur Monseigneur d'Aviau : sa famille, son éducation, ses débuts dans le saint ministère. — Prédiction du Père Nectoux. — Discours de l'Abbé d'Aviau à l'assemblée provinciale du Poitou. — La Constitution civile du Clergé; protestation courageuse du Prélat ; on le persécute. — Il est obligé de fuir en Savoie, puis à Rome. — Pie VI lui confie l'administration du diocèse de Viviers. — Son retour en France. — Son entrevue avec M. Vernet au château de Chomérac. — Première lettre d'encouragement à Marie Rivier. — M. Vernet au Couvent de Thueyts. — Monseigneur d'Aviau se rend lui-même à Thueyts. — « Le doigt de Dieu est ici! » — Madame la Comtesse d'Antraigues. — La paix religieuse.
TRAVAILLONS pour Dieu, disait la Vénérable Mère, et Dieu travaillera pour nous. » Pendant que Marie Rivier cherchait avec tant d'ardeur à se dérober à la direction de son Institut, la Providence préparait à son œuvre, au dehors, les appuis les plus puissants, et au dedans, les fondements les plus solides.
Depuis l'entrevue de Chomérac, M. Vernet n'avait pas cessé de venir en aide, par ses conseils, par ses démarches et par ses largesses fréquentes, à la Communauté de Thueyts. 11 fit plus, il la recommanda, de la manière la plus spéciale, à l'administrateur du diocèse de Viviers. Mgr d'Aviau, archevêque de Vienne.
Après leur Vénérable Fondatrice, après leur premier Supérieur et l'ère, il n'est personne que les filles de Marie Rivier doivent vénérer avec plus de reconnaissance que l'illustre Pontife qui donna à leurs Règles la première approbation canonique et qui, par la paternelle sollicitude dont il entoura la Congrégation naissante, mérita d'être qualifié, dans les Annales de la Présentation, du titre de second Fondateur.
Le saint Prélat, que la confiance de Pie VI venait d'appeler à occuper la place laissée vacante par l'apostasie de M. de Savine, appartenait, comme celui-ci, à l'une des plus grandes familles de la noblesse française.
Né le 12 août 1736, au manoir féodal du Bois de Sanzay, en Poitou (1), Charles François d'Aviau était âgé de vingt-quatre ans lorsque, le 20 septembre 1760, il reçut l'ordination sacerdotale des mains de Mgr de Grasse, évéque d'Angers. La première pensée du nouveau prêtre, qui n'était entré dans l'état ecclésiastique, disait-il, que pour travailler à la gloire de Dieu, fut de partir pour les missions étrangères. Dieu permit que l'opposition de son père et celle de son évêque missent obstacle à l'exécution de ce projet ; c'est en France que la Providence lui réservait les fatigues, les périls et les mérites de l'apostolat. Successivement prédicateur attaché à la cathédrale de Poitiers, supérieur des Sœurs de la Sagesse, chanoine du Chapitre de Saint-Hilaire et vicaire général du diocèse, on le vit, dans ces diverses fonctions, unir aux qualités les plus remarquables du prédicateur et de l'administrateur, un zèle et un dévoûment qui se manifestèrent surtout envers les pauvres.
1. Par son père, Mgr d'Aviau descendait directement des célèbres comtes de Montfort. Le sixième ou septième descendant du chef de la croisade contre les Albigeois avait pris le nom de sa mère, Eléonore d'Aviau. Le saint prélat se glorifiait davantage d'une autre parenté. Un chevalier, François d'Aviau, au retour d'une expédition à Naples, qu'il fit à la suite des princes d'Anjou, avait épousé une noble demoiselle de la cour du roi René, Marie de La Cépède, fille d'un membre du parlement d'Aix-en-I'rovence, de l'illustre famille de Cepeda à laquelle appartenait sainte Thérèse. (Inventaire de Tonraine, par le chevalier L'1 lermite Suchers. — Notes communiquées par M. le marquis d'Aviau de Ternay, chef actuel de la famille d'Aviau). — La sainte Réformatrice du Carmel, suivant Pithon- Curt (Histoire de la noblesee du Cointat Venaissin, I, 310^, descendait rie l'illustre famille provençale de La Cépède de la manière suivante : <i Jean .Sanchez de Tolède épousa, vers Agnès de La Cépède, dont il eut Alonzo Sanchez de La Cépède, marié deux fois : Ie avec Catherine de Perez ou de Peze, 2" avec liéatrix d'Ahumada. Du second mariage naquit, en 1515, sainte Thérèse, laquelle, suivant l'usage établi en Espagne, porta le nom de son aïeule, de Cepeda, quoiqu'elle fût de la maison de Tolède. » Voir les Bollandistes, LV, p. 1 16, é lit. Palmé, et les auteurs cités par eux sur la question.