‹ La vénérable Marie RivierChapitre 105 sur 279 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

La dispersion des Jésuites, par l'édit de novembre 1764, ayant prive plusieurs œuvres, à Poitiers, de la direction de ces zélés religieux, M. d'Aviau prit ces œuvres à sa charge. Ce fut à la même époque que le fameux Père Nectoux, le même qui, longtemps avant la ruine de l'Institut des Jésuites, en avait prédit les circonstances avec une précision qui fut qualifiée de prophétique, annonça au futur prélat les destinées qui l'attendaient.

Rencontrant un jour le jeune prêtre dans une des rues de Poitiers, le saint religieux l'engagea à l'accompagner dans le modeste appartement qui lui servait de retraite.

Soudain, il ferme la porte sur lui, se jette aux pieds de M. d'Aviau, baise respectueusement sa main à l'endroit où les évêques portent l'anneau pastoral, et lui adresse ces paroles : « O mon fils, de grands malheurs nous ont frappés ! C'est de la France que le premier coup est parti !... Où fuir? où aller?... Mais voici que l'arbre qu'on avait cru abattre se relève au souffle du Seigneur... Ce ne sont d'abord que quelques rameaux entés sur le vieux tronc qui reverdissent. — Vous les protégerez, Monseigneur, vous les accueillerez comme un père dans votre diocèse... Déjà je vois, tout près d'un grand fleuve, dans la florissante cité dont vous serez le Pontife, une jeunesse nombreuse et brillante se presser autour de ses nouveaux instituteurs (1). »

€ Mgr d'Aviau, dit son biographe, fut toujours en garde contre le merveilleux, mais lorsque, devenu plus tard archevêque de Bordeaux, il eût vu se réaliser de point en point cette extraordinaire prédiction, il n'en parla plus qu'avec une sorte de respect. »

La Révolution approchait en effet ; mais, en dehors des âmes que Dieu éclairait d'une lumière surnaturelle, qui pouvait prévoir

1. Vie de Mgr d'Aviau, par Mgr Lyonnet, tome I, page 112. — M. L. Bertrand, dans son savant ouvrage, Histoire des Séminaires de Bordeaux et de Bazas, Bordeaux, 1894, tome II, p. 287, 288, a relevé plusieurs inexactitudes dans le récit de Mgr Lyonnet. L'authenticité de la prédiction du Père Nectoux reste néanmoins, dans son fond, au-dessus de toute critique. Le célèbre Père Jésuite l'aurait faite, il est vrai, non pas à celui qui en était l'ob,et, mais au Père Charles Drouault, lequel, plus tard, en aurait fait part, dans une rue de Poitiers, à M. l'abbé d'Aviau, alors vicaire général. € Lorsque, dans la suite, dit un témoin de la vie de Mgr d'Aviau, M. l'abbé Rigagnon, on demanda au prélat si le fait était vrai, il répondit affirmativement et déclara se souvenir parfaitement du moment où cette annonce lui fut faite. » (Précis de la vie et du pontificat de Mgr Charles-François d' Aviau, écrit d'après de seuls soiiveni/s personnels ou recueillis de la tradition orale. Bordeaux, 1S44, irc partie, Prédiction sur M. a' Aviau).

les proportions terribles que devait prendre le mouvement qui se préparait ?

and l'assemblée provinciale du Poitou se réunit pour élire ses députés aux Etats-Généraux et pour rédiger ses Cahiers, elle demanda à l'abbé d'Aviau de prononcer, à la cathédrale, le discours d'usage. Dans un langage élevé, l'orateur commenta la parole de saint Pierre : Fraternitatem diligite, Deum timete, regem honorificatei -signa comme but au mouvement de réforme qui entraînait alors la France entière, l'amour de Dieu, l'amour du peuple et l'amour de la Patrie.

La France n'entendit pas cette grande leçon. Mais, avant l'effondrement de la monarchie, le roi Louis XYI eut encore le temps de faire élever sur le siège archiépiscopal de Vienne l'abbé Charles d'Aviau. Ce fut le dernier choix de l'infortuné monarque (1).

Le nouvel archevêque fut sacré le 3 janvier 1790, dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, par le nonce apostolique; Mgr Dugnani.

Le théâtre de son zèle fut seulement changé et agrandi. Les vertu- de piété, de charité envers les pauvres et de dévoûment au salut des âmes qu'il avait pratiquées comme chanoine et comme vicaire général à l'ombre du siège de Saint-Hilaire, il les porta, avec plus d'éclat encore, sur le siège de Saint-Avit. Mais la piété, la charité et le zèle pour le salut des âmes étaient alors des titres à la haine de la secte impie qui s'était emparée du pouvoir en France. L'archevêque de Vienne ne se fit pas d'illusion sur le sort qui l'attendait. Aux premiers bruits de la Constitution civile du Clergé, il avait publié un mandement courageux qui lui avait valu un vote de blâme de l'Assemblée Constituante sur la motion du député du tiers-état de la ville d'Annonav, Boissy-d'Anglas. Le jour de la fête de saint Maurice, patron de la métropole et du diocèse, le vaillant prélat monta en chaire et développa ces paroles de l'Apocalypse : i Soi- fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de vie » ; et il le fit avec une émotion telle, que tous ses auditeurs y virent le pressentiment d'une persécution prochaine.

1. I.n même temps fjue Mgr d'Ame, furent nommés Mgr Asseline, évèqae de Boulogne, et Mgi de Coucy, évéque de la Rochelle. Ces trois Dominations firent également honneur au pieux monarque et au ministre de la Feuille à cette époque, Mgr de Pompignan. Le choix de Mgr d'Aviau fut fait sur la recommandation de M. Emery, Supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice. — ( Vie de Mgr d'Aviau, tome I, page 227.)

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