CHAPITRE XVI
Nous avons vu que, le 19 mars 1795, Mgr d'Aviau avait envoyé à M. Vernet des lettres de grand vicaire. Mis au courant, par une correspondance désormais régulière, de l'état du diocèse de Viviers, il se demanda bientôt si le moment n'était pas venu de retourner au milieu de ses ouailles, quels que fussent les périls qui l'attendaient. « Il m'avait écrit à ce sujet, dit M. Vernet, dès le mois d'août 1796. Je lui répondis alors qu'il était prudent d'ajourner encore l'exécution de ce dessein. Il m'écrivit derechef, le 29 avril 1797, pour me prier de lui trouver un gite, car sa résolution était arrêtée : « Il faut, m'écrivait-il, que le pasteur soit à la tête de son troupeau (1). »
« J'étais en ce moment au château de Chomérac, chez Mme la comtesse de Balazuc, dame d'un caractère aussi élevé et d'une piété aussi généreuse que sa naissance était distinguée : « Écrivez, me dit-elle, à Mgr d'Aviau que ma maison est à sa disposition, avec tout ce qui s'y trouve : rien ne saurait me procurer plus d'honneur. » J'écrivis. A peine Mgr d'Aviau eut-il reçu ma lettre, qu'il sollicita du Saint-Père la permission de rentrer en France, ce que le Pape ne lui accorda qu'à son corps défendant. »
Ce ne fut pas, en effet, sans appréhension que Pie VI vit partir le nouvel apôtre. Il le pressa sur son cœur et lui dit : « Allez, mon frère, puisque Dieu le veut. Je vous bénis, et je bénis tous les fidèles de France qui auront le bonheur de vous entendre et de recevoir les consolations de votre ministère (2). »
Accompagné seulement de M. de Tartonne, prêtre de Saint-Sulpice et vicaire général de Die (3), Mgr d'Aviau se mit en route. Il avait un costume ainsi décrit par M. \ ernet : « Il portait une espèce de roulière ou de sarrau de toile grise, un pantalon de même tissu et de même couleur ; sur la tête, une casquette cirée ; à la main,
1. Lorsque, en 1S02, il fut question de nommer Mgr d'Aviau archevêque de Bordeaux, le ministre de la police, Fouché, s'opposa de toutes ses forces à cette nomination, produisant le dossier du prélat et alléguant qu'il avait été un des premiers à rompre son ban pendant la Révolution. — « Et que m'importent vos notes, s'écria vivement le Premier Consul, est-ce qu'il n'y a pas dans les cartons de la police des notes contre tout le monde?... L'itrchevêque de Vienne n'a fait, en revenant dans son diocèse, que son devoir ; la place d'un évêque est au milieu de son troupeau, comme la place d'un général est au milieu de sa division ou de sa brigade. » ( Vit de Mgr d'Aviau, tome II, page 265.)