Vit de Mgr d'Aviau, tome II, page
3. M. de Tartonne, ancien directeur au grand séminaire de Viviers, était à même de renseigner exactement Mgr d'Aviau sur la topographie de l'Ardèche. C'est M. de Tartonne qui avait fait connaître M. Vernet à Mgr d'Aviau.
1ÔO LA VÉNÉRABLE MARIE RIVIER.
un bâton de bv >is blanc. » C'est sous ce déguisement, qu'après mille fatigues et mille dangers, il arriva au château de Chomérac
i Après les effusions et les causeries inséparables d'une pareille entrevue, continue M. Vernet, je rendis compte au prélat de mon administration ; je lui montrai le diocèse sous son véritable jour, tel qu'il avait etc. tel qu'il était, tel qu'il pouvait être ; je lui donnai des notes exactes sur le personnel du clergé. Sa Grandeur eut la bonté d'être satisfaite de tout ce que j'avais fait. Le 2 juillet 1797, jour de la Visitation de la Sainte-Vierge, il confirma de nouveau les précédents pouvoirs qu'il m'avait donnés. »
Le courageux prélat eut d'abord de la peine â s'accoutumer à cette vie de reclus, que les circonstances exigeaient impérieusement. fus obligé de lui apprendre, dit M. Vernet, à jouer à la cachette, comme nous disions plaisamment (1). »
Vers le milieu du mois d'août 1797, accompagné de son grand vicaire pour le diocèse de Vienne, M. Cartal (2), il se rendit en pèlerinage au tombeau de saint François Régis, à La Louvesc. Ayant mis sa mission sous la protection de ce grand saint, son zèle ne connut plus de bornes. Vêtu d'un costume de paysan, le descendant des comtes de Montfort, l'illustre archevêque de Vienne, parcourut les montagnes et les plaines du Vivarais, du Beaujolais et du Dauphiné, exerçant son ministère avec l'abnégation et le dévoûment d'un missionnaire. Poursuivi de tous côtés, pendant la seconde Terreur de 1798 et de 1799, il n'échappa à la mort ou à la prison que grâce â la fidélité héroïque de quelques familles chrétiennes du pays et à une protection, en quelque sorte miraculeuse, de la Providence.
Ce fut au mois d'août 1799, dans une de ses stations au château de Chomérac, qu'il entendit parler pour la première fois de Marie Rivier. M. Vernet était encore sous l'impression de son entrevue avec la vaillante Supérieure de la Présentation. Il communiqua cette impression â son archevêque. Plusieurs lettres qu'il reçut, en ce temps, de la Servante de Dieu, achevèrent de lui révéler les dons éminents de cette femme généreuse. L'âme du grand Pontife était faite pour comprendre l'âme de la vierge de Thueyts. Le 29 mars
1. Allusion aux fréquentes panique-;. de M** de Balazuc, qui obligeaient les deux vénérables hôtes a se réfugier, a la moindre alerte, dans une étroite cache- te, sous les toits.
2. M. Cartal appartenait, comme M. Vernet et M. de Tartonne, à la Compagnie de Saint-Sulpice.
I HAPITRE XVI. [6l
1800, il écrivit à la Vénérable Fondatrice la lettre suivante, pleine d'encouragement et de paternelle tendresse :
« Il a plu à Dieu, nia chère fille, de vous appeler à remplir des fonctions bien intéressantes pour sa gloire, et je sais que vous vous montrée constamment fidèle à cette sublime vocation. Vous ne vous êtes pas contentée de donner des soins assidus à l'éducation des jeunes personnes, et dans la classe ordinairement la plus négligée ; vous formez avec succès dc> institutrices, afin d'étendre cette bonne œuvre, et, autant qu'il sera possible, de la perpétuer. Déjà il a fallu un secours particulier du ciel pour qu'elle se soit soutenue contre tant d'oppositions et en des circonstances si difficiles.
« Je m'unis à vous et à vos pieuses compagnes, ma chère fille, pour solliciter la continuation de ces divines assistances, et croyez que je m'estimerais heureux d'en devenir, en quelque sorte, l'instrument.
« Ceux qui me représentent ont les mêmes sentiments ; mais je n'en désire pas moins pouvoir vous témoigner moi-même, et de vive voix, en me recommandant à vos prières, combien je suis, ma chère fille, votre très humble et affectionné serviteur.
7 Charles-François, Archevêque de Vienne. »
L'espoir exprimé à la fin de cette lettre ne put se réaliser que l'année suivante ; mais, à partir de cette époque, il est peu de lettres de Mgr d'Aviau à son grand vicaire qui ne contiennent quelques mots d'encouragement pour la Communauté de Thueyts. M. Vernet en fut nommé officiellement le Supérieur, et M. Pontanier fut confirmé dans ses fonctions d'aumônier. « Ce dernier, disent les Annales, ajoutait tous les jours des titres nouveaux à la reconnaissance de la Communauté. Plein d'une bonté et d'une affabilité sans mesure à l'égard des Sœurs et des enfants, qui s'adressaient à lui sans craindre de jamais lasser sa patience, sa sollicitude s'étendait encore au temporel de l'établissement. Il s'établit le surveillant des travaux d'agrandissement, que le nombre croissant du personnel nécessitait dans la maison. Son zèle ne reculait devant aucun détail ; s'oubliant en tout, se dévouant en tout, son unique bonheur était de rendre service à sa chère Communauté. »
Marie Rivier. 11
Mgr d'Aviau et M. Vernet suivaient avec bonheur les progrès de l'œuvre et plusieurs passages de leurs lettres portent l'indice des libéralités qu'ils lui firent à cette époque.
- lettres nous montrent en même temps combien la situation
encore peu sûre. Le J^; juillet 1800, M. Vernet n'ose pas
:e. par prudence, s'aventurer jusqu'à Thueyts. La police
lutionnaire le guette toujours. « Il m'eût été agréable, écrit-il, de
suivre votre messager; mais la chose est impossible, j'ai bien des
précautions à prendre en ce moment... » — Peu de temps après,
nouvelle allusion aux dangers qui le menacent : « Je ne dois pas
oublier de vous demander si vos jeunes filles sont secrètes. Y
aura-t-il un coin pour se cacher au besoin ? » Au commencement de
1801, il fait une démarche pour obtenir des autorités un laissez-
passer, mais sans résultat. Il écrit le 9 juin 1801 : « Rien n'est
arrivé, mais je suis bien décidé à ne pas attendre au delà de la
semaine prochaine. »
Cinq jours après, en effet, la Supérieure de Thueyts recevait la lettre suivante. Nous allons en citer textuellement la plus grande partie. Elle donnera une idée de la liberté dont jouissaient les prêtres fidèles au milieu de l'année 1801.
« Dimanche, 14 juin. — Je vous donne avis que je serai chez vous jeudi, 18 courant. Vous voudrez bien envoyer à ma rencontre votre homme de confiance, avec un cheval. Il partira de manière à se trouver à la grange de Madame, à l'Escrinet, vers une heure ou deux. J'y serai vers les quatre heures ou quatre heures et demie : il ne faut pas qu'il arrive trop tôt. Il ne doit rien demander à -une , il ne m'appellera que Al lard. Après avoir dîné, et pendant que son cheval mangera, il viendra attendre sur le bord du chemin. Si quelqu'un le questionne, il dira simplement qu'il vient du Pontd'Aubenas et qu'il attend quelqu'un. Il ne devra pas même dire ceci s'il n'y est pas forcé par les circonstances, quand on le verra attendre. Le moins qu'on parle est toujours le mieux.
i Vous prierez, sans doute, pour que le voyage soit heureux. »
Dieu aidant, le voyage fut, en effet, des plus heureux. Xous
flans les Annales de l'Institut :
<C M. Vernet ne partit d'Aubenas qu'à nuit close et n'arriva à Thueyts qu'après minuit. Il portait un costume laïque. Xotre principales compagnes j l'attendaient. Il célébra la