‹ La vénérable Marie RivierChapitre 109 sur 279 · CHAPITRE XVI. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. i

sainte Messe, à laquelle la plupart communièrent ; puis il alia prendre son repos.

« Il passa huit à dix jours a Thueyts, occupé à étudier dans le plus grand détail tout ce qui pouvait contribuer au bien de 1 i Communauté. Il faisait chaque matin, à haute voix, la méditation dans la petite chapelle ; il confessait les personnes qui voulaient s'adresser à lui, et employait ses loisirs à préparer une rédaction de Constitutions et de Règles appropriées à notre fin.

« Dès le premier jour, il fut touché de l'extrême pauvreté où il mais trouva et voulut qu'on améliorât l'ordinaire. Considérant un jour le dîner que l'on préparait, il tira de l'argent de sa poche et dit à la cuisinière : « Tenez, procurez-vous de la viande, et nourrirez un peu mieux votre monde. » Depuis lors on donna tous les jours du bouilli à diner. »

Cette visite, déjà féconde en heureux résultats, ne fut que le prélude de la visite faite, le mois suivant, par Mgr d'Aviau.

Les nouvelles rassurantes qu'on recevait de la capitale au sujet des négociations relatives au Concordat, faisaient espérer de jour en jour au saint prélat la liberté depuis si longtemps attendue. Fidèle à l'esprit de l'Eglise romaine, sachant s'élever au-dessus de tout sentiment de préférence politique lorsque l'intérêt supérieur de la paix religieuse était en jeu, l'archevêque de Vienne, malgré les clameurs d'un certain parti que son grand vicaire appelle le parti des Zélateurs, avait approuvé pour son clergé une formule d'adhésion au Gouvernement ainsi conçue : « La Religion catholique demeurant sauve en tout, je promets fidélité à la Constitution de l'an VIII.»

Mais le préfet de l'Ardèche, Caffarelli, après avoir vaguement promis au prélat le libre exercice de ses fonctions, eut peur de se compromettre et revint sur sa parole. Le zélé pasteur dut continuer à se cacher pour visiter son troupeau. Le 2 août iSoi, M. Vernet écrivait à la Supérieure de Thueyts :

« Je désire que ma lettre vous parvienne vite. J'arriverai chez vous avec mon compagnon mercredi soir, et il n'y passera que deux jours ; il est très pressé de s'en retourner. Il logera dans la chambrette. Je vous préviens que c'est sous le plus grand incognito : il faut donc être très secrètes. Que toutes se préparent. »

Les choses se passèrent comme il avait été arrêté. Le soir du 5 août, le modeste couvent de Thueyts ouvrit ses portes au .vénérable prélat et à son grand vicaire. Le malheur des temps ne

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permettait pas de manifester au dehors les sentiments de joie filiale prêts à déborder de tous les cœurs. La réception ne fut que plus touchante. L'émotion qu'on était obligé de concentrer dans l'intime de l'âme, ne fit qu'y imprimer plus profondément le souvenir

de ce grand jour.

Le lendemain, à la sainte Messe, Mgr d'Aviau prit la parole. Non moins ému. de son côte, par le spectacle de ferveur, de piété et de simplicité apostolique que lui offrait l'humble Communauté,il s'écria: •< Mes enfants, le doigt de Dieu est ici ! Il est empreint sur cette fondation et sur ces œuvres ! car il n'est pas donné à la créature de faire, avec si peu de ressources, de si grandes choses (i). »

« Le saint archevêque, disent les Annales, passa quatre ou cinq jours au milieu de nous. Il nous édifia grandement par sa piété, son esprit de pauvreté et toutes ses éminentes vertus. 11 eut la charité de nous adresser plusieurs instructions. Un règlement provisoire avait été écrit : il l'approuva. Nous assistions aux offices, qui déjà se faisaient dans l'église paroissiale. Mgr l'archevêque voulut que les offices, même aux jours les plus solennels, eussent lieu, pour les pensionnaires et pour nous, dans notre chapelle. Le y août, premier vendredi du mois, notre Mère et toutes ses compagnes renouvelèrent entre ses mains leur consécration religieuse. Plusieurs furent agrégées ce jour même'; c'étaient Marie-Anne Desroys, Antide Lesne, Anne Sautel, Jeanne Ai/.ac, Thérèse Gamondès.

« A la fin de son dernier repas dans notre maison, le généreux archevêque glissa sous son assiette huit louis d'or. »

« C'était, ajoute Mgr Lyonnet en rapportant ce dernier trait, c'était, on peut le dire, le denier de la veuve; car le prélat, ne vivant lui-même que d'aumônes, était obligé de se condamner à milleprivations pour satisfaire au besoin qu'il avait de donner (2). »

Pendant le courant de cette même année 1801, le couvent de Thueyts reçut une autre visite, dont le souvenir fut consigné dans ses Annales.

La lettre du 2 août 1801, écrite par M. Vernet, pour annoncer la prochaine arrivée de Monseigneur, était suivie de ces quelques lignes, tracées \Ax une autre main :

<:i m'invite, ma chère Demoiselle, à aller vous demander à diner,

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