‹ La vénérable Marie RivierChapitre 110 sur 279 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

pour voir votre respectable hôte. Combien ne le désiré-je pas ! mais je n'ai pas de chevaux. En demander découvrirait tout le secret ; puis, vous aurez assez d'embarras chez vais. Si.au retour,je pouvais espérer de l'hôte vénéré une petite pause dans les environs de Privas, j'en profiterais; mais je n'ose m'en flatter, vu le grand incognito: une consolation dont je ne suis pas digne. — Faites agréer mes respects et mes regrets. Je vous félicite.

•• Vous me donnez des éloges bien faits pour me couvrir de confusion si je me rends justice, ou de vanité si je suis assez vaine pour y croire ; n'y revenez donc plus. Je ne fais pas le bien que je connais : c'est ce qui devrait être l'objet de mes gémissements.

t Je suis, ma bonne et chère Sœur, votre dévouée servante. »

On ne s'étonne pas de trouver au bas de ces lignes, d'un tour si distingué, un des grands noms de la noblesse française. Elles étaient lées : Saint-Priest d'Antraigues.

Mme Marie-Jeanne de Saint-Priest, comtesse d'Antraigues (1), issue d'une des plus grandes familles du Vivarais, avait accompagné à Rome, dans leur exil, Mmes Victoire et Adélaïde, tantes de Louis XVI. Elle y avait connu Mgr d'Aviau, archevêque de Vienne. Rentrée en France, elle employait les restes de sa fortune, considérablement diminuée par la Révolution, aux œuvres de zèle et de charité. Celle de Thueyts, dont M. Vernet lui avait parlé, avait excité en elle la plus vive sympathie. Elle ne put réaliser son désir de se rendre auprès de Marie Rivier qu'un mois après sa lettre, le 14 septembre 1S01. Mais, à partir de ce moment, il s'établit, entre la noble compagne des princesses de la Maison de France et l'humble institutrice du Vivarais, une correspondance suivie qui ne fut interrompue que par la mort. Il ne nous reste malheureusement que quelques rares fragments des nombreuses lettres dans lesquelles ces deux âmes, si séparées par la condition de leur naissance, se rencontraient à la même hauteur morale par la noblesse de leurs sentiments.

Les registres du couvent de Thueyts nous ont, du moins, con-

1. Mnrie-Jeanne-Sophie de Guignard de Saint-Priest, fille de Jean Emmanuel, vicomte de Saint-Priest, intendant du Languedoc, et de Sophie de Barrai de Montferat, avait épousé, en 1752, Jules-Alexandre de Launay, comte d'Antraigues. Elle fut mère du fameux comte Emmanuel d'Antraigues dont M. Léonce Pingaud a raconté la dramatique existence. V. Un a^ent secret sous lu Révolution et l'Empire: Le comte d'Antraigues, pat Léonce Pingaud. — Paris, E. Pion.

le souvenir des libéralités de M"1 la comtesse d'Antraigues' Outre le paiement d'une pension annuelle, destinée à l'entretien d'une orpheline, la "ion de la Présentation lui doit la pre-

mière décoration de sa chapelle, de nombreux dons en nature, entreautres une collection lie livres de piété et d'instruction. La noble dame poussa la charité jusqu'à s'offrir à donner des leçons de broderie aux religieuses, afin de leur permettre de mieux former à cet art leurs jeunes élèves. Elle mourut le 20 avril 1S06, au moment où elle songeait à faire réparer son vieux château d'Antraigues pour ;blir les filles de la Présentation. Le grand séminaire de Viviers, qui avait été l'objet de ses libéralités, les nombreuses paroisses du Vivarais dont elle avait contribué à restaurer les églises, doivent à sa mémoire un juste tribut de reconnaissance, et c'est à bon droit que la Congrégation de la Présentation vénère le nom de la comtesse d'Antraigues comme celui d'une seconde mère.

Cependant tout s'apaisait au dehors : le Concordat, signé le 15 juillet 1801 par le cardinal Consalvi, était approuvé le 15 août par Pie VI I ; les méchants cessaient de nuire; les princes de l'Église et les grands du monde étendaient leur protection sur l'œuvre de Thueyts ; et Dieu allait bientôt amener dans son sein des sujets d'élite par des vocations providentielles.

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