VOCATIONS PROVIDENTIELLES
Dieu exauce la naïve prière de la Vénérable Mère : € Si vous voulez que votre œuvre se fasse, envoyez-moi des sujets. » — Arrivée au couvent de Mlle Antide Lesne, de Lyon. — La famille Lesne pendant la Révolution ; Antide Lesne fait profession sous le nom de Sœur Gertrude. — Madame Lesne, sa mère, vient la rejoindre et prend le nom de Sœur Madeleine. — Madame Berthelin (Adélaïde Gouby), de Nantes. — Circonstances providentielles qui la mettent en rapport avec Marie Rivier. — Madame Berthelin est admise à la Communauté de Thueyts sous le nom de Sœur Chantai. — Mlle Catherine Dumas {Sœur Louise). — Mlw Marie Soulier (Sœur Agnès). — Mlle Marie Lalauze (Sœur Sophie). — Trois bienfaitrices : MUe Guérin , Mlle Freydier et Mlie Villard (Sœur Régis). — Mlle5 Apollonie et Gabrielle Pervencher (Sœur Gonzague et Sœur Xavier). — Mlle Aimée Millot, de Vernoux (Sœur Marie Vincent de Paul). Divers traits de l'enfance et de la vocation de sœur Marie Vincent de Paul, racontés par elle-même.
LES éminentes vertus des premières Sœurs de la Présentation de Marie, leur dévoûment admirable à l'œuvre de l'éducation de la jeunesse, la vénération qui entourait déjà leur sainte Supérieure, avaient répandu la réputation du pensionnat de Thueyts au delà des limites du Vivarais. De plusieurs diocèses voisins, un grand nombre de familles y amenaient leurs filles. Mais le personnel des religieuses ne s'était encore généralement recruté que dans un milieu de condition très humble et parmi des personnes d'une instruction peu développée : ce personnel devenait, du reste, par son petit nombre, insuffisant à la tâche. « La Vénérable Mère, disent les Annales,
LA VÉNÉRAB1 E MARIE RIVIER.
mvent à Dieu cotte naïve prière : < Seigneur, si vous ■ œuvre se fasse, envoyez-moi des sujets et de l'arg» . Providence laissa quelque temps encore la Congré-
u de la Mère Rivier dans l'épreuve de la pauvreté ; mais, île 1801 à 1803, elle lui envoya îles sujets aussi remarquables par les qualités brillantes de leur éducation et de leur science que par la solidité de leurs vertus.
La Servante de Dieu s'était glorifiée d'avoir vu naître son Institut, comme l'Église, dans le dénûment et l'obscurité: comme à l'Église, Dieu va lui accorder, après la période de la faiblesse et des humiliations où les œuvres surnaturelles se fondent, la le de l'éclat extérieur qui les recommande aux yeux des hommes.
Parmi les nouvelles religieuses dont le saint archevêque de Vienne reçut la profession le 7 août 1S01, nous avons nommé Antide Lesne.
Le jour où M,le Antide Lesne, de Lyon, était venue s'associer aux compagnes de la Vénérable Mère, les regards des jeunes pensionnaires s'étaient portés avec étonnement sur cette nouvelle maîtresse, dont les manières et toute la personne révélaient une éducation des plus distinguées. Jamais mise aussi élégante, dans sa simplicité toute chrétienne, n'avait franchi le seuil du pauvre couvent de Thueyts. La bonne Sœur elle-même avouait plus tard ingénument que l'impression du contraste qui avait éveillé l'attention des pensionnaires s'était également fait sentir dans son âme. € Comme j'approchais de Thueyts, raconte-t-elle, un passant, devinant, je ne sais comment, que je me rendais à la Communauté de la Présentation, me dit : « Mademoiselle, vous allez manger du pain noir. » Je pensai au pain noir que nous avions mangé, ma mère et moi, pendant le siège de Lyon, et cette apostrophe ne m'impressionna guère ; mais lorsque, après avoir franchi le seuil du couvent, je fus introduite dans ce qu'on appelait la salle du pensionnat, j'avoue que je fus émue ; en descendant les trois ou quatre marches qui y conduisaient : <i Mon Dieu, me disais-je, il me faudra donc passer ma vie dans cette cave! »
1 de jours après, Antide Lesne avait échangé avec bonheur ses vêtements contre la robe noire, la coiffe, le mouchoir et le tablier de toile grossière, qui faisaient alors le costume des Sœurs de la Présentation ; la Vénérable Mère écrivait à M. Vernet