‹ La vénérable Marie RivierChapitre 116 sur 279 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

de susceptibilité de la bonne sœur Madeleine? La vérité nous oblige à le reconnaître : l'ancienne mondaine n'atteignit pas du premier coup la perfection de l'humilité et de l'abnégation; sœur (hantai n'arriva à l'éminent degré de vertu religieuse, dont elle devait donner plus tard l'exemple, que par les voies ordinaires de la grâce, par la persévérance de l'effort personnel et par une soumission filiale à la sage direction de sa sainte Supérieure.

" Mme Berthelin, dit M. Vernet, causa, dans ces premiers temps, bien des ennuis à la Mère Rivier. Elle venait du monde, dont elle avait trop épousé les faiblesses et l'indulgence à l'égard des enfants. Elle connaissait d'ailleurs un peu trop son mérite, et on lui en parlait souvent. La fermeté, le zèle soutenu de la Supérieure lui déplaisaient ; ses corrections et punitions lui paraissaient outrées, et elle se permettait quelquefois de les critiquer.

« La Mère Rivier s'en aperçut bientôt. Elle eut recours à la prière, et se conduisit avec tant de sagesse qu'elle arrêta le mal et le guérit. Elle dissimula, usa de quelques ménagements, évita de reprendre et d'infliger des punitions en présence de Mme Berthelin ; elle lui prodigua d'ailleurs les prévenances, les témoignages de confiance et d'amitié, et parvint ainsi à gagner entièrement son cœur. Je sais que la Mère Rivier eut, à cette occasion, beaucoup à souffrir ; mais elle s'était comme familiarisée, depuis longtemps, avec les contradictions : Dieu était son recours dans ces pénibles moments et elle ne se laissait pas abattre. »

L'année 1802 vit encore entrer dans la Congrégation deux nouveaux sujets qui, sans lui apporter, comme ceux dont nous venons de parler, l'éclat d'un talent ou d'une instruction au-dessus de l'ordinaire, ne méritent pas moins d'avoir leurs noms inscrits dans cette histoire. Ce furent sœur Louise et sœur Agnès (1).

Sœur Louise, qui portait dans le monde le nom de Catherine Dumas, était née à Saint-Privat (Ardèche) le 21 mars 1781. Elle quitta volontiers une famille riche et honorable, une vie heureuse et choyée, pour embrasser les privations et la pauvreté extrême de la Congrégation naissante. Sa prudence consommée, son dévouaient

I. Dès l'origine, les compagnes de Marie Rivier aimaient à s'appeler entre elles du nom de Sœurs; mais l'ordonnance épiscopale, qui substitua officiellement les noms de religion aux noms de famille, est seulement du 21 novembre 1S01.

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intelligent lui firent confier plus tard les missions les plus importantes ; nous la retrouverons aux fondations de Vernoux, du Pouzin I mourut à la maison de Bourg- Saint- Andéol, en urée par la Communauté qui ne l'appelait que « la bonne mère. >

ur Agnès, dans le monde Marie Soulier, était également originaire de Saint-Privat La Providence ne lui permit de travailler à \ re de Marie Rivier que pendant un petit nombre d'années; mais, à sa mort, elle mérita d'être proposée par la Vénérable Mère comme le modèle achevé de l'abnégation et du dévouaient dans l'œuvre de l'éducation de l'enfance. Eprouvée dans son corps par des maladies cruelles, tourmentée dans son âme par des peines intérieures sans cesse renaissantes, elle trouvait, disait-elle, « ses bons moments, ses moments les plus calmes, dans les heures qu'elle passait au milieu des enfants. » Bien avant de quitter cette terre, elle était morte à elle-même, témoin cette prière, trouvée dans ses papiers, qu'elle récitait chaque jour : « Mon cher Sauveur, je prends à vos pieds une résolution : c'est de mourir en tout à moi-même, dans mes paroles, mes actions, mes désirs et toutes mes pensées. Je vous abandonne tout ce que j'ai et tout ce que je suis, remettant à votre bon plaisir mon repos, ma paix intérieure, mes inquiétudes, mes souffrances, ma vie, ma mort et mon salut, ne faisant qu'une seule réserve, celle de vous renouveler tous les jours mon sacrifice. »

Ainsi la divine Providence exauçait le premier cri de détresse de la Vénérable Mère : i. Seigneur, si vous voulez que votre œuvre se fasse, envoyez-moi des sujets » ; mais Dieu ne restait point sourd à sa seconde prière : <>' Envoyez-moi de l'argent. >> Sans faire entrer encore l'Institut dans une ère de prospérité, la Providence permit de faire face aux besoins les plus urgents, en conduisant à Thueyts, dans l'année 1802, trois insignes bienfaitrices : MUe Guérin, Mlle Yiilard et MUe Freydier.

Marie-Claudine Guérin, qui vint, au mois de mars 1802, demander à la Vénérable Mère la grâce de terminer ses jours auprès des bonnes Sœurs de Thueyts, était une pieuse demoiselle, originaire de Saint- Chamond, déjà avancée en âge. Un prêtre de Lyon, M. Ribier, l'avait adressée à la Mère Rivier. Elle offrait, en retour des soins qu'on lui ferait donner, une somme de 4.000 francs une fois payée, une pension annuelle de seize cents francs, et, après sa mort, une

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