‹ La vénérable Marie RivierChapitre 117 sur 279 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

somme 8e deux mille francs et tout son mobilier. L'offre généreuse fut acceptée avec reconnaissance. Mlle Guérin, qui excellait à broder et à peindre au pastel, voulut bien encore donner des leçons aux pensionnaires.

Deux mois après, à M11'' Guérin venait se joindre Mlle Villard. Françoise- Agathe Villard, fille unique d'un notaire de Salavas, était novice au couvent des Ursulines de Pont- Saint-Esprit lorsque la Révolution éclata. Rentrée dans la maison paternelle, elle y vécut, auprès de son père, dans tous les exercices de la vie religieuse, édifiant tout le monde par sa modestie et sa piété. M. Villard mourut en 1S01, laissant à sa fille une fortune considérable. Loin de prêter l'oreille aux nombreuses avances dont elle fut l'objet de la part du monde, la jeune fille, qui était déjà en rapports spirituels avec M. Vernet, lui confia son désir de se retirer dans une Communauté religieuse. Le vénéré Supérieur de la Présentation lui indiqua la maison de Thueyts, où elle vint faire une retraite qui se termina le 24 mai 1801. L'année suivante, après avoir mis ordre à ses affaires temporelles, elle demanda à la Mère Rivier une place à côté de ses filles. Elle lui apportait en même temps une somme de 3.000 francs qui servit à acquitter une dette pressante. Ce ne fut que le début des nombreuses libéralités de Mlle Villard. Le 25 mai 1806, elle compléta le sacrifice de sa fortune par le sacrifice d'elle-même et fut agrégée à la Congrégation de la Présentation sous le nom de sœur Marie Régis.

Le jour même où Mlle Villard se rendait à Thueyts pour s'y fixer définitivement, elle fut jointe en chemin par une ancienne religieuse du couvent de Notre-Dame de Largentière. Celle-ci appartenait à une honorable famille de Vallon et s'appelait Thérèse Freydier. Comme Claudine Villard, Thérèse Freydier avait conservé pieusement dans son âme le doux souvenir de sa vie religieuse brisée par la Révolution ; mais, beaucoup plus âgée, elle n'osait songer à solliciter son admission dans une Congrégation nouvelle. Tout son désir, disait-elle, était « de se préparer à la mort au milieu de bonnes religieuses qui l'encourageraient à ses derniers moments. » En arrivant à Thueyts, elle abandonna à la Communauté tout son patrimoine, relativement important. Elle lui fut encore plus utile en mettant au service du Couvent sa remarquable habileté dans les travaux d'aiguille. Mlle Freydier organisa et dirigea une sorte d'atelier pour la confection des chapes, chasubles et autres vêtements ou

Marie Rivier.

ornements destinés au culte. Les églises du diocèse de Viviers, comme celles de la France entière, avaient été presque toutes dépouillées de leurs ornements pendant les troubles de la Révolution ; la Congrégation de la Présentation de Marie contribua, pour une grande part, à réparer ces spoliations sacrilèges, et ce fut grâce aux travaux habilement dirigés par MUe Freydier.

La Mère Rivier n'oublia jamais un bienfait. Toute sa vie, elle aima à rappeler le souvenir des libéralités qui lui avaient été faites par les trois pieuses personnes dont nous venons de parler. Un des spectacles les plus édifiants pour la Maison-Mère de Thueyts, et, plus tard, pour la Maison-Mère de Bourg-Saint-Andéol, fut celui des égards presque filials dont la bonne Mère voulut entourer, jusqu'à sa mort, la digne MUe Freydier. Celle-ci devait lui survivre de quatre années et mourir dans un âge très avancé, en 1842.

L'année 1802 vit aussi entrer au Couvent une jeune pensionnaire destinée à devenir plus tard un des soutiens les plus précieux du pensionnat et de la Congrégation. Elle s'appelait Marie Lalauze et appartenait à une honnête famille de Rocles, où elle était née le 18 octobre 1788. Écoutons-la nous faire elle-même le récit de ses impressions. Nous ne saurions trouver un tableau plus vivant du pensionnat de Thueyts à cette époque et du profond esprit de religion que la sainte Supérieure avait su y imprimer.

- J'entrai dans la maison de Thueyts, en qualité de pensionnaire, le 6 janvier 1802. Ce qui me frappa d'abord, ce fut le recueillement profond avec lequel la Mère Rivier, ses Sœurs et les élèves s'acquittaient des exercices de piété. Je vois encore la petite chapelle où l'on gardait le très saint Sacrement. La Mère Rivier se tenait constamment à genoux sur le plancher pendant la sainte Messe, même qu'on en célébrait deux et quelquefois trois de suite. Les pensionnaires entendaient deux Messes les dimanches et les fêtes, et personne ne s'asseyait, personne ne se plaignait de la fatigue.

« Ce qui m'étonnait surtout, c'était l'esprit de mortification de ces jeunes filles. Je m'aperçus bientôt qu'il était le fruit des exemples de la Supérieure et des Sœurs. Quelle que fût la température, on n'entendait jamais dire en hiver : « Oh ! qu'il fait froid ! » ni en été : h ! qu'il fait chaud ! » On se serait jugé immortifié en parlant ainsi. C'était une règle religieusement observée de ne rien prendre entre ses repas, pas même un verre d'eau. Je me souviens que, nouvelle arrivée, j'étais un peu gâtée par les anciennes ; une d'elles me donna

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