CHAPITRE XVIII. ICI
la garde nationale à cheval pour faire cortège à l'Évêque, en le
suppliant île venir au plus tût ; de sorte qu'il fut obligé d'y aller sans retard. Avant de nous quitter, il écrivit les lignes suivantes sur le registre des agrégations :
<< Nous confirmons l'élection faite de sœur Marie Rivier, première Supérieure de la Maison de l'Instruction de Thueyts (1), Fondatrice ; et cela pour sa vie ; ainsi que l'élection des Sœurs qui composent la maison jusqu'à ce jour. A Thueyts, le icr juillet 1802.
j J. R... évêque de Mende. »
Le premier Pasteur des Sœurs de la Présentation de Thueyts portait en effet le titre d 'évêque de Mende. A la joie de voir le culte catholique officiellement rétabli en France, se joignait, pour la religieuse population de l'Ardèche, la douleur de voir le siège épiscopal de Viviers supprimé et le diocèse qui en dépendait rattaché à celui de Mende.
Le choix du nouveau pontife était de nature à consoler de ces légitimes regrets. Mgr de Chabot, ancien évêque de Saint-Claude, n'était pas seulement le concitoyen et l'ami de Mgr d'Aviau ; mais, sans réunir en sa personne les dons éminents de cet illustre prélat, il apportait le même dévoùment aux intérêts de son clergé et de son peuple. LTn de ses premiers actes fut de conférer à M. Yernet les pouvoirs de grand vicaire pour la région de l'Ardèche.
Celui-ci avait déjà été dénoncé au gouvernement comme le chef des réfractaires, et M. Robert, le nouveau préfet, se disposait à prendre des mesures énergiques contre lui, quand une démarche aussi loyale qu'habile du vicaire général déjoua les calculs de ses ennemis. Le 29 mai, il se présenta à Privas, à la tête du clergé de la ville, devant le préfet, et lut la déclaration suivante : « Après
1. Depuis qu'elle avait formé le dessein de fusionner son Institut avec celui des Demoiselles de l'Instruction du Puy et de soumettre son autorité à celle de Mlle de Sénicroze, Marie Rivier, dans le but de préparer les esprits à l'exécution de son projet, appelait sa communauté « la Maison de l'Instruction » ; ce ne fut qu'en 1S04, lorsque le projet eut échoué, en présence de la manifestation formelle de la volonté de Dieu, que le nom de Maison Je F Instruction fut définitivement abandonné et le nom primitif de Maison de la Présentation définitivement repris.
avoir invite les prêtres du diocèse de Viviers à donner une garantie
individuelle de leur soumission au gouvernement, et de leur soumission à la convention passée entre le Souverain Pontife et le Premier Consul, je dois une assurance personnelle des mêmes sentiments. Je déclare, en consé uience.à M. le préfet que je me ferai toujours un devoir, comme je l'ai fait par le passé, de montrer au gouvernement établi par la Constitution la soumission (pie nous commande l'Évangile
L'accueil du préfet satisfit complètement le grand vicaire, qui, le lendemain, 30 mai, écrivit à la Mère Rivier : g Je n'ai pu voir le préfet qu'hier matin. Il m'a très bien accueilli : nous avens parlé de votre maison, à laquelle il porte intérêt. Il m'a dit devoir aller à Thuevts vers le 25 juin, et qu'il serait très empressé de voir la maison : ainsi préparez compliments, chansons, etc. »
Ce ne fut pas à la date indiquée, mais dix jours plus tard, le 5 juillet 1802, que M. Robert remplit sa promesse. Le préfet de PArdèche était arrivé à Privas avec la réputation d'un homme conciliant et modéré, que ses actes justifièrent. La Servante de Dieu voulut lui faire rendre dans son établissement tous les honneurs dus à ses fonctions et à ses qualités personnelles. Les conseils de M. Yernet furent suivis : sœur Gertrude se mit en frais d'un gracieux acrostiche et Mlle Guérin peignit un élégant médaillon, où l'on voyait un génie tenant d'une main des balances et de l'autre une branche d'olivier pour symboliser la justice et la paix. Les jeunes pensionnaires prodiguèrent au premier magistrat du département les compliments, les bouquets et les chansons (1).
A quelque temps de là, le préfet écrivait à la Vénérable Mère: «J'ai vu avec beaucoup d'intérêt, Madame, le pensionnat que vous dirigez. Vous vous 'jtes imposé une tâche pénible, mais bien louable : les succès que vous obtiendrez seront la digne récompense de vos soins et vous aurez mérité la reconnaissance publique comme celle des mères de famille.
Le temps des épreuves était-il donc passé? L'heure était-elle enfin venue, pour la Servante de Dieu, de voir son œuvre se développer sans entraves, sous les bénédictions du ciel et de la terre ? — La Vénérable Mère, qui n'ignorait pas le rôle providentiel de la souffrance dans les ouvres de Dieu, ne pouvait ni