‹ La vénérable Marie RivierChapitre 124 sur 279 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Marie, parce que son lit était pour elle un théâtre de souffrances. était fréquemment obligée de se lever et se promenait alors heures entières dans sa chambre en récitant le Rosaire. »

€ J'ai constaté le même fait, dit sœur Saint-Pierre ; seulement

;-ur couchait dans sa chambre, comme cela m'est arrivé

à moi-même, la bonne Mère, par charité, de peur de déranger sa

compagne, restait dans son lit, où on l'entendait murmurer des

prières. »

1 s médecins n'osaient se prononcer sur le caractère de ces diverses maladies. « J'ai soigné la Mère Rivier pendant sa dernière maladie seulement, dit le docteur Amable Cade dans sa déposition au Procès apostolique, mais j'ai souvent entendu dire à mon père, qui fut son médecin habituel : 4 La Mère Rivier est affectée d'un état presque constamment maladif, et cet état m'a présenté des phénomènes si insolites, si imprévus de soulagement et de guérison, que je n'ose plus former un diagnostic suivant les données ordinaires de la science. » En ce qui me concerne, je puis attester que la Servante de Dieu n'était atteinte d'aucune maladie nerveuse, telle que hystérie, hypocondrie, catalepsie, etc. qui pût expliquer de pareils phénomènes. »

Dans cette même déposition, l'honorable docteur ajoute : € Ce que mon père et moi avons toujours constaté avec admiration, c'est sa patience inaltérable, quelle que fût l'acuité de la souffrance. »

M. Vernet, interrogé au Procès d'information de la Cause, sur le point de savoir si la Servante de Dieu n'avait jamais manifesté des sentiments d'impatience, a répondu : « Dans les souffrances morales, quelquefois, et d'une manière très passagère ; dans les souffrances physiques, jamais. )

Mais ce n'était pas seulement la patience que la Vénérable Mère manifestait au milieu de ses souffrances, c'était encore une inaltérable gaité. « Comme elle était toujours joyeuse dans ses peines, dit sœur Saint-Pierre, les gens du monde qui la voyaient, la croyant d'une santé parfaite, lui en faisaient leurs compliments : ce qui lui faisait faire de bonnes risées lorsqu'ils étaient partis. »

L'illusion des gens du monde était certes bien explicable : quand on considère les travaux accomplis par la Vénérable Mère pendant les années 1802, 1803, 1804 et 1805, on se demande comment la santé la plus florissante aurait pu suffire à un pareil déploiement d'activité.

LA \ ÉNÉRABLE MARIE RIVIER.

Du début de l'année 1802 à la fin de l'année 1S05, seize maisons

nouvelles fuient fondées, et l'on sait la part que prenait l'active

rieureàces fondations; le Noviciat de Thueyts fut organisé ;

de longues négociations, qui donnèrent lieu à de nombreux voyages, furent poursuivies à l'effet d'établir une fusion entre les Sœurs de la Présentation de Thueyts et les Demoiselles de l'Instruction du Puy ; des agrandissements considérables durent être faits à la Maison-Mère, et les ouvriers y furent presque constamment occupés ; des difficultés extérieures nécessitèrent des démarches administratives multipliées ; et, non contente de veiller à tous ces besoins du moment, on vit l'infatigable Supérieure prêcher des retraites, soit à ses propres filles, soit à des religieuses d'Instituts différents, soit même à des personnes du monde, que, comme au temps de la Révolution, elle groupait autour d'elle, les excitant au service de Dieu par ses paroles enflammées.

L'année 1802 vit s'ouvrir, nous l'avons déjà constaté, quatre maisons nouvelles : les écoles de Saint-Privat, de Lagorce, de Sablières et de Vernoux. Il ne peut entrer dans le cadre de ce travail de raconter en détail chacune de ces fondations. Aucune ne fut exempte de difficultés et de tribulations ; mais nulle part les Sœurs de la Présentation de Marie ne furent aussi éprouvées qu'à Vernoux.

« Sans doute, écrivait en 1803 M. Pontanier à la Vénérable Mère, que, dans ce centre important du protestantisme, Dieu veut mettre la contradiction au début d'une œuvre qu'il destine à produire le plus grand bien dans l'avenir. »

Par suite du plus fâcheux des malentendus, les deux Sœurs que la Vénérable Mère conduisit elle-même à Vernoux, le 18 mars 1802, sœur Louise et sœur Agathe, se trouvèrent dès le début sans logement et sans ressources. Une pauvre chambre et un étroit cabinet « où, dit sœur Marie, témoin oculaire, une paillasse disposée sur deux petits bancs dut tenir lieu d'un lit », tel fut le seul asile des trois religieuses pendant plusieurs semaines. Nous avons déjà vu, en devançant les événements dans l'histoire de la vocation d'Aimée Millot, quelle impression peu favorable avait produite sur la population de Vernoux l'humble mise des pauvres Sœurs de Thueyts. Les plaisanteries ne tarissaient pas sur elles. Chacune de leurs démarches, les mesures mêmes que le zélé curé de Vernoux croyait devoir prendre pour

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