CHAPITRE XVIII
recommander .1 ses paroissiens les nouvelles institutrices, devenaient de nouveaux sujets de railleries.
« Notre vénérée Mère et ses filles, dit encore sœur Marie, prirent tout bien patiemment ; elles reçurent avec beaucoup d'affection le petit nombre d'enfants qui se présentèrent et leur prodiguèrent des soins dévoués. Notre Mère se chargea d'enseigner à une des plus petites à faire des chaussons ; c'était le désir des parents. On fut émerveillé de l'habileté que cette petite fille eut acquise en peu de jours et surtout de la charité des nouvelles maîtresses. Le peuple ne tarda pas à comprendre qu'il lui était venu de Thueyts de véritables amies : aussi se déclara-t-il ouvertement pour elles à la première occasion.
« C'était peu de semaines après leur arrivée. Le maire de Vernoux, qui les voyait de mauvais œil, manda les sœurs Louise et Agathe à la mairie. Quelques femmes qui les rencontrèrent, ayant su où elles allaient, voulurent les accompagner. D'autres se joignirent à celles-ci. Ce fut bientôt un attroupement. Dès qu'on fut devant M. le maire, la plus hardie l'interpella : — « Que voulez-vous à ces Sœurs, s'il vous plaît, M. le maire ? — Je veux savoir ce qu'elles viennent faire ici. — Nous venons, répondit modestement sœur Louise, instruire les petites filles du peuple. — Vous entendez, M. le maire, reprit l'avocate des Sœurs : ce sont nos institutrices, les maîtresses d'école de nos enfants, les Sœurs du peuple. » Ces paroles, et plus encore le ton avec lequel elles furent dites, parurent impressionner M. le maire, car il ne trouva que deux mots à répondre : — € Cela suffit », et les Sœurs furent triomphalement ramenées à leur école.
Nous verrons, plus tard, de nouvelles entraves suscitées à l'école de Vernoux, mais elles ne serviront qu'à affermir l'œuvre et à faire briller la vertu de la Servante de Dieu.
Trois paroisses reçurent les Sœurs de la Présentation en 1S03 : Chambonas, Le Béage et Saint-Péray. Quatre écoles nouvelles furent fondées en 1804, à Vesseaux , à Cornas, au Pouzin et à Villeneuve-de-Berg ; cinq autres s'ouvrirent en 1805, à La Blachère, à Saint-Thomé, à Antraigues, à Joyeuse et à Mirabel.
La Blachère eut le bonheur de recevoir une des quatre premières compagnes de Marie Rivier, sœur Anastasie : ainsi s'appelait maintenant Jeanne Delubac. Martine Teston, connue désormais sous le nom de sœur Martine, édifiait Le Béage par ses vertus. Sous
2CO LA \ I N'IRA JRIE RIVIER.
les n r Manon et de sœur Thérèse, Marie Eyraud et
Thérèse Chaudanson menaient à Thueyts la vie austère et dévouée
premiers temps. Sœur Ursule, qui fut envoyée à Villeneuve-
de-B - presque leur contemporaine parla date de son entrée
dans la Communauté; elle était leur émule par l'abnégation et par l'humilité de sa vie ; c'est elle qui, sur son lit de mort, épuisée par un travail sans relâche plus encore que par l'âge, disait : « Je serai bien attrapée si je vais au ciel, étant la plus misérable de ti créatures du bon Dieu. •> L'école de Cornas eut pour
directrice une jeune novice de vingt-deux ans, Dorothée Lachave, qui fut plus tard sœur Saint-Denys. Elle quitta ce monde à trente-trois ans, « après avoir été partout, disent les les, la
bonne odeur de Jésus-Christ. »
Le 20 mai 1804, les trois postulantes de Vernoux avaient ét<: admises à faire leur profession religieuse. Sœur Gonzague (Gabrielle l'ervencher) fut l'année suivante envoyée à Joyeuse; nous verrons bientôt sceur Xavier (Apollonie l'ervencher) mise à la tête du Noviciat; quant à sœur Marie Yincent-de-Paul (Aimée Millot), à la fin de l'année 1805, alors qu'elle était âgée de vingt-cinq ans à peine, la Vénérable Mère, déjà fixée sur la maturité de son esprit, lui confia la mission délicate de visiter en son nom diverses maisons nouvellement fondées, et le rapport remarquable que la jeune visitatrice rédigea à cette occasion, put faire prévoir déjà les services que rendraient un jour à- l'Institut sa prudence et la sûreté de son jugement.
De graves préoccupations retenaient à Thueyts la sainte Fondatrice, ou du moins ne lui permettaient pas de s'en absenter pour longtemps.
A la date du 4 mars 1804, d'après une lettre de M. Vernet, l'établissement de Thueyts comptait cent neuf personnes. Les locaux devenaient insuffisants. Du mois d'avril 1804 au mois d'avril 1806, deux maisons furent acquises: l'une avait vue sur la cour des Sœurs: en l'acquérant, elles se mirent pour toujours à l'abri des regards indiscrets. L'autre, plus isolée, devait servir à loger l'aumônier. Enfin l'achat d'un verger, prolongement du jardin au couchant, permit de préparer la construction d'une chapelle, d'un réfectoire et d'un nouveau dortoir.
« A la même époque, écrit sœur Sophie, un domaine qui se trouvait dans une situation très avantageuse par rapport à la