CHAPITRE XVIIL
Communauté, fut mis en vente à Thueyts. Il s'appelait le Luzet. mne Mère désirait beaucoup l'acquérir.
■• La générosité de la propriétaire, Mm< veuve Ruelle de Baysan, d'Aubenas, favorisa ses projets. Cette respectable dame, non contente de consentir un prix très modéré, voulut bien se déclarer satisfaite d'un acompte actuel de trois mille francs, et renvoyé'- à intervalles très éloignés les autres payements partiels destinés à compléter la somme.
« Le jour où il fallut passer le contrat de vente à Aubenas, notre Mère n'avait pas même de quoi payer les frais de l'acte. Une personne généreuse lui prêta trois mille francs pour le premier versement ; les autres furent faits au moyen de dons divers, des dots de quelques Sœurs nouvellement reçues et de quelques petits profits (i). »
Le pensionnat donnait en effet maintenant quelques bénéfices ; mais ces bénéfices, on le voit, étaient vite absorbés, soit par les constructions ou réparations urgentes, soit par les dépenses occasionnées par les nouvelles fondations. On ne voyait plus sœur Thérèse et sœur Marion porter sur leur tête des faix de bois ramassé dans la montagne ou des quartauts de blé. Depuis le 9 juin 1803, (date mémorable, dont la bonne Mère aimait à rappeler joyeusement le souvenir) une humble monture remplissait cet office (2). Mais, bien mieux que toutes les descriptions, deux simples traits nous montreront que, si la pauvreté effective de la Communauté avait reçu quelques adoucissements, l'esprit de mortification gra\é par la Vénérable Mère au cœur de ses filles, n'avait point changé. t Les Sœurs qu'on avait placées à Joyeuse, écrit sœur Sophie, n'osèrent jamais se permettre de manger une poule qu'on leur avait donnée , elles la portèrent à une pauvre malade. Une crème, qu'on leur apporta quelques jours après, eut le même sort. »
La lettre suivante de sœur Marie, écrite au mois de septembre 1805, se passe également de tout commentaire : « Ma bien chère Mère, comme notre sœur Apollonie dort fort peu, et qu'elle fait cependant assez d'ouvrage, s'il était possible, il faudrait lui envoyer un matelas. Sœur Gonzague assure qu'elle dort bien sur la paille :
1. Quand la Communauté se transporta à Bourg-Saint- Andéol, le domaine du Luzet, désormais moins utile, fut vendu et le prix qu'on en retira servit à payer les frais des nouvelles constructions.
2. On lit au registre des dépenses : << 9 juin, payé pour un âne, 60 francs. î>
LA V] NÉRABLE MARIE RIVIER.
comme le matelas de notre sœur Xavier est fort grand, si elle prenait celui de ir, on pourrait en faire deux du sien : pardonnez-moi cette observation, ma chère Mère ; je vous connais si bonne qu'il me semble que ce serait votre intention. J'oubliais de vous dire que j'engraisse à vue d'oeil : j'en ai presque honte. »
L'humble religieuse qui parlait ainsi était la fille de l'ancien seigneur de Vernoux, la nièce du comte de Poleymieux, ancien gouverneur du Sénégal, la cousine du général Rampon, sénateur de l'Empire, Sœur Gonzague et sœur Xavier étaient les deux anciennes compagnes de sa jeunesse.
La grâce de Dieu et les exemples de la Vénérable Supérieure soutenaient les courages : « Ma Mère, lui dit un jour une de ses filles, si vous n'aviez, comme autrefois, qu'une Communauté de trente à quarante personnes à gouverner, que feriez-vous ? — Je ferais comme autrefois, répondit-elle, je m'en irais dans les villages prêcher des retraites et des missions (i). »
On peut croire sans peine qu'elle eût fait ainsi, puisque, en 1804, le gouvernement d'une Communauté de plus de cent personnes et la surveillance de plus de vingt maisons nouvelles, ne l'empêchèrent pas de profiter de toutes les occasions qui lui furent offertes, pour exercer ce genre de ministère.
Les Annales de la Présentation font dater l'œuvre des retraites de la Vénérable Mère de l'année 1801. A la vérité, son âme d'apôtre ne cessa jamais de se livrer, sous une forme ou sous une autre, partout où elle se trouva, à ce ministère de l'évangélisation du peuple, pour lequel elle avait reçu de Dieu une vocation et des aptitudes toutes spéciales. Mais ce ne fut naturellement qu'après le retour de la paix religieuse, en 1801, qu'elle put donner aux femmes et aux jeunes filles ces instructions suivies et régulières qui furent appelées les retraites de la Mère Rivier.
Les lettres de la Servante de Dieu et les dépositions des témoins au Procès de canonisation signalent principalement, en 1803, les retraites de Chambonas, du Péage et de Saint-Péray ; en 1804, celles de Thueyts, de Niaigles, de Saint-Privat et de Villeneuve-de- Berg.
« Au mois rie mars 1804, raconte la Révérende Mère Arsène, seconde Supérieure de la Présentation, originaire de Villeneuve-de-