CHAPITRE X\ III
Berg, notre vénérée Mère donna une retraite aux femmes de mon pays natal, en même temps que M. Vernet, vicaire général de Viviers, prêchait aux hommes dans l'église. On se portait en foule à ses instructions ; le local de l'école étant devenu insuffisant, on se réunit dans une vaste remise. Les instructions de notre Mère opérèrent des merveilles ; le souvenir en est encore vivant à Villeneuvede-Berg. Au sortir des instructions, on voyait femmes et filles se rendre à l'église, où les confessionnaux étaient assiégés.
« Entre autres conversions, on admira celle d'une pécheresse publique. Après l'instruction, tandis que les autres femmes se pressaient autour de la Mère Rivier pour lui demander des conseils, la pauvre fille baisait ses habits par vénération, n'osant ni lever les yeux vers elle, ni lui parler. Quand elle se décida à le faire, invitée par notre Mère, elle ne voulut jamais consentir à s'entretenir avec elle qu'en se tenant à genoux. Touchée jusqu'au fond de l'âme de ce qu'elle entendait, elle fit une confession générale, accompagnée d'une contrition si vive, que sa mort, qui arriva bientôt après, fut regardée par tout le monde comme l'effet de la vivacité de son repentir. Près de mourir, elle fit, en présence de témoins, des recommandations admirables à sa fille, l'exhortant à marcher dans des voies autres que les siennes, à fuir les mauvaises compagnies, à s'occuper avant tout du salut de son âme, et, pour l'opérer plus sûrement, à se retirer dans un Couvent. La jeune fille s'y retira en effet, après la mort de sa mère, et n'en sortit plus. »
Jamais, au rapport de M. Vernet, la Mère Rivier n'entreprit une de ces retraites sans avoir préalablement demandé et obtenu l'agrément de M. le curé de la paroisse. Cette autorisation accordée, elle réunissait les femmes, le plus ordinairement dans la maison des Sœurs.
Parfois l'auditoire était si nombreux qu'il débordait dans les rues ou sur les places avoisinantes. « Un jour, dit soeur Saint- Pierre, la foule étant plus considérable au dehors qu'au dedans, notre Mère se mit pour parler dans l'embrasure d'une fenêtre, afin que tous pussent l'entendre ; et, comme sa voix n'arrivait pas encore aux auditeurs les plus éloignés, il fallut que la sœur Assistante, pour les contenter, allât ensuite leur répéter ce que la Mère avait dit. »
« La retraite de Villeneuve-de-Berg, dit sœur Sophie, fut le principe de la vocation de Mlle Gascou, de Mlle Blache et des deux
dem> ird.qui s'appelèrent plus tard sœur Célestine, sœur
entine. La première seule était de Villenem Blache et les demoiselles Richard étaient de Saint-
; venait, en effet, des villages environnants pour entendre notre Mère. Mlle Gascou lui fut présentée par une sainte . parente La Mère Rivier la regarda un moment avec affection, lui tendit la main et lui dit : « Vous serez une de mes filles. » Dès ce moment, elle ne soupira plus qu'après le jour où il lui serait permis d'entrer au couvent de Thueyts. Sœur Célestine fut agrégée à la Congrégation le 8 septembre 1809, en même temps que sœur Sophie. Elle fut chargée de la direction des écoles de Cruas, de La Youlte, et enfin, en 1824, de la direction du Noviciat que, pendant vingt-six ans, jusqu'à sa mort, elle édifia par ses vertus (1).
Tant de travaux, couronnés de si consolants succès, ne nous font voir encore qu'un aspect de la grande âme de Marie Rivier.
€ Ce qu'il y a de plus surprenant, dit M. Vernet, ce qui paraît presque incroyable, c'est que, tandis que les instructions de la Servante de Dieu produisaient de si salutaires effets dans les âmes des autres, la sienne demeurait comme ensevelie dans les plus accablantes épreuves : c'étaient des troubles, des déchirements, qui ne pouvaient, ce semble, être comparés qu'aux tourments de l'enfer.
« Pendant la retraite si fructueuse qu'elle donna à Villeneuvede-Berg, elle demeura tellement torturée que, dans l'intervalle des exercices, elle me faisait prier de venir la voir pour relever un peu son courage. On ne saurait dire dans quelles ténèbres était plongée cette âme qui savait si bien éclairer les autres, quelles frayeurs de la justice divine l'agitaient, elle pourtant si innocente et si riche de mérites. Il fallait un long entretien pour lui rendre un peu de tranquillité et de confiance, et ce n'était pas pour longtemps : le lendemain, le jour même; pressée des mêmes angoisses, elle réclamait les mêmes secours : elle n'avait un peu fie répit qu'aux heures de ses instructions. •■
1. Notice manuscrite sur Us premier es Svurs de la Présentation. — La moit de
ine fut douce, calme et courageuse, comme l'avait été sa vie. <i 'nie
désirez-vous/* lui disaient ses chères novices, anxieuses, penchées vers elle, à ses
derniers moments. — « Une lxmne mort, répondit-elle, je n'ai besoin que de cela. 2>
Elle expira en murmurant l'Ave Maria.