LA MAISON-MÈRE ET LE NOVICIAT
Forme religieuse donnée à la Congrégation. — Adoption d'un costume définitif. — Les saints patrons de l'Institut. — La remise solennelle des croix de profession. — L'institution des retraites annuelles. — Attachement de la Vénérable Mère à la Compagnie de Jésus et à la Société de Saint-Sulpice. — Organisation du Noviciat; les principaux sujets des instructions de la Vénérable Mère aux Novices : l'humilité, la simplicité et le zèle. — Sa charité maternelle. — Relations avec les Religieuses de Saint-Joseph, de Saint-Félicien, et avec les Demoiselles de l'Instruction du Puy. — Pèlerinages à Notre-Dame de La Blachère et à La Louvesc. — Le nouvel évêque de Mende, Mgr de Mons. — M. Vernet s'éloigne de Thueyts, rachète le grand séminaire de Viviers et en devient le Supérieur. — Tristesse de la Vénérable Mère. — Elle demande à être relevée de sa charge. — Dieu récompense son humilité par des consolations spirituelles.
LE 20 mai 1804 ne f"ut Pas seulement une date mémorable dans les annales de l'Institut de la Présentation par la profession religieuse de sœur Marie, de sœur Gonzague et de sœur Xavier ; ce jour-là, qui se trouvait être la fête de la Pentecôte, dans un conseil des Sœurs anciennes que présida M. Vernet, des décisions importantes furent prises.
Jusqu'à ce jour, la Vénérable Fondatrice s'était beaucoup plus appliquée à inspirer à ses filles l'esprit intérieur de la vie religieuse qu'à leur en imposer les formes extérieures et le costume. Elle était
fidèle en cela à une de ses maximes favorites, que toute réforme du dehors doit être précédée d'une reforme du dedans. « Travaillons par le dedans, disait-elle en son pittoresque langage; le premier de ouvrage-, c'est l'ouvrage du cœur. » En 1804. l'heure parut venue de donner à son œuvre cette organisation extérieure qui l'assimilerait complètement désormais, aux yeux du monde comme à ceux de l'Église, aux Congrégations religieuses proprement dites.
Les décisions de ce premier conseil, dont malheureusement le procès- verbal ne nous a pas été conservé (i) paraissent avoir portésur les points suivants : le nom de l'Institut, son patronage, l'appellation qui devait être désormais réservée à la Supérieure, le costume des Sœurs, le règlement des retraites annuelles et l'organisation du Noviciat.
Le nom d'Institut de la Présentation de Marie, qu'on avait cru devoir abandonner pendant quelque temps pour celui de Maison de l'Instruction, à l'époque où il avait été question de fusionner l'œuvre de Thueyts avec celle de Mlle de Sénicroze, fut définitivement repris.
La très sainte Vierge, si chère à Marie Rivier et à ses filles, restait donc' la première patronne de la Congrégation. Le choix du patron secondaire ne pouvait donner lieu à aucune hésitation : le patronage du glorieux apôtre du Vivarais, du grand thaumaturge de La Louvesc, dont le vénéré Supérieur de la Présentation se glorifiait de porter le nom et de qui la Vénérable Mère avait reçu tant de grâces, s'offrait de lui-même à la dévotion filiale et reconnaissante des religieuses'de Thueyts. Avec saint François Régis, la zélée Supérieure voulut donner pour protecteurs à sa famille religieuse deux autres saints de la Compagnie de Jésus. Saint Louis de Gonzague, que le Pape Urbain VIII avait proclamé, en 1629, le modèle de la jeunesse chrétienne, fut choisi comme patron du pensionnat, et saint Stanislas Kostka donné comme protecteur spécial aux novices, me brûlante de zèle de Marie Rivier se complaisait ainsi à proposer pour modèles à ses filles trois grands saints de cette Compagnie de Jésus dont la devise : « Tout pour la plus grande gloire »ieu », répondait si bien à ses aspirations apostoliques. « Savezvous, disait-elle, pourquoi j'aime tant à vous parler des saints Jésuites ? c'est qu'il me semble qu'ils brisent plus vaillamment que les
1. Le premier Conseil de la Congrégation dont le procès -verbal ait été conservé est celui du 25 novembre 1806.