CHAPITRE XIX
d'un saint Ignace, et, en même temps, un attrait profond pour la vie humble, cachée, intérieure, perdue en Dieu seul, qui la rapproche <lu vénérable Fondateur des séminaires en France, Al. < 'lier.
L'esprit de zèle dans l'esprit d'humilité : cette formule résumerait peut-être avec exactitude le caractère dominant des vertus que la sainte Fondatrice cherchait à inculquer à ses filles, par ses entretiens, par ses lettres, et surtout par les instructions fréquentes qu'elle adressait à ses chères novices.
Le Noviciat dc^ Sieurs de la Présentation avait reçu un commencement d'organisation dès l'année précédente. Mais, à mesure que le cercle de leurs œuvres s'élargissait, il devenait plus urgent de ranimer au centre le foyer des vertus propres à leur état.
« La devise dc^ Sœurs, disait la supplique adressée au Saint- Père, est de se sanctifier elles-mêmes, à l'exemple de leur divin Maître, avant de travailler à sanctifier les autres. » Toutes les instructions de Marie Rivier à ses filles pourraient se ramener au commentaire de cette devise. « Les saints font les saints, disait-elle à des Sœurs qu'elle envoyait dans des écoles de paroisse, rappelezvous toujours qu'on ne corrige les autres qu'en se corrigeant soimême, et qu'on ne sanctifie les autres qu'en se sanctifiant soimême. » Mais cette œuvre de sanctification personnelle avait, dans sa pensée, une base indispensable, l'humilité, et, pour les religieuses de la Présentation de Marie, elle avait un couronnement nécessaire, l'esprit de zèle.
Sœur Saint-Philippe, qui a recueilli tous les souvenirs relatifs aux Noviciats de Thueyts et de Bourg-Saint-Andéol, nous a laissé un précieux manuscrit sur la manière dont la bonne Mère exerçait ses novices dans l'humilité, et sœur Sophie a dépeint, en une page très vivante, la guerre sans merci qu'elle déclarait à l'orgueil. « Notre chère Mère pardonnait, excusait et supportait tout, excepté l'orgueil ; on peut dire qu'elle le poursuivait à outrance ; elle lui avait juré une guerre éternelle et s'étudiait à le combattre en toute rencontre ; elle le redoutait plus que tous les démons ensemble et disait quelquefois qu'elle aurait moins peur du diable en personne que d'une orgueilleuse. Elle avait un tact tout particulier pour le démasquer, l'abaisser, le terrasser, le faire trembler. Aussitôt qu'elle le rencontrait, on aurait dit que ses sens en étaient frappés, qu'elle le voyait, l'entendait, le sentait : « Voilà l'orgueil ! » s ecriait-elle, avec un ton d'indignation et de mépris. Elle savait distinguer, à la
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première vue, de quelle espèce il était, et à quel degré il se trouvait dans chaque personne, i Voilà de l'humain! disait-elle; voilà la recherche de soi ! voilà la petite vanité ! voilà le gros amourpropre ! » Aussi sa seule présence imprimait-elle dans l'âme des plus tentées d'orgueil, des sentiments d'humiliation, de honte d'elles-mêmes, et le désir le plus vif de pratiquer l'humilité. »
Mais l'humilité, à son avis, ne pouvait exister sans la simplicité. « L'humilité qui n'est pas simple, disait-elle, n'est plus l'humilité. » De là une guerre non moins acharnée à toute affectation d'attitude ou de paroles, sous quelque forme qu'elle se produisît. « Elle était impitoyable, dit sœur Saint-Philippe, pour ce qu'elle appelait les dévotions sucrées, les airs penchés. » Une novice, se rendant à la chapelle, avait exprimé, par une phrase affectée, sa dévotion à la sainte Eucharistie. La Mère Rivier, prévenue par la maîtresse des novices, se rend au milieu de la Communauté, et là, d'un ton ironique : € Mesdemoiselles, dit-elle, j'apprends qu'il y a parmi vous une dévote sucrée. Ecoutez plutôt. » Et aussitôt, imitant à merveille le ton langoureux de la novice, elle répète la phrase incriminée au milieu des éclats de rire que, à l'exception sans doute de la jeune coupable, la Communauté tout entière ne peut contenir. La leçon fut efficace, et la jeune novice, devenue plus tard une humble religieuse, garda toute sa vie à la Vénérable Mère une sincère reconnaissance pour la correction salutaire qu'elle avait reçue d'elle.
En même temps qu'elle travaillait à assurer dans les âmes de ses novices les fondements de la vraie sainteté, elle voulait qu'elles ne perdissent jamais de vue ce qui devait être, pour elles, le but dernier de leur sanctification personnelle, le zèle pour le salut des âmes.
• Mes enfants, leur disait-elle, si je demandais à chacune de vous quelle est sa passion dominante, il faudrait que toutes vous -iez me répondre : «ï C'est le zèle » ; et, comme exemple de zèle, elle leur rappelait surtout celui de saint François Xavier : <( Voyez ce grand saint, leur disait-elle ; quand Dieu le comblait de consolations, que faisait-il ? il s'humiliait : Assez, disait-il, Seigneur, assez ! — Mais quand Dieu lui montrait de nouvelles souffrances à supporter, de nouveaux travaux à entreprendre, de nouveaux peuples à évangéliser, oh ! alors il s'écriait : Seigneur, encore ! encore! »
Le zèle qu'elle leur prêchait, n'était pas, du reste, un zèle vague vers un apostolat chimérique : c'était le zèle à faire l'école aux