‹ La vénérable Marie RivierChapitre 138 sur 279 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

parfois sa douleur était si vive, qu'elle fondait en larmes sans qu'il possible de la rassurer. Se démettre du fardeau de sa charge, finir sa vie dans les labeurs obscurs d'une petite école de village, ou bien prendre à la Maison-Mère la dernière place, et y vivre dans l'exercice de cette vertu d'obéissance qu'elle se plaignait de n'avoir jamais été assez à même de pratiquer : tel fut le rêve qui ne cessa de l'obséder. >>

Elle s'en ouvrit à son directeur par une lettre, malheureusement détruite, mais dont nous pouvons conjecturer le contenu par la réponse de M. Vernet.

Le sage directeur passe minutieusement en revue l'état spirituel et temporel de la Congrégation, s'attache à dissiper toutes les craintes de la Vénérable Mère et termine ainsi :

« Vous concluez d'avance, maintenant, ma chère fille, quelle est la formule de démission que je vais vous envoyer. La voici : c'est que vous alliez au pied de l'autel dire à Dieu de tout votre cœur : « Me voici, Seigneur, comme une victime toute dévouée à votre gloire et aux âmes que vous avez rachetées par votre Sang précieux : je désirerais me décharger d'un poids que votre main a mis sur moi et dont je craignais d'être accablée : eh ! bien, mon Dieu, puisque votre volonté est que je le porte encore, que votre volonté s'accomplisse ! Je vivrai avec assurance, parce que vous conduirez la maison avec moi et que vous me dirigerez par votre Esprit. »

Devant une réponse aussi formelle il n'y avait qu'à s'incliner. La voix du prêtre parlant dans l'exercice de son ministère fut toujours, pour Marie Rivier, la voix de Dieu. Après que le directeur de son âme se fut ainsi prononcé, il ne put y avoir en elle l'ombre d'une hésitation dans l'obéissance. Jamais, du reste, au plus fort même de la crise de ses souffrances physiques et de ses souffrances morales, elle n'avait interrompu un instant l'exercice des devoirs de sa charge. « Brisée de fatigue, dit sœur Marie, notre bonne Mère « allait toujours » ; quand elle avait usé ses forces jusqu'à la dernière limite, elle se mettait au lit ; mais alitée, elle travaillait encore, dictant ses lettres, donnant des ordres, des avis et nous faisant même des instructions. »

Dieu semblait n'avoir exaucé ni le rêve de son zèle, lorsque, aux sanctuaires de Notre-Dame de La Blachère et de Notre-Dame du Puy.elle demandait la guérison de ses infirmités pour mieux travailler,

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ni le rêve de son humilité lorsqu'elle cherchait à se décharger d'une supériorité dont elle se déclarait indigne : Dieu jugeait, sans doute, issez fort pour se passer des appuis de la nature, que cette humilité était assez solide pour se garder intacte au poste du commandement.

D'ailleurs, de toutes ces épreuves son âme était sortie plus forte et plus pure. En voyant si souvent les appuis humains se dérober, pour ainsi dire, tour à tour devant elle, la pieuse Fondatrice avait pris l'habitude de ne plus compter que sur Dieu et de se tenir constamment en sa présence. La pensée de Dieu lui était devenue si habituelle qu'elle disait à son directeur : « Lorsque je me surprends sans penser à Dieu, j'éprouve une sorte de frayeur, et je me le reproche comme je me reproche mes distractions dans mes prières. » Ses recours si fréquents à la très sainte Vierge avaient développé en elle une dévotion filiale, pleine d'abandon et de tendresse, dont l'expression se manifestait spontanément dans ses paroles et dans son attitude. « Du plus loin qu'elle apercevait la ville du Puy, dit sœur Sophie, son cœur s'épanouissait de joie : « Ah ! s'écriait-elle, voici la ville de Marie ! Je commence à sentir l'odeur de ses vertus. »

• En se rendant à cette même ville, raconte le même témoin, sur la route d'Issengeaux, elle éprouva, une fois, pendant un espace de cinq à six lieues, des sentiments de dévotion et de joie intérieure si délicieux, qu'elle ne croyait pas, disait-elle, qu'on pût en goûter de plus doux dans une extase. »

La Vénérable Mère ne reçut-elle point de Dieu, à cette époque, des faveurs célestes encore plus signalées ? Le passage suivant d'une lettre de M. Vernet, portant la date du 30 octobre 1807, paraît bien y faire allusion.

<■' Comment, ma bien chère fille, pouvez-vous laisser s'introduire dans votre âme la crainte que Dieu n'ait pas présidé à votre œuvre ou qu'il ne continue pas à la diriger ? Auriez-vous si facilement perdu de vue ces traits, si multipliés et si visibles, de sa particulière protection ? Ne verriez-vous pas encore les bras tout maternels de Marie ouverts sur vous toutes ? »

Si l'on rapproche de ces paroles le soin particulier que prenait la Vénérable Mère de choisir, pour les offrir à la vénération de ses filles, des statues de la Sainte-Vierge aux bras largement étendus, il ne parait pas téméraire de supposer que celle dont les petites écolières de Montpezat avaient surpris, douze ans auparavant, par la chatière

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